Début octobre 2018, trois épandages successifs de Métam-sodium, en vue de la production industrielle de mâche, ont intoxiqué au moins 70 personnes, travailleurs agricoles et riverains. Une vingtaine d’entre elles ont du être conduites au CHU d’Angers. Tardivement, le préfet de Maine-et-Loire a suspendu l’utilisation de ce pesticide très toxique pour une dizaine de jours… 

Aujourd’hui, beaucoup de questions et d’inquiétudes légitimes se manifestent dans la population touchée et voisine, qui ne bénéficie quasiment pas d’informations sur les conséquences à moyen et long terme de cette intoxication. Tandis que de nombreux témoignages recueillis ces derniers jours montrent que ces incidents ne représentent que la face émergée de l’iceberg. Au vu de la dangerosité de cette substance, cette incapacité des utilisateurs à maitriser réellement ses effets impose l’interdiction pure et simple de cette molécule. Nos associations la demandent et engageront des actions en ce sens, du niveau national jusqu’à l’échelle européenne.

L’enquête judiciaire ouverte nous dira si les règles d’utilisation de ce produit ont été respectées. Il est déjà permis d’en douter. Au delà, l’action en justice de nos associations avec celle, nous l’espérons, des victimes, des entreprises et des collectivités concernées, conduira à soulever des questions incontournables. Pourquoi un pesticide aussi toxique et volatil est-il encore d’usage aussi massif dans la filière française de production industrielle de mâche ? Cette filière a-t-elle travaillé les alternatives, autrement que pour sa vitrine « développement durable » ?

Un gaz de combat pour quelle agriculture ?

Le débat doit dès maintenant s’ouvrir sur le sens de l’utilisation, dans notre région, d’aussi grandes quantités de ce véritable « gaz de combat » qui, avec son action à la fois désherbante, insecticide, fongicide, nématicide…, stérilise les sols et élimine toute forme de vie, y compris quand il ruisselle dans les rivières. Pour l’homme, au-delà de la toxicité aigüe, il a de lourds effets sanitaires : un récent rapport commun aux ministères de la santé, de l’écologie et de l’agriculture le décrit comme l’une des « substances les plus utilisées et identifiées comme les plus préoccupantes ».

Dans l’attente des conclusions de l’étude ANSES lancée suite aux intoxications, nous demandons la prolongation de la suspension d’utilisation de cette substance dans le Maine-et-Loire. Nous regrettons fortement qu’elle n’ait pas été décidée en Loire-Atlantique, qui utilise dix fois plus ce pesticide sur une petite partie de son territoire, laquelle est très exposée à de forts risques. Une illustration certaine du poids d’un lobby de proximité qui met en avant ses 4 000 emplois ETP au plan local. Pour autant, est-il acceptable qu’ait encore cours de nos jours ce mode de production qui aboutit à détruire le sol de façon quasi-irréversible ?

Des productions en contradiction avec un véritable projet alimentaire territorial

L’intoxication dans la vallée de l’Authion révèle aussi la puissance d’une filière industrielle capable d’accaparer des terres, de stériliser les sols, de s’imposer aux autres productions agricoles, qui ne peuvent « s’aligner » face à la concurrence économique et foncière de cette production de mâche. Beaucoup d’inquiétudes émergent face à ce paysage triste de sols brûlés: si ces cultures et ces incidents s’étendent dans cette vallée, sera-t-il encore possible d’installer de jeunes agriculteurs avec d’autres productions, notamment bio ?

Pourtant, produire sans nuire, manger sans s’intoxiquer, sont deux attentes fortes de nos concitoyens vis-à-vis de l’agriculture. De telles pratiques, révélées par ces incidents peuvent rapidement rompre la confiance dans ces productions industrielles et provoquer un effondrement de la consommation. Nous ne le souhaitons pas mais il appartient aux professionnels d’engager résolument leur évolution vers des systèmes de production fondés sur l’agronomie, qui réduisent drastiquement les pesticides en misant sur la fertilité naturelle des sols, la rotation et la diversité des cultures… Une véritable révolution agroécologique qui serait en même temps si utile face au changement climatique, les sols en bonne santé étant capables de stocker eau et carbone. Le seul arrêt d’utilisation du Métam-Sodium n’aurait pas de sens s’il devait être remplacé par d’autres substances présentant les mêmes dangers.

Pour une interdiction rapide et totale

Les projets alimentaires territoriaux engagés par les agglomérations d’Angers et de Nantes doivent être les vecteurs de cette transformation indispensable, en encourageant les agriculteurs à se tourner résolument vers les pratiques véritablement innovantes, celles qui savent se passer de pesticides.

Dans l’attente de cette révolution urgente des pratiques agricoles, nous demandons l’interdiction rapide des produits utilisant cette molécule en France et la suspension immédiate de leur utilisation dans les Pays de la Loire.

 

Le 24 octobre 2018,

France Nature Environnement Pays de la Loire

La Sauvegarde de l’Anjou

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Point final.

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