Pour Yves Crozet, professeur émérite à l’Institut d’études politiques (IEP) de Lyon et spécialiste de l’économie des transports, la gratuité des transports en commun serait une solution « paresseuse », qui empêcherait de réfléchir à la mise en place de mesures contraignantes pour les automobilistes.
Yves Crozet : « La gratuité des transports est une chimère »

Vous déplorez un « effet de mode », autour de l’idée de gratuité des transports…

Ce thème va monter en puissance, parce que dans beaucoup de ville le R/D, c’est-à-dire la proportion des recettes tarifaires par rapport aux dépenses de fonctionnement [pour tout comprendre, lire notre article : « Lyon, Lille, Nantes, Toulouse : qui paie les transports en commun ? »], est déjà très faible. Alors, comme les recettes liées aux usagers sont très réduites et que la plus grosse part des recettes vient soit des impôts par le biais des collectivités, soit des employeurs par le versement transport, on finit par choisir la gratuité. La tentation est forte, et je pense que l’idée va resurgir lors des prochaines municipales. Le monde politique vit avec des chimères, il faut raconter une histoire aux gens. En réalité, instaurer la gratuité, c’est présenter un échec comme un succès. Comme un marchand qui brade ses salades à la fin du marché, les villes rendent gratuit un réseau qui a échoué à attirer des usagers. C’est ce qu’on voit à Dunkerque où la voiture a une place énorme.

Mais, sur le fond, la gratuité présente-t-elle des intérêts ?  

Je pense que c’est une très mauvaise idée. Je ne parle pas des petites villes, mais dès que vous avez besoin d’investir, de développer vos réseaux, la gratuité ne vous le permet pas. Regardez Paris : les investissements représentent plus de trois milliards d’euros par an, financés par la dette. Ce n’est pas sérieux de parler de gratuité, sauf à augmenter massivement les impôts. Ou alors il faut dire clairement que dans cinq ou dix ans le réseau ne sera pas au niveau, faute d’investissements. A Lyon, quand vous avez besoin de financer des millions d’euros d’investissements, pour prolonger par exemple le métro en direction de Tassin-la-Demi-Lune, ce n’est pas pensable. Le réseau de Lyon est particulier, c’est le seul en France qui a un R/D supérieur à 50% : les recettes usagers couvrent . . .

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