C'était il y a 10 ans, le 29 mars 2008. Alors que la finale de la coupe de France de Football oppose le PSG au Racing Club de Lens, des supporters parisiens exhibent une banderole tout en finesse : « Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Ch'tis »... Elle provoque évidemment l’indignation, mais sur la forme, pas sur le fond. A l’époque, la plupart des commentateurs considèrent comme une évidence que les violences sexuelles sur mineurs en général, et l’inceste en particulier, touchent le Nord-Pas-de-Calais davantage que d’autres régions.

Comment leur donner tort ? Quatre ans plus tôt, les assises de Saint-Omer ont jugé l’affaire d’Outreau (Pas-de-Calais). Douze enfants violés pendant des années, sur fond de misère sociale, à la cité HLM de la Tour du Renard. L’instruction a été catastrophique. Treize des accusés sont acquittés, parfois après plusieurs années de détention préventive. Quatre personnes sont condamnées à de lourdes peines. Sept ans plus tôt, en février 1997, déjà dans le Boulonnais, les deux frères Jourdain avaient enlevé, violé et tué quatre adolescentes qui revenaient du carnaval du Portel, allant jusqu’à enterrer vivante une des victimes. C’était plus qu’il n’en fallait pour asseoir durablement la réputation de la région.

« La presse nationale, tous titres confondus, a contribué à créer une image absolument détestable du Nord, une caricature de la misère », confirme un ancien journaliste de la presse régionale. Pendant l’affaire d’Outreau, les titres sur « le quartier de l’horreur » ou « la cité de la honte » se multiplient. Le fait divers n’est plus traité que sur le mode sensationnel et la surenchère - au point qu’une commission d’enquête parlementaire, en mars 2006, prévoit d’entendre les représentants de médias qui ont couvert le dossier d’Outreau.

Le 20 juillet 2017, encore, la secrétaire d‘Etat à l’égalité hommes-femmes, Marlène Schiappa, énonçait comme une évidence qu’il y a plus de violences sexuelles dans le nord de la France que dans le sud...

A première vue, les statistiques des faits enregistrés par la police et la gendarmerie lui donnent raison . . .

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