Le titre de votre livre reprend une phrase célèbre du fondateur du journal Le Monde, Hubert Beuve-Méry : « le journalisme, c’est le contact et la distance ». Il ajoutait : « Les deux sont nécessaires. Tantôt il y a trop de contact et pas assez de distance. Tantôt, c’est l’inverse. Un équilibre difficile. ». Cet équilibre est-il encore plus difficile à trouver en dehors de Paris ?

Je n’ai pas travaillé au niveau local, mais j’ai eu des échos, notamment parce que je suis intervenu auprès de responsables de médias locaux. Eux-mêmes me disaient que cet équilibre est plus difficile en province parce qu’ils sont tributaires du pouvoir local, notamment pour enquêter. Il y a aussi une très forte pression économique. Et par ailleurs, les médias locaux sont très peu diversifiés. Il y a souvent, et c’est le cas à Lyon avec Le Progrès, un seul quotidien. Le manque de diversité fait qu’il est extrêmement compliqué de trouver les moyens de l’indépendance.

Vous écrivez que contrairement aux croyances, la France n’est pas vraiment le pays de la liberté d’expression. Que cette porosité entre presse et pouvoir existe depuis la Révolution, voire l’Ancien Régime. Vous citez Emile de Girardin, grand patron de presse français, qui a été l’un des premiers à être dans cette proximité avec le monde politique.

C’était le « Napoléon de la presse » comme on l’appelait. C’est vraiment lui qui est à l’origine de la naissance de la presse contemporaine et populaire, en 1836 avec le journal La Presse. Mais Emile de Girardin est aussi un homme politique. Il a été député sous trois régimes politiques différents. On est déjà à l’époque dans l’idée d’une proximité totalement acceptée entre ces deux mondes. Tocqueville, avec qui je conclus mon livre, donne une clé d’interprétation qui me semble très juste : il explique que le besoin . . .

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