Plus de 187 000 euros… Voilà le montant du chèque que le célèbre site Airbnb devrait bientôt remettre à la Métropole de Nantes, au titre de la taxe de séjour 2017. Deux ans plus tôt, la plateforme de location d’hébergement touristique avait en effet accepté de collecter elle-même cette taxe appliquée sur chaque nuit passée par un visiteur. Et cela pour une cinquantaine de villes françaises (ce chiffre devrait passer à 15 000 à partir du printemps 2018). Dont acte. Cette semaine le site américain a annoncé qu’il reverserait un total de 13,5 millions d’euros à une cinquantaine des plus importantes villes françaises. Au petit jeu de qui s’en sort le mieux, Paris fait évidemment la course en tête, devant Marseille, Nice, Lyon, Bordeaux et les perles de la Côte d’Azur, Cannes et Antibes. Quant à la cité des Ducs, si elle ne fait pas partie des dix premiers du classement, elle caracole en tête des villes de l’Ouest. Loin, très loin, devant Saint-Malo (61 000 euros), ou La Baule (32 000 euros), Rennes (33 000 euros, seulement) et Angers (21 000 euros).

Mais à quoi correspond véritablement ce chiffre ? Difficile à dire. Comme le déplore Fabrice Roussel maire (PS) de La-Chapelle-sur-Erdre et vice-président de Nantes Métropole, chargé (entre autres) du tourisme, « alors que les hôteliers doivent nous communiquer leurs chiffres mois après mois, Airbnb le fait encore quand et comme il le veut. Résultat, nous avons du mal à mesurer le phénomène ». Calculette en main, on peut néanmoins se faire une petite idée. Avec une taxe de séjour de 0,65 euros par nuit et par visiteur pour les meublés non touristique, ces 187 000 euros correspondraient à 287 692 nuitées. En seulement une poignée d’années, la plateforme de location aurait ainsi réussi à s’accaparer près d’un dixième du marché nantais. Bluffant.

 

Reste que quelques semaines après qu’Airbnb a été épinglé par France Info, puis convoqué par le gouvernement pour avoir proposé aux loueurs français un système de carte bancaire prépayé leur permettant d’échapper à l’impôt, l’annonce vient opportunément redorer son blason. Grâce à elle, la plate-forme tente de démontrer qu’elle rentre dans la légalité et joue le jeu de l’économie locale. Cela ne l’empêche pas de continuer à pratiquer une “optimisation fiscale” agressive (moins de 100 000 euros d’impôts payés en France, son deuxième marché mondial, en 2016). Pas plus que cela n’empêchera certains de réclamer une remise à plat du système. Comme d’autres métropoles mondiales avant elle, Paris a ainsi imposé depuis janvier une limitation du nombre de nuitées au géant américain : dans les arrondissements centraux, un logement ne pourra plus être loué plus de 120 nuits par an.

Un meilleur contrôle promis par la métropole d’ici à l’été

Pour le moment, rien de tel n’est prévu à Nantes. Mais face à l’explosion du nombre d’hébergements proposés (plus de 3000 aujourd’hui, contre à peine 800 il y a deux ans), la Métropole affirme vouloir agir. « Nous préparons une résolution pour le début de l’été, confirme Fabrice Roussel. Pas question d’interdire, mais nous voulons mieux contrôler afin de protéger les hôteliers et éviter que trop de logements ne sortent du marché locatif. » Au programme, notamment : une taxe de séjour évoluant en fonction de la taille et du confort du logement, et des contrôles plus stricts des multi-propriétaires ou de ceux tirant de cette activité l’essentiel de leurs revenus. Cela suffira-t-il à contrôler le phénomène ? Pas sûr tant qu’on ne peut pas mesurer précisément son ampleur et ses effets. Publiée fin décembre, une étude de l’Agence d’urbanisme nantaise (Auran) recommandait ainsi aux pouvoirs publics « de se doter des outils permettant d’inclure l’impact des principales plateformes numériques dans le champ des politiques publiques locales ».

A cet égard, et même si elles restent limités, les données « libérées » par Airbnb sur l’activité de ses hôtes et des voyageurs permettent de tirer quelques modestes enseignements. Nous avons ainsi essayé de déterminer le « taux de pénétration » de la plateforme dans chacune des 24 communes de la métropole nantaise. Pour ce faire, nous avons rapporté le nombre d’annonces officiellement recensées par le site à celui du nombre de logements existant. Bilan, c’est à Nantes que le site est le mieux implanté : sur 1000 logements, près de 15 seraient proposés à la location sur le site, occasionnellement ou de façon permanente. Ce taux chute dès qu’on s’éloigne du château des Ducs de Bretagne, les trois communes suivantes ne franchissant pas la barre des 10 pour 1000 : Saint-Jean-de-Boiseau (9,2), Vertou (6,9) et Bouguenais (6,32).            

Une autre donnée aide à comprendre le succès du phénomène : l’argent que la location rapporte aux propriétaires. Là encore, il faut se contenter des données du site. En l’occurrence, son calcul du revenu annuel médian par commune (50 % des propriétaires gagnent plus, 50 % gagnent moins). Ce chiffre permet d’établir le classement des villes où il est le plus “rentable” de mettre son logement en location. A l’échelle du département, c’est sans surprise la côte qui tire le mieux son épingle de ce petit jeu : Pornic (3800 euros), Le Croisic (3500 euros) et Saint-Molf (3200 euros) en tête. Ces revenus médians sont très loin d’atteindre le niveau de certaines de leurs homologues bretonnes, où la barre des 4000 euros est dépassée dans au moins dix villes, comme le montrait récemment Le Télégramme. Le record revenant à Saint-Pierre-de-Plesguen, en Ille-et-Vilaine, avec 7200 euros.

La métropole nantaise, quant à elle, se traîne bien loin de ces records. Seuls les hôtes de Saint-Jean-de-Boiseau dépassent les 2000 euros de revenu médian annuel, loin devant Carquefou (1600 euros), Sainte-Luce-sur-Loire (1500 euros) ou Nantes (1300 euros).

Enfin, si l’on refuse d’être aussi tristement mercantile, rien de tel qu’un coup d’œil sur le palmarès des villes hôtes les plus “cosmopolites” de l’agglo. En clair, celles où ont été hébergées des visiteurs issus du plus grand nombre de pays.

 

Si vous souhaitez nous adresser des documents en passant par une plateforme sécurisée et anonymisée, connectez-vous à pals.mediacites.fr

Point final.
Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.

7 COMMENTAIRES

  1. Vous savez pour beaucoup de gens ici le débat est et sera toujours engagé et être privé d’informations sur la Bretagne entière est une vraie frustration . Dépasser les limites administratives n’est pas interdit….on.dirait parfois que C’est une frontière infranchissable pour les médias…. dommage.

    • J’entends et je comprends la frustration. Après, je ne pense pas que ces limites soient infranchissables, surtout si l’on accepte de ne pas s’arrêter à des questions de formulation. En l’occurrence dans ce papier nous citions le Télégramme et son étude sur les communes de la Bretagne administrative, justement parce que nous trouvions ce rapprochement intéressant et pour tout dire naturel. Et nous ne parlons pas des communes de Vendée…

Réagir à l'article

Merci d'entrer votre commentaire !
Merci d'entrer votre nom ici