Le Bas-Chantenay, c'est tout un pan de l'Histoire de Nantes. C'est là que Jules Verne passait ses vacances étant enfant. C'est là qu'est né le Belem, trois-mâts emblème de la ville à travers le monde. C'est là qu'étaient installées les brasseries de la Meuse qui dominaient le marché européen au début du XXe siècle. Mais c'est aussi sur ce flanc de coteau au bord du fleuve qu'un flot de démunis a trouvé où s’amarrer. Des protestants pendant la Grande Réforme aux Acadiens chassés du Nouveau Monde, en passant par les Républicains de 1848, nombreux sont ceux qui ont jeté l'ancre à Chantenay. Un lieu pour les miséreux qui - selon la légende – aurait donné son nom au rocher de Misery.                          

D’ici à une dizaine d’années, ce havre sera devenu le symbole du nouveau Nantes, cette « ville monde », « durable », « verte », « créative » et « smart », pour reprendre les termes chers aux urbanistes et aux élus. Une métropole qui, pour ne pas perdre sa place dans la compétition que se livrent toutes les grandes villes françaises, européennes voire mondiales pour attirer entreprises et habitants, s’est lancée, depuis quelques dizaines d’années, dans une politique de grands travaux tous azimuts.

C’est justement dans le Bas-Chantenay que Nantes Métropole mènera bientôt l'un de ses plus grands chantiers. Un projet monumental qui porte sur 200 hectares dont trois kilomètres de rives en bord de Loire. Si le point d'orgue en sera le déjà célèbre Arbre aux Hérons, c'est toute la zone qui doit être rénovée à l’horizon 2030. Au programme, confié au célèbre architecte Bernard Reichen : la réhabilitation des merveilles du patrimoine industriel, comme l'ancienne usine électrique ; la construction de mille nouveaux logements ; le développement d'un pôle consacré aux activités maritimes et la création de toutes pièces d’un « jardin extraordinaire » dans la carrière de Misery. Le tout en préservant les 250 entreprises et 3000 emplois toujours présents sur la zone. Voilà pour le papier glacé de la plaquette officielle.

Faites coulisser le curseur pour découvrir l'avant / après

Pourtant, s’il promet bien de transformer radicalement ce quartier peu fréquenté par les Nantais, le projet ne fera que parachever un processus à l’œuvre depuis bien plus longtemps : la « gentrification » de Chantenay. Derrière ce terme créé par le sociologue anglais Ruth Glass dans les années 1960, se cache un phénomène devenu global. Celui par lequel d’anciens quartiers populaires s’embourgeoisent, voyant progressivement leur population et leur physionomie changer, avec l’arrivée des classes moyennes puis supérieures, la réhabilitation des logements et commerces, la montée des prix de l’immobilier, avant l’intervention des promoteurs professionnels.

Ce bouleversement, d’autres quartiers de Nantes l’ont connu auparavant. Dans l’ouvrage Sociologie de Nantes, un collectif d’universitaires cite ainsi les cas de la Madeleine, de Doulon, du Champ-de-Mars ou encore de Trentemoult. Des quartiers gentrifiés qui constituent . . .

Cet article est réservé à nos abonnés, pour lire les 80% restants de l'article :
Découvrez Mediacités gratuitement pendant 24h !
En renseignant votre e-mail, vous acceptez de recevoir nos newsletters (2 par semaine) et des offres d'abonnement.
Abonnez-vous pour 6,90€/mois ou 59€/an.
Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.