Professeur au Collège de France et titulaire de la chaire "Etat social et mondialisation", créateur de l’Institut d’études avancées (IEA) de Nantes, le juriste Alain Supiot est membre de la Commission mondiale sur l’avenir du travail, réunie par l’Organisation internationale du travail (OIT) pour son centenaire. L’occasion de demander à ce grand spécialiste du droit social son point de vue sur l’évolution actuelle du travail et de ses formes. Un entretien à retrouver dans son intégralité dans le numéro 66 de la revue Place Publique, en vente en kiosques et en librairies.

Place Publique : Quel avenir voyez-vous au travail ?
Alain Supiot : (…) Depuis la fin du précédent millénaire, certains annoncent la fin du travail, c’est un thème récurrent. De mon point de vue et à partir des travaux que j’ai pu mener, on doit distinguer le travail et l’emploi salarié qui est une forme historique particulière du travail humain, inventée dans le contexte de la seconde révolution industrielle. Il se caractérise par un échange en principe entre de la sécurité et de la dépendance. C’est-à-dire que vous êtes subordonné et, en contrepartie de votre obéissance, on vous accorde un certain nombre de sécurités : sécurité physique et surtout sécurité économique minimale. Actuellement ce type de travail représente à peu près 80 % de la population active en France, c’est-à-dire qu’il y a eu un vaste mouvement d’extension du salariat dans la population active des pays occidentaux.

Nous pensions que le même phénomène gagnerait progressivement les pays du Sud. Mais c’est loin d’être le cas. Dans de vastes zones de par le monde, domine ce que l’on appelle pudiquement du travail informel, c’est-à-dire des petits boulots qui permettent de survivre. Et, au fond, même dans les pays du Nord, on voit se développer des types de . . .

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