À 57 ans, le général Olivier Courtet est le nouveau chef des gendarmes des Hauts-de-France. Depuis sa prise de fonction à la caserne Sénépart de Villeneuve-d'Ascq le 1er août 2021, il chapeaute 6 300 gendarmes répartis dans l’ensemble de la région.

« Les régions de gendarmerie n’ont pas immédiatement suivi le regroupement des régions entamé en 2015, explique-t-il. En gendarmerie, il y a encore une région Nord-Pas-De-Calais et une région Picardie. Tout ce qui est opérationnel est regroupé depuis le 1er septembre 2021. Toute la partie logistique, le budget et les ressources humaines le seront tout au long de l’année 2022. » Un changement qui semble bien loin de l’inquiéter : « Après trente-six années de service, il n’y a plus grand chose qui peut me stresser », s’amuse Olivier Courtet.  

Olivier Courtet dans son bureau-minD’où venez-vous ?

Olivier Courtet : C’est très difficile de répondre à cette question...Mon père était militaire dans l’armée de l’air, on déménageait tous les deux ans. J’ai commencé ma carrière en tant qu’officier de gendarmerie mobile à Toulouse. Après, je n’ai fait que remonter vers le Nord ! Je suis devenu commandant du groupement de gendarmerie à Montluçon, puis à Bron jusqu’en 1999. Après un passage par les ressources humaines, j’ai rejoint le groupement de gendarmerie en Charente-Maritime. Je me définirais plutôt comme Rochelais d’adoption, car j’ai beaucoup aimé vivre à La Rochelle. Je suis ensuite retourné aux ressources humaines avant de prendre la tête de la région de gendarmerie de la Champagne-Ardenne [qui fait aujourd’hui partie de la région Grand-Est, ndlr] entre 2014 et 2017. Enfin, j’ai passé ces trois dernières années en tant que sous-directeur de la gestion du personnel. Je suis heureux de reprendre un poste de commandement. Nous avons une grande diversité d’actions et sommes au contact avec les autres...

« Le trafic de stupéfiants, c’est le terreau de toutes les autres délinquances »

Que fait, concrètement, la région de gendarmerie ?

Elle chapeaute les groupements implantés dans les départements. C’est elle, aussi, qui gère la gendarmerie mobile, les hélicoptères ou encore les négociateurs de crise. C’est au niveau de la région que se trouve tout le soutien - le budget, le matériel, les ressources humaines.

Quelle est votre priorité pour les prochaines années ?

Le trafic de stupéfiants, c’est le terreau de toutes les autres délinquances. La drogue finance tous les trafics. C’est une économie souterraine, parallèle, qui fait perdre de l’argent à l’économie légale et qui engendre des problèmes de santé publique faramineux. C’est un fléau. La priorité de la gendarmerie sera donc de démanteler les filières de trafic de drogue. C’est là qu’on a besoin d’avoir des renseignements, et tout un tas de techniques d’enquête - que je ne vais évidemment pas vous dévoiler.

La difficulté, c’est justement d’agir au plus haut. Si on n’a pas la tête de réseau, ça ne sert à rien. C’est comme les tiques, ce n’est pas utile de les arracher en laissant la tête dans la peau.

https://www.mediacites.fr/decryptage/lille/2017/06/01/drogues-lille-au-bord-de-loverdose/

« En 2020, 102 femmes sont décédées en France sous les coups de leur conjoint »

Y a-t-il d’autres sujets qui attirent particulièrement votre attention ?

Les violences intrafamiliales et, en général, toutes les violences faites aux femmes . En 2020, 102 femmes sont décédées, en France, sous les coups de leur conjoint. Nous allons continuer à travailler avec les associations, mais aussi faire un effort supplémentaire pour la prise en charge des victimes. Nous souhaitons également faire davantage de prévention, afin que les femmes ne retirent pas leur plainte une fois déposée. À titre personnel, je suis très sensibilisé à ce sujet.  

Nous disposons également de moyens pour lutter contre les violences sexistes en interne. Les premières femmes sont arrivées en gendarmerie en 1987. Elles sont tombées dans un « milieu d’hommes » et ont souffert de beaucoup de discrimination et de sexisme. Aujourd’hui, le système « Stop discri » permet de contacter l’inspection de la gendarmerie par mail pour faire remonter des cas de harcèlements. Une fois prévenus, ils viennent vérifier et enquêter.

Un autre sujet majeur vous attend dans la région : celui de l’immigration...

L’immigration, c’est une priorité qui s’impose à moi. Depuis les accords du Touquet, la frontière entre la France et le Royaume-Uni est située en France. C’est à nous de veiller à ce que les migrants ne traversent pas la Manche. Nous sommes tenus par ces accords, les Anglais nous paient du matériel, des réservistes, pour qu’on garde cette frontière.

Au départ, les migrants tentaient de rejoindre le Royaume-Uni par le tunnel sous la Manche. Puis, ils ont essayé de monter dans les camions qui allaient dans les ferries. Maintenant, ils cherchent à traverser la Manche par bateaux - ce qui est très dangereux. L’eau est glacée et c’est une autoroute à cargos. C’est aussi pour qu’ils ne risquent pas leurs vies qu’on doit les empêcher de traverser la Manche.

https://www.mediacites.fr/reportage/lille/2021/03/26/grande-synthe-les-ravages-de-la-nouvelle-doctrine-anti-migrants/

En l’état, est-ce une situation que vous pouvez améliorer ou contrôler ?

Le problème est insoluble. Ces personnes viennent de pays en guerre ou d’endroits où elles sont persécutées. Elles ont traversé la moitié de la planète à pied pour rejoindre le Royaume-Uni. Elles ont traversé la Méditerranée sur des bateaux. Et là, elles arrivent à Calais, voient les falaises de Douvres en face - elles ne vont pas s’arrêter à 35 kilomètres de l’arrivée ! Pour éviter de jeter des populations entières hors de leur pays, il faudrait réussir à pacifier le monde...