Bidule_carre_512pxQui est la nouvelle sous-préfète de Roubaix ?

Nommée le 26 août, Sonia Hasni est entrée en fonction le 9 septembre. Elle succède à Johanna Buchter, la première titulaire de ce poste atypique puisqu’il ne couvre que le territoire d’une seule ville. Arrivée en octobre 2019, cette jeune énarque de 26 ans, issue de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), sera restée un peu moins de deux ans à Roubaix avant de retourner dans son corps d’origine.

Âgée de 41 ans, Sonia Hasni présente un profil plus expérimenté. Formée à Sciences Po Paris, à l’Institut national des études territoriales (INET) de Strasbourg et à l’Institut régional d’administration (IRA) de Lille, elle a d’abord travaillé au ministère de la santé. Puis elle a touché à la politique de la ville en tant que chef du cabinet du préfet de Seine-Saint-Denis chargé de l’égalité des chances avant d’effectuer un passage dans une collectivité territoriale, toujours dans le 93, mais à la mairie de Saint-Ouen, comme directrice générale adjointe. Elle intègre ensuite le corps préfectoral pour être nommée sous-préfète d’arrondissement à Vervins, dans l’Aisne, en 2018. Un « parcours complet », qui séduit a priori ses interlocuteurs à la Ville de Roubaix.

Bidule_carre_512pxC’est quoi ce job ?

La question, que tout le monde posait à l’arrivée de Johanna Buchter, est toujours d’actualité. « On a du mal à comprendre concrètement ce que vous faites », estimait encore La Voix du Nord, il y a moins d’un an, au terme d’une longue interview où celle-ci tentait d’expliciter sa mission. Il faut en effet souligner que le poste n’a pas d’équivalent en France. Peu de précédent auquel se référer même s’il y eu, par le passé, un commissaire du gouvernement à Grigny, avec la même volonté de l'État de marquer son intérêt pour une ville.

De fait, la dénomination du poste entretient la confusion avec les sous-préfets d’arrondissement qui incarnent l’État dans un territoire. « On n’est pas du tout dans ce cadre, explique Henri-François Caudrelier, qui fut directeur de cabinet du maire de Roubaix jusqu’à cet été. Elle fait partie des préfets à mission particulière. » « Ses missions portent sur la coordination des actions de l’État à Roubaix dans toutes ses dimensions (santé, éducation, emploi, sécurité, rénovation urbaine, cohésion sociale), décrit sa notice de poste sur le site de la préfecture. En lien étroit avec la mairie de Roubaix, les collectivités territoriales ainsi que les associations et les habitants. » Soit des thématiques qui ressemblent beaucoup à celles de la préfète déléguée à l’égalité des chances, mais au niveau du département et de la région. « Le territoire de Roubaix est à 75 % en politique de la Ville, donc le sujet est déjà couvert », confirme Henri-François Caudrelier.

Alors pourquoi un tel poste ? « Pour être plus proche du terrain, justifiait Johanna Buchter, et faire travailler tous les acteurs ensemble ». Ses priorités ? « L’emploi : faire rencontrer les offres et les demandes, aller vers les habitants pour leur montrer ce qui existe, expliquait-elle à la Voix du Nord. Ensuite, la jeunesse, le décrochage et l’évitement scolaire. » Mais l’ex-sous-préfète de Roubaix ne se sentait pas tenue par la fiche de poste remise au départ. Celle-ci « n’est pas figée, indiquait-t-elle à 20 minutes lors de sa prise de fonction. Elle évoluera en fonction de [m]es observations sur le terrain. »

De fait, elle est sortie de ce cadre au moment du confinement pour s’assurer que la Ville bénéficierait bien des fonds de France Relance. Dans un autre domaine, c’est elle qui a soulevé auprès du préfet le problème de l’association AIR, accusée de prosélytisme religieux sous couvert de cours d’arabe, conduisant ainsi l’État puis la Région à demander le remboursement des subventions publiques. Celle-ci a depuis suspendu ses activités. Mais ce n’est pas sur ce terrain-là que l’attendait le maire de Roubaix.

Bidule_carre_512pxQu’en attend la Ville de Roubaix ?

Pour la municipalité, la principale mission de la sous-préfète, c’est de mener des discussions entre les collectivités locales et l’État en vue de conclure un Projet partenarial d’aménagement (PPA). Kézako ? C’est un partenariat entre l’État et les acteurs locaux permettant de mener à bien des opérations d’aménagement particulièrement complexes. Or, complexe, c’est bien le mot qui définit le mieux la situation de Roubaix.

En 2016, la Ville, la Métropole européenne de Lille et la Région Hauts-de-France interpellaient le gouvernement pour demander la mise en place d’une opération d’intérêt national (OIN) à Roubaix, seule à même de faire face aux difficultés exceptionnelles de la ville en matière d’urbanisme. « L’habitat privé dégradé est tel - 32 % du parc ! - que sa résorption prendrait 50 ans au rythme actuel avec les outils existants, type Anru », explique Henri-François Caudrelier. Cette demande finit par être entendue par le gouvernement de Bernard Cazeneuve en 2017 qui lance au préalable une expertise interministérielle. Celle-ci débouche deux ans plus tard sur un rapport faisant le point sur l'efficacité des politiques publiques et un autre sur les besoins en matière d’urbanisme. Sur cette base, le gouvernement décide non pas une OIN, entièrement pilotée par l’État, mais un PPA, plus collaboratif, prévu par la nouvelle loi Elan. Et il nomme une sous-préfète pour animer les discussions entre les différentes parties prenantes.

Johanna Buchter a mené à bien 50 % de cette mission. À la grande satisfaction de la municipalité. « On ne se rend pas compte du temps nécessaire pour faire ce travail ce travail de couloir entre des acteurs multiples, surtout du côté de l’État », estime Henri-François Caudrelier. Le 6 mai dernier, un protocole de préfiguration du PPA de Roubaix a été signé en présence d’Emmanuelle Wargon, ministre déléguée chargée du logement. Ce protocole définit les grandes thématiques : la résorption de l’habitat privé dégradé et insalubre, le désenclavement de certains quartiers grâce au lancement prioritaire de la nouvelle ligne de tramway reliant Tourcoing à Hem, la gestion des nombreuses friches industrielles et des espaces vacants, et enfin le développement économique qui permettrait aux Roubaisiens de bénéficier des emplois créés.

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Reste maintenant à élaborer et signer le document opérationnel du PPA, comportant les actions concrètes, les engagements financiers de chacun et les moyens humains. Et donc à faire s’entendre l’État, la Mairie de Roubaix, la MEL (représentée par Francis Vercamer) et la Région. C’est la tâche délicate qui attend Sonia Hasni. Objectif fixé initialement : y parvenir d’ici la fin de l’année. Un sacré défi. Et après ? Y aura-t-il encore besoin d’une sous-préfète à Roubaix ? Nul ne le sait aujourd’hui.