Image d'illustration. Photo : Vinci Concessions.

Plus d’un milliard d’euros de dividendes : malgré le Covid, Vinci ne connaît pas la crise

La crise ? Quelle crise ? Le 8 avril dernier, l'assemblée générale des actionnaires du groupe Vinci a voté pour la distribution de dividendes sur l'exercice 2020, au même niveau qu'en 2019. Avec une action valorisée à 2,04 euros, ce ne sont pas moins d’1,1 milliard d’euros qui leur seront versés à la fin du mois. Mediacités s’est plongé dans les (bons) comptes du géant français du BTP.

Premier enseignement : ce n’est pas le secteur de la construction, mais ses activités de concession - exploitation d'autoroutes et d'aéroports - qui tirent toujours les bénéfices du groupe. En 2020, cette branche représentait 61,6% du résultat net total (contre 68,7% en 2019). Un recul tout relatif qui n’a pas empêché Vinci de faire valoir la baisse du trafic autoroutier et aérien pour bénéficier des aides publiques.

Nous l'écrivions dès 7 décembre 2020 : Vinci Autoroutes a utilisé le dispositif du chômage partiel pour ses salariés, de novembre 2020 à mars 2021. Alors même que les trois sociétés du groupe (ASF, Escota et Cofiroute) ont dégagé 1,2 milliard d'euros de bénéfices pour l'année 2020, malgré un trafic en baisse de 21,4%. « Vinci Autoroutes, c'est une entreprise qui objectivement se porte bien. Est-ce que c'est une entreprise dont on accepte, sur les fonds publics, c'est-à-dire nos contributions aux uns et aux autres, à chaque citoyen, de faire financer du chômage partiel ?, s’étonnait, en décembre dernier sur BFM, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT. Est-ce qu'elle n'a pas les moyens, cette entreprise, de le faire par elle-même ? »

Chômage partiel et licenciements à l'aéroport de Lyon

La question se pose également pour la branche aéroportuaire du groupe. Lors de l’assemblée générale, le PDG Xavier Huillard a salué la performance de Vinci Airports en ces termes : « Le travail intense sur les Opex, sur la réduction des Capex, […] auront permis de limiter l'impact sur l'Ebidta et donc d'assurer la résilience de cette activité ». Traduisons-le : les économies réalisées sur le dos des personnels et la réduction des investissements auront permis de minimiser les conséquences de la crise sanitaire sur la rentabilité de la filiale.

Concrètement ? À Aéroports de Lyon (ADL), gestionnaire de la plate-forme Saint-Exupéry, la majorité des salariés sont au chômage partiel depuis un an, pour faire face à une baisse de 70% du trafic. Selon des documents confidentiels que Mediacités s'est procurés, la filiale de Vinci a réalisé 8,3 millions d'euros d'économies en 2020 grâce au dispositif de chômage partiel et aux suppressions de postes, révélés dans nos pages l'an dernier.

> Extrait d'un document interne présenté en conseil de surveillance d'ADL (mars 2021) :

Capture d’écran bilan réduction postes ADL 2020
Document confidentiel présenté au conseil de surveillance d'Aéroports de Lyon, le 26 mars 2021 : "Focus sur la crise Covid 19 et son impact sur les aéroports de Lyon et Bron".

Pas suffisant toutefois pour éviter à l’aéroport lyonnais d’afficher pour 2020 un résultat net négatif de 21,3 millions d'euros. Conséquence, ses actionnaires ne se verseront pas de dividendes cette année. Mais qu’on se rassure : la maison-mère Vinci Airports tire elle son épingle du jeu !

« Si vous n'avez pas de trésorerie pour payer vos impôts et vos charges, vous n'en avez pas non plus pour payer des dividendes, avait tancé, le 27 mars 2020 sur BFM, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire. Le capital ne doit pas aller vers les actionnaires mais les salariés et l'investissement. » Manifestement, la leçon n’a pas été retenue par les actionnaires de Vinci...


A (re)lire sur Mediacités

Sur Aéroports de Lyon :

 

Sur l’aéroport de Nantes :

 

Sur Vinci Autoroutes :

Isabelle Jarjaille
Journaliste indépendante​ depuis 2011​, j'enquête sur la gestion des services publics par le privé et son impact sur les finances publiques.​ ​Mon livre enquête "Services publics délégués au privé, à qui profite le deal ?" est sorti le 27 mars 2018​. ​Je suis également en charge du cours Techniques d'enquête en licence Info Com à l'IUT de Lannion et je porte un projet d'éducation aux médias dans deux lycées agricoles. Je suis membre du bureau du Club de la presse de Bretagne, pour promouvoir les médias et ceux qui les font au quotidien : les journalistes, notamment les pigistes.

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