Régionales, départementales : Macron dépêche ses cadors dans le Nord

Un ténor en renfort ? Ancien avocat du barreau de Lille, le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti s’apprêterait à s’engager aux côtés de LREM dans la bataille des régionales dans les Hauts-de-France. Révélée jeudi par le site Politico, l'hypothèse gagne d'heure en heure en  consistance. Le Parisien croit ainsi savoir qu'une équipe de campagne est en cours de constitution sous la houlette de Jean Gaborit, l'ancien chef de cabinet d'Eric Dupond-Moretti. Il faut dire que la campagne de l’actuelle tête de liste, le secrétaire d’État en charge des retraites Laurent Pietraszewski, peine à décoller : peu identifié du grand public, ce dernier n’est actuellement crédité que de 10 % d’intentions de vote dans les sondages.

Le célèbre pénaliste nordiste pourrait donc être appelé à le remplacer afin d’éviter le naufrage à En Marche. « Notre campagne avance avec la volonté affichée de mettre en place le dispositif le plus opérationnel pour faire face au danger que représente le RN [Rassemblement national, représenté par le candidat Sébastien Chenu, NDLR] », assène Frédéric Marchand, directeur de la campagne LREM, dans La Voix du Nord.

Changer le rapport de force au second tour

Cette arrivée façon chamboule-tout pourrait surtout mettre des bâtons dans les roues de Xavier Bertrand, l’actuel président de région, à la fois candidat à sa réélection les 20 et 27 juin prochains et à l’élection présidentielle du printemps 2022. En cas de défaite dans les Hauts-de-France, l'ancien maire de Saint-Quentin a annoncé qu’il renoncerait à entrer dans la course à l’Élysée. Après le psychodrame LR/LREM en région PACA, l’ancien membre des Républicains, aujourd’hui divers droite, persiste dans son refus du compromis. Pas question pour lui d’envisager une quelconque alliance avec une autre liste au premier comme au second tour - il entend gagner seul.

« Je ne pense pas que l’ambition d’Éric Dupond-Moretti soit de prendre la tête de la région, même s’il y est très attaché, observe le politologue Christian-Marie Wallon-Leducq. Mais il peut obtenir un score qui lui permettra de négocier au second tour, que ce soit avec Xavier Bertrand ou avec l’union de la gauche et des écologistes. C’est une façon d’élargir la gamme des possibles, de faire en sorte que l’élection ne se résume pas à un duel Xavier Bertrand / Sébastien Chenu, de changer le rapport de force. La stratégie, c’est de montrer que rien n’est écrit ! » Le ministre de la Justice n’a plus que quelques jours pour se prononcer avant le dépôt des listes, le 17 mai.

Darmanin à Tourcoing

Autre cador du gouvernement, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé mardi 4 mai sa candidature aux élections départementales dans l'un des deux cantons de Tourcoing. En binôme avec Doriane Bécue, vice-présidente sortante du département et maire (DVD) de la ville, dont il lui a confié les clefs après avoir été appelé place Beauvau. L’ex-patron de la droite nordiste se défend cependant de briguer la présidence, en cas de victoire à droite, du département le plus peuplé de France.

Il soutient la candidature à ce poste de Christian Poiret (DVD), actuel premier vice-président aux finances et successeur désigné de Jean-René Lecerf au sein d’une large Union pour le Nord (UPN) réunissant des élus divers-droite, LR, UDI ou encore LREM. Une tentative de synthèse que fustige le chef de file nordiste des Républicains, Sébastien Huyghe. À l’instar de Xavier Bertrand lui-même, qui ne cache pas son soutien à Valérie Létard (UDI), candidate à Valenciennes, susceptible de rafler à Christian Poiret la présidence du département.

Tonton flingueur ?

Cette participation aux départementales permet à Gérald Darmanin de ne pas trop s’exposer dans la campagne des régionales face à son ami Xavier Bertrand. « Il reconnaît lui-même qu’il ne peut pas être candidat à tout, cela lui est déjà assez reproché », souligne l’actuel président du Nord, Jean-René Lecerf, qui ne se représente pas. Quoi qu’il en soit, la présence sur ses terres d’un autre tonton flingueur, homme fort du gouvernement Macron, n’est pas de nature à faciliter la tâche de Xavier Bertrand. Une tentative de déstabilisation ? À six semaines de l’échéance, les élections départementales et régionales semblent plus que jamais liées à la présidentielle.

Précédemment dans l'Oeil

Hauts-de-France : A quoi correspondent les 100 000 emplois verts promis par Karima Delli ?

Question de Yves à Mediacités : « La liste d’union de la gauche aux régionales dans les Hauts-de-France annonce la création de 100 000 emplois « verts et durables » ? Qu’y a-t-il concrètement derrière cette promesse ?»

À Faches-Thumesnil, le maire LFI rattrapé par une difficile promesse de campagne

Lors de la campagne des municipales, l'Insoumis Patrick Proisy avait promis un moratoire sur un projet immobilier réclamé par une association de riverains. Aujourd'hui, rien ne va plus entre ces derniers et le maire LFI.