Une nouvelle coupe dans les effectifs de La Voix du Nord se prépare. Photo : Brianne Cousin.

La Voix du Nord prépare un nouveau plan social pour augmenter sa rentabilité

« Le cycle des saisons est immuable. Comme le deviennent les plans sociaux à La Voix du Nord… ». Ainsi ironisent les élus de l’intersyndicale (SNJ/SNJ-CGT/Cfdt-Journalistes/Filpac CGT) du quotidien nordiste dans un communiqué daté du 6 juin 2021, intitulé « un plan social peut en cacher un autre ». Car une nouvelle coupe dans les effectifs se prépare.

Le dernier plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) ne remonte pourtant qu’au mois de janvier 2017. Il prévoyait le départ d’un quart des salariés du titre. « Il y a eu des négociations, on a fait un peu de ramdam, se souvient un journaliste de la rédaction. Nous avions contacté plusieurs personnalités de la région, comme l’écrivain Franck Thilliez ou l’actrice Corinne Masiero, à qui on avait demandé de poser après avoir découpé le quart d’une page. Notre leitmotiv, c’était que trois-quarts d’information, ce n’est pas vraiment l’information ! » Le processus a finalement débouché sur 132 départs volontaires. Un accord passé avec la direction prévoyait alors la sanctuarisation du périmètre de la rédaction (310 journalistes) jusqu’à la fin de l’année 2021.

https://twitter.com/DavidCourbet/status/821708584484556801?s=20

Las ! Le PDG de La Voix du Nord (Groupe Rossel-La Voix), Michel Nozière, a annoncé début juin aux équipes qu’un nouveau plan social serait mis à la discussion à l’automne et que de nouveaux départs devraient avoir lieu dès le début de l’année 2022. Ce qui impliquerait notamment la réduction du nombre d’éditions locales, comme celles de la métropole lilloise par exemple. L’entreprise compte actuellement environ 600 salariés - le nombre de départs prévu n’a pas encore été communiqué.

Développer la vidéo

« On nous a annoncé une réorganisation globale de la rédaction, il ne s’agit pas d’une simple suppression de postes, nous allons vers l’inconnu, explique un journaliste du titre. Il va sans doute y avoir encore un guichet de départs. Sauf qu’il n’y a plus vraiment de gras dans les effectifs, maintenant, donc ça risque d’être compliqué d’assumer l’actualité ! D’autant qu’on entre dans une période de présidentielle. On nous en demande toujours plus, avec les vidéos notamment… Même si La Voix fait d’énormes bénéfices [8 millions d’euros d’excédent brut d’exploitation en 2020, NDLR], ceux-ci ne progressent pas. Le discours, c’est qu’il faut anticiper le croisement des courbes des ventes papier et numérique. »

Le groupe ambitionne en effet de développer et commercialiser davantage la vidéo sur le web, gage de rentabilité. Une augmentation significative du nombre de vidéos produites par la rédaction permettrait à la régie, La Voix médias, de monnayer plus d’espaces publicitaires. La perspective est alléchante, dans un contexte sanitaire mondial qui a mis à mal pendant de nombreux mois les revenus de la publicité…

« Je comprends qu’il s’agisse d’un important levier de ressources, mais on a parfois l’impression que l’objectif financier passe avant l’éditorial, déplore un salarié. Tous les journalistes ont reçu des iPhone pour tourner des vidéos, et perçoivent une prime à la fin de l’année en fonction du nombre de contenus audiovisuels réalisés, pour les y inciter. La quantité passe parfois avant la qualité… La limite, c’est que tous les sujets ne se prêtent pas forcément bien à l’image. À force, on risque d’aller davantage vers des thèmes 'sexy' au détriment du reste, c’est dommage. La volonté de la direction, c’est de concurrencer France 3 ou BFM Grand Lille. À long terme, il ne serait pas absurde que la version papier du journal disparaisse. On n’y est pas encore, bien sûr, mais c’est l’une des hypothèses envisagées. »

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