Bruno Bonnell, sur le plateau de France 3 Rhône-Alpes, le 5 février 2021. Capture d'écran.

Régionales : face à Laurent Wauquiez, Emmanuel Macron dégaine le député « vu à la télé » Bruno Bonnell

« Je veux un peu rallumer des étoiles. » Non, il ne s’agit pas des paroles de la dernière chanson de Pascal Obispo, mais du Bruno Bonnell dans le texte. Ce vendredi 5 février, le député LREM de Villeurbanne a officialisé, sur le plateau de France 3 Rhône-Alpes, sa candidature aux élections régionales en Auvergne-Rhône-Alpes. Elles devraient se tenir en juin prochain [lire ci-dessous]. L’ancien patron d’Infogrames, qui s’est essayé un temps à la télé-réalité (c’était en 2015, sur M6, dans l’émission The Apprentice), défendra les couleurs du parti présidentiel comme chef de file face au sortant - et favori - Laurent Wauquiez. L’actuel patron de la région n’a pas encore confirmé ses intentions, mais elles ne font aucun doute.

Bruno Bonnell a été préféré à deux de ses collègues de l’Assemblée nationale : la députée de l’Ain Olga Givernet (aussi conseillère régionale sortante) et celle de la Drôme Célia de Lavergne. « Il sait défendre les positions de la majorité d’un point de vue médiatique et c’est là-dessus qu’on souhaite capitaliser, commente, fair-play, la première, auprès de Mediacités. Il fallait proposer une offre bien distincte de Laurent Wauquiez, un camp pro-européen et humaniste. » « Il est une réelle incarnation de ce que nous sommes et sait faire preuve d’énergie sur des sujets comme l’Europe, l’entreprise, les territoires », s’enflamme la seconde, qui affirme qu’elle n’a « pas souhaité être cheffe de file ».

Sauf surprise, les deux députées seront têtes de liste dans leur département respectif. Et les ministres originaires d’Auvergne-Rhône-Alpes, Olivier Dussopt (Ardèche) et Olivier Véran (Isère), un temps pressenti pour briguer la présidence de la région, pourraient figurer sur les listes de Bruno Bonnell. « Ils seront impliqués d’une façon ou d’une autre », lâche Olga Givernet.

Parmi les députés les moins assidus

Le pari Bonnell ne manque toutefois pas d’étonner. L’ancien chef d’entreprise ne brille pas vraiment dans son costume de parlementaire. Comme l’avait écrit Mediacités dans une enquête publiée en mars 2018, l’élu de Villeurbanne comptait à l’époque parmi les députés les moins assidus de l’Assemblée nationale [(re)lire : Bruno Bonnell, député invisible (sauf à la télé)]. C’est toujours le cas. Selon le site Nosdéputés.fr, Bruno Bonnell figure aujourd’hui encore parmi les 150 députés les moins présents en commission, l’endroit où se déroule l’essentiel de l’activité législative. Il n’y a fait aucune intervention au cours des douze derniers mois.

Bonnell-NosDeputes
Capture d'écran. Site : NosDeputes.fr

Aux couloirs du Palais bourbon, celui qui fut un proche de Gérard Collomb préfère les plateaux de télévision - un jour sur LCI, un autre sur BFM. Sa gouaille et sa bonhomie en font un bon client des médias. Quitte parfois à se prendre les pieds dans le tapis… Comme quand, en 2017, au micro de RTL, il se retrouve à défendre l’optimisation fiscale et à la comparer aux frontaliers qui achètent leurs cigarettes en Belgique. La sortie est d’autant plus maladroite que, comme l’avait révélé Mediacités, le chef d’entreprise Bruno Bonnell a domicilié deux sociétés au Delaware, un État des États-Unis considéré comme un paradis fiscal.

Capharnaüm LREM

L’an dernier, le député a allègrement participé au capharnaüm LREM dans « le berceau de la Macronie » que fut Lyon. Dans la course à la mairie de Villeurbanne, Bruno Bonnell s'est présenté, à la surprise générale, en tandem avec Emmanuelle Haziza (ex-LR) face au candidat investi par son propre parti, Prosper Kabalo [(re)lire sur Mediacités : Villeurbanne : Bruno Bonnell déboule, les macronistes s’écharpent]. Tête de liste pour le scrutin métropolitain, avec l’assentiment de Gérard Collomb, Bruno Bonnell s’est échoué, au premier tour, avec 8,73% des voix.  

A en croire Olga Givernet, Emmanuel Macron ne lui en a pas tenu rigueur. « Le candidat a fait consensus jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. Pour 2021 [les élections régionales] mais aussi en vue d’un rassemblement des forces en 2022 [l’élection présidentielle] », confie la députée de l’Ain.

« Ma plus-value, c’est le supplément d’âme »

Sur la route du conseil régional, Bruno Bonnell devrait retrouver son adversaire des législatives de 2017, l’ancienne ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem [(re)lire : Régionales : le faux suspense Vallaud-Belkacem]. Il sera aussi opposé à l’écologiste Fabienne Grébert [lire son portrait] et, selon toute vraisemblance, à Andréa Kotarac, l’ex-Insoumis passé au Rassemblement national.

A quatre mois du scrutin, les chances du candidat LREM semblent minces face à un Laurent Wauquiez omniprésent sur le terrain et qui présente « un bon bilan », selon les propres mots de Bruno Bonnell sur France 3. « Ma plus-value, c’est surtout le supplément d’âme », défend le macroniste. Un slogan, en attendant le programme.

Post-scriptum – Initialement prévues en mars 2021, les élections régionales ont été décalées aux 13 et 20 juin, pandémie de Covid-19 oblige. Le projet de loi adopté par l'Assemblée nationale ce 9 février prévoit toutefois une clause de revoyure du calendrier début avril, en fonction de l’évolution de la situation sanitaire [paragraphe remis à jour le 10 février à 10 heures].

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