Mohamed Boudjellaba, maire élu en 2020 à Givors avec le soutien d'EELV. Photo : twitter de M.Boudjellaba.

Givors : après l’annulation de l’élection municipale, l’extrême-droite en embuscade

C’est reparti pour un tour. Le conseil d’Etat a confirmé, mercredi 20 octobre, l’annulation de l'élection municipale de Givors, qui avait porté au pouvoir Mohamed Boudjellaba, soutenu par les écologistes, après quatre-vingt ans de règne du Parti communiste. 

Cette décision entraîne l’organisation d’un nouveau scrutin dans les trois mois, comme le prévoit le code électoral. Un suffrage qui aura lieu sur fond de campagne présidentielle, avec un Parti communiste et une extrême-droite désireux de prendre leur revanche. En juin 2020, l'un comme l'autre avaient échoué aux porte de la mairie pour quelques dizaines de voix de retard.

« Pressions » et « intimidations »

Dans sa décision, le conseil d’Etat a suivi l’avis du rapporteur public, qui avait pointé des « agissements graves », relevés dans deux bureaux de vote des Vernes (n° 9 et 10), un quartier prioritaire de la commune, à l'occasion du second tour. Lors d’un premier jugement rendu en février dernier, le tribunal administratif avait mentionné des « pressions exercées sur les électeurs » et des « intimidations » attribuées à des partisans de Mohamed Boudjellaba.

Reprenant les conclusions du premier jugement, le conseil d’Etat estime que « des partisans de la liste conduite [par Mohamed Boudjellaba] se sont rassemblés à l'entrée et aux abords » des bureaux « en interpellant les électeurs afin de les inciter à voter pour cette liste, nécessitant dans un cas l'intervention de la police municipale ». Les magistrats précisent « qu'une manifestation publique de soutien pour cette liste a même eu lieu à l'intérieur d'un bureau de vote ».

Selon le conseil d’Etat, « de tels faits sont constitutifs de pressions sur les électeurs et ont été de nature, compte tenu du faible écart de voix séparant [Mohamed Boudjellaba et Christiane Charnay, la maire PCF sortante de Givors] à fausser les résultats du scrutin. » Dans un contexte de très forte abstention, le candidat écologiste l’avait emporté avec seulement 29 voix d’avance sur la communiste.

Un « non-sens juridique » pour le maire

Dans son appel devant le conseil d’Etat, Mohamed Boudjellaba contestait la recevabilité de certaines attestations de responsables de bureaux de vote, pour certains adhérents du PCF selon lui, et accusait Christiane Charnay d’avoir envoyé de fausses attestations, « fondées sur des usurpations d’identités ». Des accusations rejetées par le conseil d’Etat, pour qui « la circonstance, à la supposer établie, que Mme Christiane Charnay ait produit des attestations fausses ou de complaisance sur les évènements en question est, quant à elle, sans incidence sur la régularité du scrutin ».

« C’est un récit complètement faux qui a été fait »

« Je prends acte de cette décision qui est un non-sens juridique », réagit Mohamed Boudjellaba auprès de Mediacités : « On parle d’un jeune qui a brandi un bulletin de vote à mon nom, d’une supposée manifestation que la police municipale n’a pas constatée et d’attestations faites par des responsables de bureau de vote choisis par Christiane Charnay et militants au PCF ! » « C’est un récit complètement faux qui a été fait », estime l’édile, qui a par ailleurs dénoncé sur Twitter une « campagne de mensonges, de tromperies et de magouilles » menée par son adversaire communiste.  

Sur Facebook, Christiane Charnay s’est félicitée de la décision du conseil d’Etat. « La justice a rendu son verdict, elle disqualifie définitivement l'équipe de Monsieur Boudjellaba en reconnaissant qu'il existait des irrégularités contraires aux valeurs de la république lors de cette élection. »

Un appel aux « valeurs de la République » qui fait écho à d’autres griefs portés par l’ancienne maire communiste dans son recours initial devant le tribunal administratif. Elle accusait Mohamed Boudjellaba d’avoir bénéficié « du soutien financier » de l’association pour la promotion de la culture algérienne (Apca), sur la seule base d’un post Facebook publié la veille du scrutin, et indiquait que des tracts avaient été distribués sur le site de la grande mosquée de Givors en soutien à la liste du candidat. Des points rejetés par la justice, qui avait estimé que Christiane Charnay n’apportait « aucun élément à l’appui de ses allégations ».

Cette annulation est un nouvel épisode de la vie politique tumultueuse d'une commune déjà marquée par la condamnation, en 2017, de l'ancien maire (PCF) de Givors Martial Passi à une peine d'inéligibilité et à six mois de prison avec sursis pour prise illégale d'intérêts.

« Tout peut arriver » pour Antoine Mellies

Dans les prochaines semaines, la loi prévoit la nomination d’une délégation par le préfet pour remplir les fonctions du conseil municipal et gérer les affaires courantes. Un nouveau scrutin doit être organisé dans un délai de trois mois.

S’il ne fait pas de doute que Christiane Charnay sera candidate pour le PCF, les regards se tournent aussi vers Antoine Mellies. A la faveur d’une quadrangulaire (avec un candidat divers droite pour compléter le tableau), la tête de liste du Rassemblement national avait obtenu 25% des suffrages, ratant la mairie pour seulement 130 voix de retard. De quoi lui donner envie de retenter sa chance ?

« C’est une élection partielle avec une logique propre, dans un contexte de campagne national. Les cartes sont rebattues, tout peut arriver », pense Antoine Mellies, qui indique vouloir consulter son groupe municipal et les anciens membres de sa liste avant de se prononcer sur une éventuelle candidature. Il la présente toutefois déjà comme une alternative « à l’exécutif bobo extrême-gauche de Monsieur Boudjellaba ».

Éphémère délégué départemental du RN du Rhône, Antoine Mellies est depuis tombé en disgrâce auprès de la direction de son parti à cause de sa trop grande proximité avec Marion Maréchal [lire son portrait] et a été suspendu l’année dernière de ses responsabilités. Très critique envers Marine Le Pen et son entourage, il n’a pas repris sa carte au Rassemblement national. Il joue désormais un rôle actif dans la pré-campagne d’Eric Zemmour, sans vouloir en dire plus à ce stade. « Je n’ai pas besoin du soutien du Rétrécissement national, je suis implanté localement, le RN n’est plus un sujet pour moi », cingle-t-il.

De quoi laisser entrevoir une candidature sans étiquette, qui lui permettrait de ratisser au-delà de l'électorat de Marine Le Pen ? La menace est prise au sérieux par les élus écologistes, par ailleurs alliés aux communistes à l’échelle de la Métropole de Lyon. « Il ne faudrait pas que cette guerre locale offre une opportunité à l’extrême-droite », s’inquiète un responsable EELV du Grand Lyon. Reste que la gauche risque d'arriver désunie face à cette menace. Dans un communiqué commun, le PCF, le PS et la France insoumise appellent déjà EELV à « se désolidariser » de Mohamed Boudjellaba « qui n’a de gauche et d’écologiste que le nom ».

Mathieu Périsse
Mathieu Périsse collabore avec Mediacités Lyon depuis juin 2017, convaincu de la nécessité d’une information locale indépendante et percutante. Lyonnais de naissance, il a d’abord travaillé pour la radio (Radio France, RTS), notamment lors de reportages longs-formats à l’étranger (Afghanistan, Biélorussie, Chypre, Burkina Faso…). Membre du collectif de journalistes We Report, il écrit régulièrement pour Mediapart, journal pour lequel il a enquêté pendant un an sur la pédophilie dans l’Eglise catholique (également en lien avec Cash Investigation).

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