L'opéra de Lyon, place de la Comédie. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Opéra de Lyon : la Chambre régionale des comptes publie l’épilogue de l’affaire des frais de l’ancien directeur

Il l'a quitté en juillet 2021 pour Munich, mais l’écho des frasques financières de Serge Dorny résonne encore dans les couloirs de l’opéra national de Lyon... Souvenez-vous, c’était le premier article de Mediacités Lyon en mai 2017. En nous appuyant sur près de 3500 documents comptables (factures, notes de frais), nous documentions le train de vie somptuaire de l’ancien directeur général, amateur d’hôtels de luxe et de restaurants haut de gamme. Cinq ans plus tard, la Chambre régionale des comptes revient longuement sur cette affaire, à l’occasion d’un rapport consacré à la gestion de l’institution culturelle lyonnaise.

Règles implicites, dépenses qui flambent

Première confirmation : nos révélations de 2017 ont été à l’origine d’un grand remue-ménage en interne. Quelques semaines après notre enquête, le maire de Lyon (à l’époque Gérard Collomb) a été sommé par le procureur de la République de vérifier le bon usage de l’argent public par l’opéra, une association dont la Ville est le principal financeur et administrateur.

Côté opéra, plusieurs réunions extraordinaires du conseil d’administration ont été consacrées exclusivement à ce sujet à l’été 2017, signe d’un certain embarras de l’institution. Dans la foulée, la ville de Lyon a lancé un audit sur les frais de missions de Serge Dorny sur la période 2014-2016, dont nous avions relaté les principales conclusions.

Dans leur rapport, les magistrats soulignent que le remboursement des frais de voyage répondait à « des règles implicites » sans cadre clair, une situation propice à toutes les dérives. Résultat : ces dépenses ont flambé entre 2013 et 2016, dépassant les 150 000 euros par an.

Salaire du directeur : la fin du secret

« Très certainement plus de 200 000 euros... », nous avait confié plusieurs interlocuteurs quand nous enquêtions sur Serge Dorny, en 2017, et qu'on abordait la question du salaire du directeur. Au détour d'un paragraphe de son rapport, la Chambre régionale des comptes apporte la réponse précise : en 2019, le salaire annuel brut de Serge Dorny s'élevait à 291 000 euros.

Hôtels de luxe et grands crus

Les frais pharaoniques s’expliquent par un certain goût du luxe manifesté par Serge Dorny. Ainsi 70% des nuitées remboursées à l’ancien directeur général concernaient des hôtels 5 étoiles, parfois à plus de 400 euros la nuit.

Même excès pour les restaurants : en 2014, sur les 203 repas remboursés à Serge Dorny et à ses invités, 40 ont crevé les plafonds en usage au sein de l’opéra. Pour quatre festins, la note a même dépassé les 165 euros par personne. La faute aux grands crus ouverts pour l’occasion ? « Le prix moyen du repas est alourdi par des bouteilles de prix élevé », notent sobrement les magistrats. L’ancien patron n’hésitait pas non plus à s’offrir de nombreux trajets en taxi (pour 3 739 euros en 2014)… alors même qu’il bénéficiait d'une voiture de service.

« Une conception parfois extensive de la notion de frais »

Autant de dépenses qui illustrent « une conception parfois extensive de la notion de frais » engagés lors de déplacements, précisent les auteurs du rapport de la Chambre régionale des comptes. Ils notent que ces remboursements, qui n’ont jamais été cachés et pour lesquels des factures étaient systématiquement fournies, « ne vont toutefois à l’encontre d’aucune règle interne qu’il revenait d’ailleurs aux administrateurs d’établir ».

En clair : la faute est imputée aux pouvoirs publics - la ville de Lyon, la Région, le Département et l’Etat - qui financent l'opéra, siègent à son conseil d’administration et auraient dû encadrer ces dépenses de manière plus rigoureuse. Ce sera chose faite à partir de 2018, avec l’établissement d’un barème de frais autorisés en fonction des déplacements et du poste occupé à l’opéra.

A cette nouvelle politique s'est ajouté un relatif serrage de ceinture pour l’opéra de Lyon.  L'institution a vu sa subvention diminuer de 500 000 euros, sur un budget annuel de 38,8 millions d'euros (en 2019), sur décision de la nouvelle majorité écologiste de Lyon.

En toile de fond, la CRC pointe une nouvelle fois une bizarrerie administrative, déjà évoquée dans de précédents rapports en 2014 et 2019 : sur les treize opéras français, celui de Lyon est l’un des seuls, avec celui de Montpellier, à être géré par une association. Plus de la moitié du personnel de l’association est mis à disposition par la ville de Lyon (une mise à disposition valorisée 10 millions d'euros par an). Une situation « illégale » qui « doit cesser rapidement », estiment les magistrats.

Opéra de Lyon : nos articles sur l'affaire Dorny

Mathieu Périsse
Mathieu Périsse collabore avec Mediacités Lyon depuis juin 2017, convaincu de la nécessité d’une information locale indépendante et percutante. Lyonnais de naissance, il a d’abord travaillé pour la radio (Radio France, RTS), notamment lors de reportages longs-formats à l’étranger (Afghanistan, Biélorussie, Chypre, Burkina Faso…). Membre du collectif de journalistes We Report, il écrit régulièrement pour Mediapart, journal pour lequel il a enquêté pendant un an sur la pédophilie dans l’Eglise catholique (également en lien avec Cash Investigation).

Précédemment dans l'Oeil

Transports en commun, GL Events et eau potable au menu du prochain conseil métropolitain du Grand Lyon

Mediacités publie les plus de 130 projets de délibération qui seront soumis au vote des conseillers métropolitains du Grand Lyon le 13 décembre prochain.

Interpol : le général émirati accusé d’avoir couvert des actes de torture élu président

Malgré une forte opposition de la société civile, le général Ahmed Nasser Al-Raisi, visé par plusieurs plaintes pour des violations des droits de l'Homme, a été élu jeudi président d'Interpol, dont le siège est à Lyon.