Le major général Al-Raisi. Photo : Wikicommons.

Interpol : le général émirati accusé d’avoir couvert des actes de torture élu président

Toutes les alertes sont restées vaines. Le général Ahmed Nasser Al-Raisi, inspecteur général de la police des Emirats arabes unis, a été élu jeudi président d’Interpol pour une durée de quatre ans, au terme de l’assemblée générale de l’agence mondiale basée à Lyon.

Ce choix est très contesté. Accusé d’avoir organisé et couvert des actes de torture à l’encontre d’opposants politiques aux Emirats, en tant que patron de services de police locaux, Ahmed Nasser Al-Raisi est visé par plusieurs plaintes déposées en France et en Turquie.

Torture psychologique

En novembre 2020, dans une longue enquête sur cette affaire, Mediacités documentait ainsi le témoignage d’un britannique, Matthew Hedges, qui affirme avoir subi plusieurs mauvais traitements (torture psychologique, administration de drogues…).

Plusieurs ONG, dont Human Rights Watch à l’origine de la plainte en Turquie, s’inquiètent depuis plus d’un an de l’arrivée de ce général à la présidence d’Interpol. Certes, le poste est avant tout honorifique. Mais un rapport britannique paru en mars dernier a montré que les Emirats arabes unis avaient détourné le système des notices rouges – les avis de recherches internationaux émis par Interpol – pour museler les opposants du régime. Cette nomination envoie donc un message désastreux aux défenseurs des droits de l’Homme.

« Par leur silence, la France et ses alliés se sont rendus complices de cette présidence de la honte »

A Lyon, le député (ex-LREM) Hubert Julien-Laferrière s’est mobilisé depuis plusieurs mois contre ce choix, exhortant Emmanuel Macron à s’opposer à cette décision, sans succès. « Je regrette profondément que cette institution prestigieuse soit désormais présidée par un individu coupable de nombreuses violations des droits de l'homme », a réagi jeudi sur Twitter le député. « Par leur silence, la France et ses alliés se sont rendus complices de cette présidence de la honte ».

Inquiétude des collectivités locales

Dans un rare courrier commun adressé la veille de l’élection au ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, le président de la Métropole de Lyon Bruno Bernard (EELV) et celui de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez (LR) mettaient en garde contre une candidature « entachée de plaintes » qui risquerait à leurs yeux de « délégitimer l'institution et son accueil dans notre démocratie ».

Avec cette nomination, les Emirats arabes unis, deuxième contributeur au budget d’Interpol, derrière les Etats-Unis grâce à un don de 50 millions de dollars en 2017, confortent un peu plus leur influence dans le monde.

En toile de fond se pose aussi la question du maintien du siège d’Interpol à Lyon. Devenu trop exigu pour ses 800 employés, le bâtiment installé dans le quartier de la Cité internationale doit être agrandi. Des travaux estimés entre 40 et 50 millions d’euros, que l’Etat doit financer en partie. Mais les collectivités locales rechignent à payer le reste et demandent des engagements clairs du gouvernement. La nomination d’Ahmed Nasser Al-Raisi pourrait fragiliser un peu plus ces négociations, en rendant le financement d’Interpol moins justifiable aux yeux des collectivités.

Mathieu Périsse
Mathieu Périsse collabore avec Mediacités Lyon depuis juin 2017, convaincu de la nécessité d’une information locale indépendante et percutante. Lyonnais de naissance, il a d’abord travaillé pour la radio (Radio France, RTS), notamment lors de reportages longs-formats à l’étranger (Afghanistan, Biélorussie, Chypre, Burkina Faso…). Membre du collectif de journalistes We Report, il écrit régulièrement pour Mediapart, journal pour lequel il a enquêté pendant un an sur la pédophilie dans l’Eglise catholique (également en lien avec Cash Investigation).

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