Il n’y aura peut-être pas de procès du Grand stade de Lille. Mais Damien Castelain, le président de la Métropole européenne de Lille (MEL), devrait être renvoyé prochainement devant le tribunal correctionnel dans une affaire connexe.

Confirmant son réquisitoire supplétif de juin 2018, le procureur de la République a demandé un non-lieu général pour les sept mis en examen et témoins assistés, impliqués dans le choix, en 2008, de la société Eiffage pour construire le stade Pierre Mauroy à Villeneuve d’Ascq. Certains chefs de poursuite, comme le délit de favoritisme, ont bien été établis mais sont prescrits au bout de trois ans. Or la plainte simple déposée en 2011 par le lanceur d’alerte Eric Darques n’a pas permis d’interrompre le délai de prescription. Ils ne peuvent donc plus être retenus. Du côté de la partie civile, on ne partage pas le même avis…

« Nous sommes d’accord avec les conclusions du procureur, explique Joseph Breham, l’avocat d’Eric Darques. En revanche, nous contestons la prescription. » Son client est d’ailleurs très clair sur la suite qu’il souhaite donner à cette affaire, vieille de neuf ans… « Nous irons devant la chambre de l’instruction si nécessaire, explique-t-il. Et s’il le faut, nous irons jusqu’à la cour de cassation. »

Castelain en solitaire au tribunal

En attendant, les mis en cause peuvent néanmoins pousser un grand ouf de soulagement. Enfin pas tous... Le procureur de la république préconise en effet le renvoi de Damien Castelain devant le tribunal correctionnel. Il est soupçonné de recel d’abus de confiance, dans un volet annexe de l’affaire apparu en cours d’enquête, en 2017. Les faits reprochés concernent la livraison par Eiffage de pierres bleues, ayant servi à la pose d’une terrasse au domicile de Damien Castelain, pour un montant de 18 000 euros. Ils sont passibles de 3 ans de prison et de 45 000 euros d'amende.

La décision finale revient maintenant au juge Jean-Marc Cathelin, doyen des juges d’instruction au TGI de Lille, en charge du dossier depuis qu’il a succédé au juge Gentil, en septembre 2017. Il peut soit prononcer un non-lieu, soit ordonner un procès. Sa réponse est attendue dans les prochaines semaines. Mais dans l’immense majorité des cas, l’instruction suit à la lettre les recommandations du parquet…

Interrogé par La Voix du Nord , Damien Castelain a indiqué que le fait d’être le seul à faire l’objet d’une demande de renvoi « n’(était) pas une surprise. C’est la décision du parquet. » Il déclare désormais attendre la décision du juge d’instruction. Ce qui est sûr, c’est que la perspective d’un procès de Damien Castelain aura des conséquences politiques. Le maire de Péronne-en-Mélantois laisse d’ailleurs entendre que ce calendrier ne serait pas lié au hasard. « Je ne peux que constater que ce renvoi intervient juste avant des échéances électorales importantes », souligne-t-il dans La Voix du Nord.   

La pression judiciaire ne date pourtant pas d’hier. Elle s’est seulement accélérée depuis un an. Sa mise en examen dans l’affaire des pierres bleues remonte au mois d’août 2019 et fait suite à un rapport particulièrement assassin du procureur de la République à l’encontre de Damien Castelain. S’y ajoute, en juillet de l’année dernière, l’ouverture d’une enquête préliminaire pour détournement de fonds publics et recel, consécutivement aux révélations de Mediacités sur le financement par la MEL de certaines de ses dépenses personnelles.

Ces mésaventures judiciaires n’ont en tout cas pas dissuadé Damien Castelain de briguer un nouveau mandat à la tête de métropole lilloise. Toujours à La Voix du Nord, le président de la communauté urbaine se dit « plus que jamais » candidat à sa réélection. De fait, son procès, s’il est bien ordonné, n’aura pas lieu avant quelques mois. Son procès politique, en revanche, sera tranché d’ici le 9 juillet, date des élections à la MEL.