La rentrée de Waldermar Kita peut (poliment) être qualifiée de pénible. Le propriétaire du Football Club de Nantes voit son équipe première végéter à la 19e place de la Ligue 1, avec un total de points identique à celui qui avait conduit à la relégation traumatisante de la saison 2006-2007. Décidé à se séparer de l’entraîneur portugais Miguel Cardoso, trois mois à peine après son arrivée à la Jonelière, le voilà contraint à se rabattre sur une vielle gloire-maison, le Franco-Bosnien Vahid Halilhodžić. Un quinzième technicien en 11 ans de présidence pour une durée de vie moyenne sur le banc canari de huit mois (291 jours pour être précis).

Co-porté avec le groupe Réalités, son projet contesté de YelloPark patine, lui-aussi, avec le report du vote de la vente des terrains par Nantes Métropole d’octobre à décembre. Waldemar Kita, n’a pourtant pas ménagé sa peine, en faisant pression sur les élus métropolitains, Johanna Rolland, en tête : « Si on ne le fait pas maintenant, on ne le fera jamais, déclarait-il à Ouest-France le 5 septembre dernier. Il ne faut pas reculer dans ce projet… Pour nous, concernant le stade, tout est ficelé. »

Retour sur investissement

 

Alors, si pénible que ça cette rentrée ? Pas si l’on regarde les comptes des deux principales holdings que détient le patron du FC Nantes et de Vivacy, en Belgique et au Luxembourg, contrées toujours fiscalement très accueillantes . Domiciliée à Bruxelles, la première, Flava Groupe, possède 99,6 % du FC Nantes et a dégagé en 2017 un bénéfice net de 3 millions d’euros, selon des résultats qui viennent d’être publiés et dont nous avons pris connaissance.             

Flava Groupe - Bilan comptable 2017-6-6
   

Tout sauf un hasard puisqu’il s’agit schématiquement d’un nouveau "remboursement" d’un des cinq "prêts" contracté par le FCN auprès de sa holding entre 2007 et 2013, (pour 26,6 millions d’euros, au moins ). Le mécanisme, appelé « abandons de créances avec clause de retour à meilleur fortune », permet dans un premier temps de financer transferts et salaires importants, sans grever les comptes du club, surveillés par le gendarme financier du foot, la DNCG. Puis, une fois des marges dégagées par le club - grâce à la vente de joueurs formés, par exemple - de l’obliger à rembourser la holding. 13,7 millions d’euros sont ainsi déjà revenus dans les poches de Waldemar Kita.                

Des documents comptables qui contredisent sa ligne de défense - « ces créances je les ai totalement abandonnées au club, car le président de la DNCG me l’a demandé » et qui interrogent sur l’investissement personnel de « 20 millions d’euros » pendant le mercato de l’été 2017, évoqué dans Presse Océan il y a un an.

L’esthétique, c’est fantastique

 

Autre bonne nouvelle pour le Franco-Polonais, son entreprise Vivacy, qu’il dirige depuis la holding V Plus SA basée à Luxembourg-Ville depuis 2010 (il n’apparaît pas dans les documents français), a dégagé un bénéfice net de 5,75 millions d’euros en 2017, selon un bilan publié cet été.

V Plus SA - Bilan comptable 2017-4-4

Ce grâce à l’explosion mondiale du "marché de la beauté" qui représente 90 % des activités des laboratoires Vivacy (qui ne déposent pas leurs comptes), autour du magique acide hyaluronique : anti-rides classique, réparation de cartilages en passant, correction des imperfections de la vulve et augmentation du volume de la verge. L’année précédente, la ligne bénéfice net affichait 7,9 millions d’euros. Pas si mal pour celui qui nous confiait en mars : « Je suis rien aujourd’hui. Je ne suis qu’un petit président, un épicier. »

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Capture KitaRetrouvez l'intégralité de nos enquêtes  consacrées à Waldemar Kita et au FC Nantes.

Thibault Dumas
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.