Un véritable camouflet. Et une situation plutôt inhabituelle dans le monde des grandes écoles où le consensus règne d’ordinaire. Jeudi 6 décembre, 409 personnels et 2176 élèves-ingénieurs de l’École centrale de Nantes élisaient leurs représentants au conseil d’administration et dans toutes les instances internes . Alors qu’elle peinait jusqu’alors à faire entendre sa voix, l’opposition à la direction de l’école a remporté une éclatante victoire. Réunis sous la bannière Unité Centrale, les candidats plaidant « pour une école humaine, démocratique et durable (…), critiques envers la vision portée par la direction », ont raflé 11 des 16 sièges d’administrateurs en jeu (70,5 % des voix). Sur l’ensemble des conseils, 24 de leurs 29 candidats ont été élus, alors que 51 postes ont été pourvus. Dans le courriel officiel d’annonce des résultats, la direction a préféré communiquer une liste de noms expurgés des étiquettes, reconnaissant simplement une « forte mobilisation ». Sous pression des personnels, elle a finalement consenti à afficher les résultats détaillés dans le hall d'entrée de l'école.    

Comme nous l’expliquions dans notre précédente enquête, depuis quelques mois, le trouble grandit chez les enseignants, les personnels administratifs et même les étudiants face au management d’Arnaud Poitou, en place depuis six ans, communément jugé « brutal » et « clanique » jusqu’à en devenir opaque sur le plan financier. Ce vote « sanction » confirme donc le mouvement entamé cet été avec l’élection inédite d’un administrateur sous l’étiquette SNTRS-CGT (Unité Centrale n’était pas encore constitué) contre… la directrice de la communication de l’école. Dans une réaction qui a suivi le vote, ces nouveaux élus annoncent vouloir « mettre en place des outils de dialogue afin d’ouvrir le débat sur la politique de l’École ». Sous couvert d’anonymat, une professeure livre son analyse : « Le directeur Arnaud Poitou est désormais dos au mur. Il sera intéressant de voir comment il va composer avec une opposition en nombre dans son nouveau conseil d'administration. »        

     

L’inquiétude de l’université de Nantes

Arnaud Poitou semble avoir anticipé cette nouvelle donne. Le 4 décembre, il faisait voter le budget initial 2019 de l’école par le conseil d’administration... 48 heures avant les élections renouvelant le-dit conseil. En octobre, quelques semaines après la publication de notre article et les remous qu'il a suscité en interne, il annonçait par courriel « mettre en place un temps d'échanges privilégié avec les personnels de l'école », en invitant chaque mois une dizaine de personnes autour d’un déjeuner. Le premier d’entre eux a eu lieu mi-novembre en salle des conseils. Au menu, « dans une atmosphère cordiale où chacun a pu poser librement ses questions », selon plusieurs protagonistes, les statuts ou les avancements de carrière, notamment.

Cette opération transparence a ses limites. Alors que nous l'avons une nouvelle fois sollicité, le directeur a de nouveau décliné nos demandes d’interview. Dommage. Outre les résultats des élections, nous aurions aimé l'interroger sur plusieurs points soulevés par notre enquête initiale. Parmi eux : la souffrance du personnel (reconnue par la médecine du travail) au sein de la direction des relations internationales. En septembre, nous révélions que six – et désormais sept – de ses dix membres l’avaient quitté en un an. Selon nos informations, d’autres départs devraient suivre. « L’hécatombe continue, ça commence à poser de réels soucis dans la prise en charge des étudiants », commente, amère, une ancienne du service. De son côté, Arnaud Poitou continue à soutenir son responsable, Fouad Bennis, comme ce fut le cas le 30 novembre lors de la cérémonie de remises des diplômes 2018.

Reste que cette politique, de plus en plus fermée, d’Arnaud Poitou inquiète jusqu’à l’Université de Nantes, qui doit fusionner avec Centrale Nantes dans le cadre du projet NeXT (Nantes Excellence Trajectory). Déjà échaudé, comme le Ministère de l’enseignement supérieur d’ailleurs, par les revirements de leur encombrant voisin sur le sujet, le conseil d’administration de l’université a évoqué en octobre « pendant une quinzaine de minutes la situation à l’intérieur de Centrale », rapporte l’un de ses membres. La direction de l’université aurait même demandé à l'un de ses administrateurs de « suivre » attentivement l'évolution de la situation à Centrale.     

Thibault Dumas
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.