Jusqu’où ira cette affaire qui a fait les choux gras de la presse locale et nationale ? Le 31 mai dernier, La Voix du Nord a révélé que la candidate de La République en marche (LREM) sur la 2e circonscription (Villeneuve d’Ascq/Mons-en-Baroeul/Lille/Lezennes/Ronchin) avait été condamnée pour falsification de diplôme en 2011. Après avoir été épinglée pour avoir ouvert un financement participatif de sa campagne - illégal -, Houmria Berrada, 34 ans, a vu une partie de son passé ressurgir. Afin d'entrer à l’IXAD, l'école d'avocats de Lille, l’ancienne présidente de SOS Racisme Nord a présenté un faux diplôme, censé venir de l'Institut d'études judiciaires (IEJ) de Strasbourg.

La direction de l'IXAD ayant découvert la supercherie, Houmria Berrada avait été exclue de l’école après quelques semaines de cours. Et la plainte qui a suivi a conduit le tribunal correctionnel de Lille à condamner la jeune femme, le 16 mars 2011, à huit mois de prison avec sursis pour faux et usage de faux d'un document administratif, ainsi qu'à verser 500€ de dommages et intérêts à Marie Metzger, l'étudiante dont elle est accusée d'avoir usurpé l'identifiant... et les diplômes.

Suite à cette révélation de La Voix du Nord, la candidature d’Houmria Berrada a été maintenue par le mouvement macroniste. Mais une grande partie des soutiens de la candidate l’ont lâchée et son suppléant, le Villeneuvois Christian Carnois, a choisi de suspendre sa campagne. Le 9 juin dernier, il expliquait : « La voir battue dimanche sera compliqué. Mais pour être élu, il faut être exemplaire. Or nous sommes devant une imposture. »

« Il faudra quand même m'expliquer pourquoi cet entêtement à laisser l'investiture à une candidate qui est la négation même de la politique » 

L’« imposture » ne semble pas avoir eu d’effet car les électeurs l’ont placé en tête au soir du premier tour de législative avec 22,53% des suffrages exprimés... Pourtant, l’ancienne conseillère de quartier de Fives fait réagir sur les réseaux sociaux. « Elle a été condamnée en 2011 à huit mois avec sursis pour falsification de diplôme (faux Master pour entrer à l’Ecole d’avocat de Lille) et travaille aujourd’hui comme « consultante » en faisant valoir de la détention de ce Master », écrit sur Facebook, Pierre Mathiot, l’ancien directeur de Sciences Po Lille, outré par cette situation. Michel Debeir, ancien directeur de la maison de quartier à Lille-Moulins, raconte que « l’ancienne animatrice de loisirs est allée aux prud’hommes dix ans après pour réclamer des dommages et intérêts pour licenciement abusif !!! Le jour de l’audience, celle-ci ne s’est même pas présentée. » Fervent soutien de Macron, le maire PS Frédéric Marchand écrivait le 8 juin sur Facebook : « Il faudra quand même m'expliquer pourquoi cet entêtement à laisser l'investiture à une candidate qui est pour moi la négation même de la politique au sens premier du terme... Je reste pantois à la lecture de la profession de foi qui est arrivée dans ma boîte aux lettres ». D’autres enfin évoquent « une mythomane à l’ambition débridée ».

Houmria Berrada a utilisé à plusieurs reprises son image de jeune fille issue des quartiers pour monter rapidement au sein de différentes structures comme le conseil de quartier de Fives, le PS du Nord, SOS Racisme. Sur le fond de l’affaire, la position du mouvement En Marche est déconcertante. « S’il n’y a pas d’inscription au casier judiciaire, on part du principe que les électeurs ne doivent pas juger mais choisir en tout état de cause, explique à Mediacités Jean-Paul Delevoye, qui était chargé des investitures à l’échelle nationale. Si on avait été informés avant, peut-être aurions-nous pris d’autres dispositions ». Rappel : la candidate Houmria Berrada n’ayant été condamnée par la justice qu’à une peine de sursis, l’inscription à son casier judiciaire a été enlevée au bout de cinq ans.

Jean-Paul Delevoye ajoute : « Au-delà du cas Berrada, un déferlement d’infos cherche à nous influencer, comme ce candidat non nordiste qui aurait tapé sa femme en pleine rue. Je ne peux que répondre : portez plainte et faites-le condamner (…) C’est difficile de bouger les frontières : dès qu’on entre dans le jugement moral, c’est un jugement subjectif. »

« Pour regretter, il faut avoir fait quelque chose. C'est à la justice de trancher »

Que pense Houmria Berrada de toute cette affaire ? Interrogée dimanche dernier en mairie de Lille, alors que le dépouillement commençait à peine, elle confiait à Mediacités avoir vécu « difficilement cette campagne ». « Ça a été dur. Je ne savais pas que cela pouvait être aussi violent. J'ai découvert un monde de requins où tous les coups sont permis. » 

Sur l'affaire en elle-même, la candidate ne souhaite faire aucun commentaire : « C'est entre les mains de mon avocat. » A-t-elle des regrets ? « Pour regretter, il faut avoir fait quelque chose. C'est à la justice de trancher. Contrairement à ce qui est relayé dans la presse, les soutiens des militants sont encore là. Et j'ai donné mes explications à ceux qui m'ont écoutée. » De l’abandon de son suppléant, elle ne dira pas grand-chose : « Christian Carnois est fidèle à lui-même : il a tiré la couverture médiatique à lui. De toute façon, c'est quelqu'un qui ne partageait pas les mêmes valeurs que nous. »

De la candidate socialiste Audrey Linkenheld, pour qui elle avait voté en 2012 (Houmria Berrada a milité cinq ans au PS), la candidate macroniste nous glisse moins d’une heure avant que ne tombent les résultats du premier tour : « C'est une candidate respectable. On dit que c'est une bosseuse. Mais quand on est député, la normalité c'est de bosser. Moi, je voudrais aussi être le lien entre l'assemblée nationale et notre circonscription. »

Dimanche, la jeune femme sera peut-être élue députée. Le PS est resté très silencieux et aucune consigne de vote n’a été donnée pour ce second tour qui verra la candidate LREM affronter celui de la France Insoumise, Ugo Bernalicis. Audrey Linkenheld elle-même s'est refusée à choisir entre les deux derniers qualifiés pour le 18 juin, au grand étonnement de nombreux observateurs.

Interrogée par la Voix du Nord au soir du 1er tour, la député sortante a toutefois laissé transparaître beaucoup de résignation face au succès de son ex-camarade. « Cela montre finalement que les électeurs peuvent aussi tout pardonner, indique-t-elle au quotidien régional. La Voix du Nord a révélé son passif, l’affaire a été reprise par les médias nationaux ; elle arrive tout de même en tête. Que faire de plus ?  (...) Les gens ont simplement confirmé leur choix de la présidentielle, peu importe visiblement qui incarne la couleur pour laquelle ils ont fait leur choix. »

Cela dit, le vote de dimanche ne signera pas forcément la fin de l'affaire. Si Houmria Berrada est élue, siègera-t-elle dans le groupe de La République en Marche ? Subira-t-elle des pressions pour l’obliger à démissionner ? Dans ce cas, on s’orienterait vers une élection législative partielle.