Un an seulement après avoir été racheté par Gérard Lopez, le LOSC se trouve dans l’incertitude la plus complète. Sportivement, le club se traîne à la 19e place du classement, en position de reléguable. Et la DNCG , le gendarme financier du foot français, est tellement inquiète qu’elle a pris, en décembre, une mesure de rétrogradation à titre conservatoire. Une double menace qui a obligé le nouveau propriétaire, successeur de Michel Seydoux, à accorder une interview le 16 février à La Voix du Nord pour tenter de rassurer partenaires et supporters. A-t-il été convaincant ? Mediacités revient en quatre questions sur la situation et l’avenir du club tels qu’ils ont été évoqués par l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois.       

1- La menace de rétrogradation de la DNCG était-elle vraiment inattendue ?

« C’est vrai, j’ai été surpris de la décision », affirme Gérard Lopez à La Voix du Nord. On peut en douter. Le club est en effet sous surveillance depuis le départ. « On s’était déjà posé beaucoup de questions sur le projet lillois en juin dernier, raconte un membre de la Ligue de football professionnel (LFP) qui préfère garder l’anonymat. Mais à l’époque, la DNCG était très partagée : 50 % de ses membres trouvaient le montage financier lillois absolument génial ; a contrario, 50 % avaient manifesté les plus vives inquiétudes. » Sept mois plus tard, le clan des sceptiques a considérablement grossi au sein de l’institution. Car lors de leur audition, les dirigeants du LOSC n’ont pas été en mesure de fournir des garanties suffisantes sur l’équilibre final du budget 2017-2018.

Le « business plan » du club prévoyait de figurer dans le Top 5 du classement de Ligue 1 à l’issue de la saison. Ce ne sera pas le cas. Il en résultera un gros manque-à-gagner au niveau des droits télévisuels. A titre comparatif, l’OM, cinquième l'année dernière, a perçu 47 millions d’euros de droits télés. Soit trois fois plus que les 15,5 millions d’euros encaissés par Nancy, dix-neuvième, la place actuelle du LOSC. S’ajoute à cela l’incertitude financière liée au limogeage de Marcelo Bielsa, en novembre dernier. Pas sûr que l'ancien entraîneur argentin obtienne l'intégralité des 18,6 millions qu'il réclame mais il y aura bien une facture à payer. Résultat, selon nos informations, la DNCG aurait exigé de voir arriver 70 millions d’euros d’argent frais sur les comptes du club pour lever la menace de rétrogradation.

2- La situation financière du LOSC s’est-elle améliorée ?

« On n’a pas les résultats que l’on veut mais ce n’est pas logique de dire que le club est moins solide qu’avant, déclare Gérard Lopez. Les cent millions qu’on a investis valent quelque chose. » Là encore, l'affirmation se discute. En rachetant le LOSC à Michel Seydoux en décembre 2016 pour 37 millions d’euros et en recrutant 70 millions d’euros de joueurs durant l’été 2017, Lopez a effectivement dépensé plus de 100 millions d’euros. Mais qu’a-t-il acquis pour ce montant ? « A l’époque, le club de Lille ne valait pas plus que l’euro symbolique, assène un spécialiste de l’économie du sport qui préfère témoigner anonymement. Le LOSC ne disposait plus de fonds propres, la dette cumulée était de 70 millions d’euros et les comptes montraient un déficit structurel annuel de 35 millions d’euros. » Gérard Lopez a donc en parti racheté... des dettes ! Soit 11 millions avancés par Michel Seydoux sur un compte courant d’actionnaire. Et 20 millions correspondant à un emprunt obligataire contracté en 2012. Autant d'argent soit disant « investi » mais déjà envolé.               

Reste aussi à savoir si l’ardoise du club a bien été réduite et son bilan consolidé. D’après le Luxemburger Wort, le rachat du club a été financé entièrement par une ligne de crédit d’environ 110 millions d’euros ouverte au niveau de la holding luxembourgeoise Lux Royalty (un des étages de la pyramide de sociétés offshore ayant procédé à l'acquisition, comme l'a révélé Mediacités). Ce n’est donc pas le club qui porte cette dette directement mais Gérard Lopez. Le problème est que cet argent a été emprunté à des fonds d’investissements liés au « fonds vautour » américain Elliott. Lequel prête à des taux d’intérêts situés entre 8 et 12 % », selon un financier lillois interrogé par Mediacités. Il va bien falloir à un moment donné que le LOSC « crache » suffisamment d’argent pour permettre à son propriétaire hispano-luxembourgeois de rembourser. « Aujourd’hui, Gérard Lopez n’a pas énormément de marge de manœuvre, explique notre économiste du sport. Ou il injecte au LOSC, via sa holding Lux Royalty, ce que la DNCG exige. Ou il vend plusieurs joueurs pour 70 millions ».

3- Le modèle économique est-il pérenne ?

« On a créé (...) un modèle qui doit amener le club à pérennité », affirme encore Gérard Lopez. Avant de reconnaître qu'il n'est pas l'inventeur de ce modèle car il « se fait déjà ailleurs ». Et c'est bien tout le problème. De nombreux clubs en France et à l'étranger misent sur les recettes des transferts - par nature imprévisibles - pour combler leur déficit d’exploitation. Tout le contraire d'un système pérenne. Dans son entretien à La Voix du Nord, le président du LOSC laisse entendre qu’il pourrait s’agir d’un modèle transitoire, le temps de « résorber des pertes consistantes depuis des années ». Sauf qu’il n’évoque aucune autre piste à plus long terme. De plus, le cheptel de joueurs potentiellement rentables risque de se réduire à peau de chagrin si le club est contraint de vendre en masse cet été.

Dans les bureaux parisiens de la LFP, de plus en plus de questions tournent donc autour de la viabilité du projet « LOSC unlimited » concocté par Lopez. Bâtir une équipe à coup de millions d’euros empruntés, tout en ne faisant confiance sur le terrain qu’à de très jeunes joueurs, n’était-ce pas trop risqué ? A Lille, beaucoup d’éducateurs se montrent dubitatifs sur les qualités réelles de cette classe biberon à qui les dirigeants ont confié les clés de l'avenir du club. « Presque aveuglément », comme le murmure, dépité, un membre du staff des équipes de jeunes. Pire, dans les coursives du domaine de Luchin, le centre d’entraînement situé à Camphin-en-Pévèle, certains salariés ne cachent plus leur inquiétude sur les conséquences en terme d’emplois d’un éventuel crash en fin de saison.

4- Gérard Lopez sera-t-il encore là l’année prochaine ?

« J’adore le foot. Si j’avais un pari à faire avec Michel Seydoux, ce serait de battre son nombre d’années au LOSC », a confié Gérard Lopez à la VdN, en réponse aux rumeurs de son départ. Voilà pour le discours public. En privé, les choses sont parfois moins claires. « Le plus grand danger pour le LOSC ne serait pas de descendre en Ligue 2. Ce serait que Gérard Lopez s’en aille ! » Cette petite phrase du président lillois, balancée à l’occasion d’une conversation téléphonique avec un membre de l’association LOSC , date du début du mois de février. Une simple manifestation d’énervement ? Peut-être. Mais l’hypothèse d’un départ du président lillois alimente bien des discussions.          

« Le problème, explique un ancien responsable politique régional, c’est que Gérard Lopez a tellement endetté le club qu’il l’a rendu impossible à reprendre en cas de catastrophe ! » Un scénario du pire qui pose la question d'un éventuel sauvetage par les pouvoirs locaux. Or, « rien n’est moins sûr, poursuit notre ancien élu régional. Gérard Lopez n’a pas de tissu relationnel aussi étendu qu’un Gervais Martel, par exemple. Quand le RC Lens était au plus mal, Daniel Percheron a mouillé le maillot. Mais je ne vois pas qui le ferait aujourd’hui pour le LOSC ».

Invité en décembre 2017 sur France Bleu Nord, Damien Castelain, président de la Métropole européenne de Lille (MEL) s’était confié hors micro à quelques journalistes : « Si le LOSC est rétrogradé en National, nous les renverrons jouer au Stadium, avait-il lancé. Et même en Ligue 2, on ne s’interdit rien. » Le moins que l’on puisse écrire, c’est que ça ne ressemble pas à un soutien inconditionnel… La MEL a pourtant de l'argent à perdre dans une telle histoire. Le LOSC acquitte en effet un loyer de 4,7 millions d’euros à la métropole qui le reverse ensuite à l'exploitant Eiffage. En cas de défaillance du club résident, lié par exemple à une rétrogradation, c'est bien le contribuable qui sera appelé à en compenser la plus grande partie. Un « cadeau de départ » dont il se passerait bien si Gérard Lopez était amené à quitter le navire...