S’il existe un symbole de la high-tech dans le nord, c’est bien OVHcloud. Fondée à Roubaix il y a 22 ans par Octave Klaba, l’entreprise s’est imposée comme le leader français des services cloud, autrement dit de l’informatique dématérialisée (hébergement de données, applications à distance, infrastructures en nuages…). Comptant 1,6 million de clients dans plus de 140 pays, elle emploie 2 450 personnes dans le monde, dont plus de 800 sur le pôle roubaisien. Evoqué depuis quelques années, son projet d’introduction en bourse a franchi lundi 20 septembre une première étape avec l’approbation de son document d’enregistrement par l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Bidule_carre_512pxEn quoi ça consiste ?

OVHcloud a annoncé son intention d’émettre de nouvelles actions pour un montant pouvant aller jusqu’à 400 millions d’euros. Elles s’ajouteront aux actions détenues par la famille d’Octave Klaba (environ 80 % du capital jusqu’ici) et par deux fonds d’investissement. Elle seront proposées au public à l’occasion d’une introduction en bourse sur le marché Euronext, à Paris. Précision importante, Octave Klaba et sa famille devraient rester largement majoritaires à l'issue de cette augmentation de capital.

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Quels sont les enjeux à court terme ?

Si l’opération est bel et bien lancée, elle peut encore capoter. Comme toute introduction en bourse, elle est en effet « soumise à l'approbation par l'AMF d'un Prospectus, ainsi qu'à des conditions de marché favorables », comme le rappelle le communiqué de l'entreprise. Ce fameux « Prospectus » est un document essentiel : destiné à présenter l’entreprise et les détails de l’offre publique d’actions, il constitue une mine de renseignements sur la santé financière et sur les perspectives de toute société candidate à la cotation. Ces informations sont souvent inédites car les entreprises dont le capital reste privé ne sont pas obligées de les divulguer. Il est évidemment interdit de donner de fausses informations susceptibles de tromper les investisseurs. Ces documents sont donc réalisés par des banques d’affaires et des agences de communication financière.

L’appréciation du caractère « favorable » des « conditions de marché » constitue la condition la plus délicate. Les banques partenaires chargées de placer les actions auprès des investisseurs ont pour mission de tester leur « appétit » et d’évaluer le prix auquel elles pourront être vendues (ou une fourchette de prix). S’il s’avère trop faible pour atteindre l’objectif de 400 millions d’euros et qu'il soit nécessaire d’émettre trop de titres au risque de diluer trop fortement le capital, il y fort à parier que l’introduction en bourse d’OVHcloud soit suspendue. Il y a aussi toujours le risque qu’éclate une crise boursière générale qui compromettrait l’opération.

En tout état de cause, l’introduction en bourse d'OVHcloud ne peut avoir lieu moins d'un mois après l’approbation du document d’enregistrement pour des raisons règlementaires, indique Les Echos. Mais elle pourrait être bouclée d’ici la fin de l’année.

Data Server OVH
Un centre de données d'OVH à Roubaix. Photo : Clémence de Blasi

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A quoi ça sert ?

D’abord à lever de l’argent, bien sûr. Les 400 millions espérés doivent financer l’expansion géographique d'OVHcloud (et la construction de nouveaux data centers), la diversification de son offre de services, le renforcement de la sécurité de ses infrastructures (protection anti-incendie, notamment), voire l’acquisition de sociétés. L’objectif étant « d’accélérer la croissance » et de porter celle-ci à 25 % par an d’ici à 2025, contre 20 % en moyenne ces dernières années.

Jusqu’à présent, OVHcloud avait surtout financé son développement en empruntant de l’argent aux banques. « Contrairement à la très grande majorité des start-up françaises qui se financent en recourant à des fonds privés, souligne le journal Le Monde, la société créée en 1999 par Octave Klaba n’y a, elle, eu recours qu’une seule fois, avec une levée de fonds de 250 millions d’euros en 2016. »

L’introduction en bourse a d’ailleurs également pour but de permettre à ces fonds privés de commencer à sortir de la société en faisant une plus-value. Les fonds KKR et TowerBridge ont ainsi « informé » OVHcloud « de leur intention de céder une partie de leurs titres existants, tout en conservant une partie ». Autre intérêt, les sociétés cotées ont plus de facilité pour distribuer des actions ou des stock-options afin d’attirer ou de conserver les meilleurs talents car leurs titres peuvent être cédés facilement sur le marché. Pour une entreprise comme OVHcloud, qui évolue dans un secteur aussi compétitif que le cloud sur le terrain du recrutement, il ne s’agit pas là d’un détail. Sans compter qu’une introduction en bourse est aussi une opération de communication qui permet à une entreprise de changer de dimension à l'international.

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A combien pourrait être valorisée OVHcloud ?

La société roubaisienne n’a donné aucune indication sur la valorisation attendue à l’issue de l’entrée en bourse. En citant des sources proches du dossier, le Wall Street Journal évoque un objectif de 4 milliards d’euros - soit plus de 3 fois la valorisation de l’entreprise lors de l’arrivée au capital des fonds KKR et TowerBridge, en 2016. En fait, trop de variables sont en jeu pour avancer un chiffre précis. La valorisation dépend en effet du nombre d’actions nouvelles qui seront émises, de leur prix de vente, mais aussi des performances passées et futures de l’entreprise. Or les données disponibles sont très parcellaires. La société a fait état d’un bénéfice d’exploitation de 263 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 632 millions d’euros en 2020 et s’attend à voir ce dernier s’élever à 655 millions d’euros en 2021, puis à ce qu'il progresse de 10 à 15 % en 2022.

Quoi qu'il en soit, OVHcloud semble en lice pour devenir l'une des plus grosses licornes françaises (c'est à dire une start-up valorisée à plus d'un milliard de dollars). Mais cela ne l'empêchera pas de rester encore longtemps un nain face aux géants du secteur du cloud. Car l’écart ne fait que grandir : Amazon (avec sa branche AWS), Microsoft (Azure) et Google contrôlent en effet 66 % du marché alors qu’ils n’en représentaient que la moitié il y a trois ans. Même sur le Vieux continent, les trois groupes américains ne laissent que des miettes aux acteurs européens.

Classements fournisseur des services cloud Europe
Classement des fournisseurs de services cloud en Europe - 1er trimestre 2020

Au premier trimestre 2020, OVHcloud, qui revendique sans cesse dans sa communication le rôle de « leader européen », n’était crédité que d’environ 2% du marché par le cabinet Synergy Research. Soit seulement au 8e rang, derrière l’allemand T-Systems, la filiale de Deutsche Telekom. La société d'Octave Klaba aura bien besoin de réussir sa levée de fond et son entrée en bourse pour commencer à inverser la tendance.