Il y a un peu plus d'un an, Mediacités s'était penché sur les finances des communes de la MEL et avait accordé une bonne note (7/10) à Tourcoing, sur la base du budget 2018 : la ville se désendettait lentement mais régulièrement. Aidées par la croissance de la population, qui augmentait pratiquement de mille habitants par an, les recettes progressaient plus vite que les dépenses de fonctionnement. Entre 2014 et 2018, Tourcoing a ainsi vu ses rentrées de taxes foncières et de taxes d’habitation augmenter de 8 millions d’euros (à 47 millions), sans avoir besoin d'accroître la pression fiscale.

Entretemps, les budgets 2019 et 2020 ont été rendus publics. Ils montrent une nette dégradation de la situation. Effet Covid ? Sûrement pas. Entre les coûts supplémentaires et les recettes en moins, la pandémie va certes plomber les comptes des collectivités, mais les chiffres dont il est question ici sont arrêtés au 1er janvier 2020. Il y a eu, plus probablement, un effet élection : les dépenses s’envolent souvent les dernières années de mandat.

Une dette repartie à la hausse

Premier constat, la dette est repartie à la hausse. Elle a augmenté de six millions d’euros en deux ans seulement, passant de 137,5 millions d’euros à 143,5 millions. Elle revient donc à un niveau très proche de celui de 2014, qui était de 144 millions. À l’époque, Gérald Darmanin accusait son prédécesseur d’avoir « surendetté Tourcoing » ! La situation était effectivement plus grave en 2014, car la ville avait moins de ressources. En consacrant tous ses moyens alors disponibles au remboursement de ses dettes, elle aurait mis 20 ans à les rembourser. Aujourd’hui, le chiffre n’est « que » de 13,4 années. Les guillemets sont de rigueur, car cela reste un mauvais ratio. Comme l’a souvent rappelé Gérald Darmanin lorsqu’il était ministre des Comptes publics dans le gouvernement d’Edouard Philippe, la zone d’alerte commence au-delà de 12 ans.

Tout aussi préoccupant que le chiffre, il y a la tendance. Après cinq années de baisse, le ratio de désendettement repart à la hausse depuis 2018. Une partie de l’explication est à chercher du côté des charges de fonctionnement annuelles. Entre 2018 et 2020, elles ont explosé : + 6,6 millions d’euros, à 119,2 millions. Là encore, il y a eu inversion de tendance. Entre 2014 et 2018, Tourcoing avait réussi à les réduire de deux millions d’euros annuels.

Plus guère de marges de manoeuvre

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Capture d'écran de la Une du journal municipal Tourcoing Info de février 2015.

Pour ne rien arranger, la croissance démographique marque le pas. Après des années de hausse ininterrompue, la population s’est stabilisée à 98 000 habitants. Compte tenu des nombreux programmes immobiliers en cours, totalisant plusieurs centaines de logements, c’est sans doute provisoire. Mais le constat est là : Tourcoing ne parvient pas à se libérer du boulet de la dette, même en taillant dans ses investissements.

Les dépenses consacrées aux équipements (20,5 millions en 2020) sont pratiquement inférieures de moitié à ce qu’elles sont dans la moyenne des villes de taille comparable ! Tourcoing est un peu dans la situation d’un ménage surendetté. Quand toutes les dépenses obligatoires ont été réglées, il ne reste plus assez d’argent pour payer les intérêts des dettes. En termes techniques, la « capacité d’autofinancement nette du remboursement en capital des emprunts » est négative (-1,6 million en 2020). Il en a été ainsi cinq années sur six depuis 2014.

Quand on considère la pauvreté de la population (66% des foyers fiscaux tourquennois sont non imposables), augmenter la taxe foncière est difficilement envisageable. Exiger davantage de solidarité nationale le serait également. La dotation globale de fonctionnement de Tourcoing est deux fois supérieure à la moyenne : 411€/an/habitant contre 209€ dans les communes de taille comparable. Compte tenu de l’effet du Covid, qui se fera sentir dans le budget en cours, la majorité actuelle, emmenée par Doriane Bécue, n’aura probablement plus guère de marges de manoeuvre jusqu’à la fin de son mandat. Tourcoing dépend désormais des aides de l’État à un point tel que son sort se joue largement à Paris, avec ou sans Gérald Darmanin au gouvernement…

https://www.mediacites.fr/portrait/lille/2020/09/18/doriane-becue-maire-de-tourcoing-dans-les-pas-de-darmanin/