Marine Le Pen en pole position

La candidate du Rassemblement national (RN) continue d’asseoir son autorité dans les terres nordistes. Dans le département du Nord, ancien bastion socialiste par excellence, Marine Le Pen obtient le très confortable score de 29,27 %, soit 373 127 voix (sur un total de 1 274 781 voix exprimées). Dans un des départements les plus pauvres de France – le taux de pauvreté y avoisine les 19 %, soit quatre points de plus que la moyenne nationale –, la candidate d’extrême droite, qui a principalement mené campagne sur le pouvoir d’achat, parvient à attirer à nouveau le vote des classes populaires, notamment dans les petites villes et les zones rurales.

À l’échelle de la région des Hauts-de-France, territoire marqué par la désindustrialisation, sa domination est encore plus frappante. Marie Le Pen obtient la confiance de plus d’un million d’électeurs, soit 33,5 % des voix. Elle distance largement les 25,40 % des suffrages régionaux qui se sont portés sur Emmanuel Macron, arrivé en seconde place. Ce n’est donc pas un hasard si le président sortant a choisi d’effectuer son premier déplacement de l’entre-deux-tours, ce lundi 11 avril, à Denain, Lens et Carvin.

En tête dans les cinq départements de la région, Marine Le Pen affiche ses meilleurs scores dans l’Aisne (39,27 %), le Pas de Calais (38,68 %), la Somme (32,81 %) et l’Oise (32,30 %). C’est une fois de plus le bassin minier qui lui apporte le plus de voix. Une prime évidente aux mairies administrées par un édile du RN, comme à Hénin-Beaumont et Bruay-la-Buissière où la candidate décroche la majorité absolue (respectivement 51,32 % et 52,48 %). La progression y est fulgurante (+ 13 et 14 points) par comparaison à ses scores du 1er tour de la présidentielle de 2017.

Marine Le Pen n’a nulle part souffert de la présence du polémiste d’extrême droite Éric Zemmour, qui n’a recueilli que 5,9 % des suffrages dans les Hauts-de-France – soit environ un point de moins que son score national. Même constat pour ce qui concerne Nicolas Dupont-Aignan qui, avec ses 1,62 %, ne fait aucune ombre à la candidate frontiste. Reste qu’avec 41 % des voix en cumul, l’extrême droite semble plus que jamais ancrée dans les Hauts-de-France, malgré ses déconvenues aux régionales et départementales. Le RN peut se prévaloir d’avoir fidélisé le vote ouvrier et populaire.

Métropole : vers un match Macron-Mélenchon aux législatives ?

La métropole lilloise et la riche Pévèle voisine sont les principaux territoires du département du Nord où Emmanuel Macron vire en tête. Le président rafle le vote des cadres aisés, que ceux-ci habitent dans les zones urbaines ou péri-urbaines, et des retraités. La coupure territoriale est flagrante avec les zones rurales, les villes petites et moyennes ou les banlieues industrielles déshéritées. Le président sortant a littéralement aspiré les électeurs de la droite classique. Valérie Pécresse ne réunit qu’un catastrophique 3,33 % au niveau départemental dans le Nord ! Les Républicains subissent partout une déroute électorale, y compris dans ses fiefs qu’on croyait inexpugnables comme Bondues ou Marcq-en-Baroeul où sa candidate ne réunit respectivement que 10,89 % et 8,78 % des votes. 

Dans la métropole lilloise, Jean-Luc Mélenchon s’impose comme le principal rival d’Emmanuel Macron. Le président de La France insoumise est parvenu à attirer à lui une partie du vote populaire mais aussi le vote des plus jeunes électeurs – près d’un tiers des 18-24 ans auraient voté pour lui. Ses scores atteignent des niveaux record dans les quatre plus grandes villes de la métropole : Roubaix (52,30 %), Lille (40,53 %), Tourcoing (36,20 %) et Villeneuve d’Ascq (34,20 %). Il caracole également en tête dans les villes de Loos, Ronchin, Lézennes, Mons-en-Baroeul ou Faches-Thumesnil, seule commune dirigée par un maire insoumis dans la métropole.

À Lille, le candidat de l’Union populaire se place donc à nouveau en pole position, en nette progression par rapport à 2017. La candidate Marine Le Pen reste cantonnée à ses scores traditionnellement faibles (11,77 %). En revanche, la vague verte des municipales et des départementales a considérablement reflué puisque l’écologiste Yannick Jadot ne totalise qu’un piètre 7,04 % des voix. Les autres candidats sont quasi-inexistants… dont la socialiste Anne Hidalgo qui avait tenté de relancer sa campagne dans la capitale des Flandres mais ne recueille finalement que 2,26 % dans la ville de Martine Aubry [voir également ci-dessous]. Soit juste derrière le candidat communiste Fabien Roussel (2,34 %) !

Pour les législatives de juin, la bipolarisation politique est engagée avec un match « Insoumis » versus « Marcheurs » qui se profile. À Roubaix et Tourcoing, en revanche, il faudra aussi compter avec le Rassemblement national qui réalise des scores importants. Marine Le Pen arrive même d’un cheveu (14 voix !) devant le président sortant (23,43 % versus 23,39 %) à Tourcoing, dans la ville de Gérald Darmanin. Un camouflet pour le ministre de l’Intérieur.

Le Parti socialiste, dans le Nord, est agonisant

Elle était annoncée, mais la douche est quand même glaciale. Dans ses terres historiques, le Parti socialiste fait un recul encore inimaginable il y a quelques mois. La candidate PS Anne Hidalgo ne parvient à capter que 18 215 voix sur l’ensemble du département du Nord, soit 1,43 % des suffrages exprimés. À Lille, bastion de Martine Aubry, la candidate du parti à la rose est un poil au-dessus de son score national, avec 2,26 %. Mais ses 2 000 voix font bien pâle figure à côté des 35 800 voix de Jean-Luc Mélenchon. Même à Lomme, commune associée de Lille qui avait permis au Parti socialiste de conserver la ville en 2020, Anne Hidalgo n’obtient que 2,84 %.

Dans les autres villes du département encore tenues par le parti, le constat est le même. À Grande-Synthe, par exemple, la ville socialiste administrée par Martial Beyaert – qui a rejoint la direction collégiale de la Fédération PS du Nord suite au départ du premier secrétaire fédéral Benjamin Sainte-Huile –, le score d’Anne Hidalgo n’est que de 1,22 %. Là aussi, Jean-Luc Mélenchon semble avoir bénéficié d’un vote utile à gauche lui permettant de se placer largement en tête avec 42,48 % des suffrages exprimés. À Dunkerque, au lendemain du décès de Michel Delebarre – grande figure socialiste qui a été à la tête de la ville pendant vingt-cinq ans –, la candidate PS n’obtient que 991 voix (1,65 %) sur les 61 444 inscrits. Pour rappel, François Hollande était arrivé largement en tête du 1er tour de la présidentielle de 2012 dans cette ville avec 30,78 %…

Pas de surprise à l’échelle de la région où Anne Hidalgo, largement distancée par les autres candidats de gauche, n’obtient que 1,34 % des voix. Soit 0,96 % des inscrits ! Certes, depuis le quinquennat de François Hollande, le PS enchaîne les déroutes électorales dans la région. Mais cette bérézina électorale, encore plus saillante, pourrait avoir atteint un point de non-retour.

L’abstention, toujours et encore plus

Le département du Nord n’a pas fait partie des bons élèves français pour son sens civique à l’occasion de ce 1er tour de la présidentielle. Le taux de participation des nordistes n’atteint que 71,66 % – soit près de trois points de moins que le taux national. Dans le département, l’abstention continue de gagner du terrain et, une fois de plus, elle culmine dans les quartiers les plus populaires des grandes communes. À l’échelle d’une ville entière, c’est une fois de plus Roubaix qui s’illustre avec 40,99 % d’abstentionnistes. Tourcoing fait à peine mieux (38,37 %).

Les Lillois se sont moins abstenus (29,45 %) mais l’écart est énorme selon les bureaux de vote de la ville. Sur l’ensemble de la ville, le niveau demeure toujours nettement plus important que le taux d’abstention en France entière (23,50 %). Pour mémoire, on totalisait 19,67 % de « pêcheurs à la ligne » au soir du 1er tour de la présidentielle de 2017. Soit 4 points d’abstentionnistes de moins. Sans pouvoir parler d’effondrement du taux de participation, cette hausse du nombre de Français n’ayant pas pris part au scrutin équivaut tout de même à près de deux millions de personnes supplémentaires. Depuis 2002, le taux d’abstention à la présidentielle ne cesse de croître. Et tout laisse à penser que le second tour du 24 avril prochain ne dérogera pas à cette tendance de fond.

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Point final.
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