Très précisément 77 370,27 euros bruts. C’est le montant perçu en 2021 par Bruno Bernard pour son mandat de patron de Métropole et ses fonctions afférentes, selon le tableau des indemnités des élus du Grand Lyon que s’est procuré Mediacités [voir le document plus bas]. La somme additionne ses émoluments de président de la collectivité (60 021 euros, soit 5000 euros par mois) avec ceux de président du Sytral, le syndicat des transports en commun de l’agglomération (8 732 euros), et de président du Sepal, l’organisme chargé d’élaborer le Schéma de cohérence territoriale de l’agglomération ou « Scot » (8 616 euros).

Avec ces trois casquettes et 6 647 euros bruts par mois, « l’inconnu le plus puissant de France », comme l’a dernièrement qualifié son opposant Louis Pelaez, gagne un peu moins qu’un député (7 240 euros) et beaucoup moins qu’un… certain Bruno Bernard, chef d’entreprise. D’après sa déclaration d’intérêts, avant d’être élu président du Grand Lyon, celui qui était gérant d’une société spécialisée dans des chantiers de dépollution et de désamiantage s’est rémunéré 147 600 euros nets en 2018 puis en 2019 (soit 12 300 euros mensuels).

BrunoBernard
Bruno Bernard, président du Grand Lyon... et du Sytral. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

1000 euros d’augmentation

En toute logique et légalité, les indemnités versées l’an dernier aux autres élus correspondent au barème voté au début du mandat, en juillet 2020. Un conseiller métropolitain de base perçoit 16 102,08 euros bruts par an, soit 1 341,84 euros par mois. Ceux qui siègent à la commission permanente émargent à 23 336,40 euros bruts (soit 1 944,70 euros par mois) et les 23 vice-présidents à 45 739 euros bruts (soit 3 811,61 euros par mois).

Ces derniers avaient fait l’objet d’une augmentation d’environ 1 000 euros mensuels par rapport à leur prédécesseurs. Bruno Bernard avait alors justifié son geste généreux par le fait que ses lieutenants ne cumuleraient pas leurs mandats avec d’autres postes exécutifs (comme adjoint au maire)… exception faite de ses partenaires socialistes et communiste, les maires de Villeurbanne, Vaulx-en-Velin et Vénissieux.

Mais pour certains élus du Grand Lyon, les indemnités perçues ne se limitent pas à ces sommes. Le récapitulatif interne liste les fonctions des uns et des autres qui siègent au titre de leur mandat métropolitain dans des syndicats, des offices HLM ou des sociétés d’économie mixte contre des gratifications complémentaires.

Îles et lônes rémunératrices

En tant que vice-président délégué du Sytral, Jean-Charles Kohlhaas a ainsi été indemnisé l’an dernier à hauteur de 4 363 euros bruts. Idem pour Béatrice Vessiller, 6e vice-présidente du syndicat des transports en commun. Le premier préside par ailleurs le Sagyrc, syndicat mixte qui gère et aménage les cours d’eau du bassin de l’Yzeron : 8 270 euros. Quand la seconde occupe la première vice-présidence du Sepal, mentionné plus haut : 7 420 euros. L’organisme chargé du Scot permet à trois autres élus de la majorité (les écologistes Claire Brossaud et Benjamin Badouard, et le socialiste Stéphane Gomez) d’arrondir annuellement leurs indemnités de 9 235 euros bruts.

On retrouve dans la liste François Thévenieau, le « tonton de Bruno Bernard » : 1 837 euros bruts en 2021 pour la présidence de l’office Grand Lyon Habitat. Certaines fonctions se révèlent autrement plus rémunératrices… Pour présider le Smiril, syndicat qui gère le secteur des îles et lônes du Rhône, l’élu écologiste de Grigny Jérôme Bub a perçu 6 254 euros bruts. En tant que délégué du « syndicat intercommunal pour la construction et la gestion de la gendarmerie de Limonest », qui regroupe neuf communes, l’indéboulonnable Max Vincent a pu lui compter sur 7 900 euros bruts.

Vestige des banlieues rouges

A la tête du SDMIS, le service des sapeurs-pompiers du Grand Lyon et du Rhône, Zémorda Khelifi (EELV) a été indemnisée 16 335 euros bruts, ce qui fait d’elle la deuxième élue de la Métropole le mieux payée (plus de 62 000 euros bruts) derrière Bruno Bernard. Mais au jeu de la fonction la plus lucrative, c’est le communiste Pierre-Alain Millet qui décroche la timbale. A la tête du Sitiv, syndicat intercommunal des technologies de l’information, le deuxième adjoint de la maire de Vénissieux a touché 17 460 euros en 2021.

Vestige de l’ancienne ceinture rouge de l’agglomération, le Sitiv regroupe huit communes, dont les ex-fiefs du PCF (Vaulx-en-Velin, Grigny, Givors, Pierre-Bénite). Sa raison d'être ? Mutualiser des projets numériques, comme le développement d’une plateforme de concertation en ligne ou de l’archivage électronique. En 2016, comme le rapportait Le Progrès, l’organisme avait fortement tangué : deux villes adhérentes, passées à droite, avait réclamé la dissolution du syndicat, synonyme, selon leurs représentants, de « gabegie ». En vain.

> Le détails des indemnités perçues par les élus du Grand Lyon (les sommes sont en brut). Ce tableau ne prend pas en compte les indemnités perçues par certains conseillers métropolitains au titre d'autres mandats, municipaux notamment :

Indemnites2021