Plus grand établissement d’enseignement supérieur des Pays-de-la-Loire, l’université de Nantes accueille chaque année 38 000 étudiants, dont 4000 en provenance de l'étranger. Tout juste quinquagénaire quand certaines de ses voisines du grand ouest ont plus de 500 ans , cette “jeune” université est aussi un établissement pluridisciplinaire. Ce qui signifie que l’offre de formation y est très large : 164 diplômes différents, dans des domaines aussi variés que la médecine, le sport, la psychologie, les maths, la gestion, les sciences humaines, l’ingénierie, la chimie ou l’enseignement…

Le 10 mars 1965, visite avec le professeur Monnet des locaux de l'Université de Nantes, créée trois ans plus tôt. - Ina.fr

Outre ces effectifs, l'université de Nantes compte plus de 3750 enseignants, agents, personnels des différents services techniques, bibliothèques, etc, répartis sur les sites de Nantes, La Roche-sur-Yon, et Saint-Nazaire. Une aubaine pour l’économie locale, comme aime à le rappeler son directeur de la communication, Marc Péron : « 38 000 étudiants avec un budget mensuel moyen de 900 euros par mois, c’est beaucoup de retombées financières pour la ville ». « L’université est aussi un atout pour attirer de nouveaux habitants à Nantes, affirme Gilles Foex, fondateur-associé d’un cabinet de recrutement implanté à Nantes et Paris, Cadravenir. Quand nous chassons un cadre qui a des enfants, nous ne manquons pas de lui rappeler que nous avons ici plein de bonnes écoles, et aussi une bonne université ! ».

Certes, mais qu’est-ce qu’une bonne université ? Pour répondre à cette question, les critères à prendre en compte sont nombreux, depuis la visibilité à l’échelle internationale jusqu'au taux de réussite des étudiants, en passant par leur insertion professionnelle ou la façon dont l’université essaie d’exister dans l’écosystème économique local.

Classements : loin du niveau international

Si on se fie aux exigences du célèbre classement de Shanghaï, une bonne université doit compter plusieurs prix Nobel et des chercheurs publiant régulièrement dans les revues scientifiques les plus réputées. A ce jeu, les universités françaises sont laminées par de plus grosses institutions aux budgets colossaux, type Harvard, Stanford, ou Cambridge. Seule une vingtaine d’établissements publics français parvient, bon an mal an, à se faire une place parmi les 500 premières mondiales. L'université de Nantes en est encore - très - loin. Mais dans ce palmarès repris chaque été par tous les médias, elle réussit tout de même cette année à se hisser dans la “liste complémentaire”, entre la 701e et la 800e place, où elle voisine avec les écoles d’ingénieurs Centrale Supelec et l’Ecole centrale de Lyon, ou les universités Lille 1, Paris Sorbonne, et Poitiers. Dans le grand Ouest, seule Rennes 1 (23e française), composante scientifique de l’université bretonne, fait mieux que Nantes (29e). Dans un autre classement très prestigieux, le Time Higher Education, Nantes se hisse également dans le “top 30” des meilleures universités et grandes écoles publiques françaises, à la 24e place. Petite gloire supplémentaire : ses homologues de Rennes, d'Angers, du Mans et de Poitiers ne figurent pas au palmarès. Pas si mal pour une université pluridisciplinaire, quand la plupart des universités françaises mieux classées sont souvent exclusivement scientifiques.

Reste que pour devenir « un acteur européen de l'enseignement supérieur et de la recherche à l'international », comme elle aime se qualifier sur son site internet, l’université de Nantes doit améliorer sa visibilité , se faire connaître davantage pour augmenter sa capacité à lever des fonds et à attirer les meilleurs étudiants étrangers comme les meilleurs chercheurs. A l’image d’autres universités françaises, elle s’est donc lancée dans une course à la taille, en amorçant deux projets de rapprochements avec des établissements “voisins”. Le premier concernait la fusion de sa faculté de sciences et techniques avec l’école d’ingénieurs Centrale Nantes ; le second visait le regroupement en communauté d'universités et d’établissements (Comue), avec une vingtaine d’autres établissements d’enseignement public de Bretagne et des Pays de la Loire. Pas précisément des réussites.

Coopérer ou s’effacer ?

En ce mois d’octobre, la Comue bretonno-ligérienne semble en effet en petite forme. Initialement prévue pour juillet 2015, “l'université Bretagne-Loire” - c’est son nom - n'est finalement née qu'en janvier 2016, regroupant 22 établissements et 5 organismes de recherche de Bretagne et Pays-de-la-Loire, dont les quatre universités bretonnes et celle de Nantes. L’union étant censée faire la force. Las, quelques mois plus tard, Rennes et Nantes déposent des dossiers concurrents dans le cadre de l’appel à projets I-site du Programme investissement avenir (PIA). On a vu façon plus efficace de coopérer. Le projet nantais, développé par l’Université, son CHU, l’Inserm et Centrale Nantes, porte sur l’innovation dans la santé et sur l’ingénierie océanique. En février, le verdict du jury tombe : le dossier nantais est retenu, le dossier rennais, retoqué. Prenant acte de cette concurrence entre les universités, le CNRS annonçait en mai son départ de la Comue, bientôt suivi en septembre par les établissements rennais ; des départs qui n’ont toujours pas été officialisés. L'université Bretagne - Loire est donc toujours vivante, mais moins vivace qu’espérée.

Côté Centrale Nantes, la fusion a fait “pschitt” au début de l’été, quand le conseil d’administration de l’école d’ingénieurs a choisi de s’y opposer, à la surprise générale - les deux établissements revendiquant tous les deux la gouvernance des personnels de la future entité. Fin août, le "limogeage" par le ministère d’Arnaud Poitou, le directeur de l’école d’ingénieurs, a fait dire aux observateurs que le projet n’était pas abandonné mais seulement repoussé. En effet, comme l’explique en “off” un proche du dossier, les deux mariées se doivent de convoler sans quoi l’université de Nantes ne pourrait pas toucher le financement qu’elle a décroché avec la validation de son projet I-site, évoqué plus haut, dont la fusion avec Centrale Nantes était une condition. Cornélien.

Une image du temps du bonheur, en mars 2017, quand le président de l'Université, Olivier Laboux (à droite de François Hollande) et celui de Centrale Nantes, Arnaud Poitou (à gauche de François Hollande) célébraient à l'Elysée la validation de leur projet I-site

Cette politique de développement revendiquée par le président de l’université Olivier Laboux est aussi diversement appréciée par le personnel de l’université de Nantes, comme l’explique Marie David, enseignante en sociologie, et co-secrétaire de la section SNESUP-FSU de l’université : « Lors du conseil d’administration de février dernier, l’intersyndicale a voté contre la fusion avec Centrale. Selon nous c’est une source de dépenses nouvelles alors qu’on nous dit qu’il n’y a pas assez d’argent pour recruter de nouveaux enseignants. Cette fusion peut peut-être rendre plus lisible l’offre de formation sur Nantes, mais elle nous fait également craindre une explosion des tarifs d’inscription. Ce n’est pas le modèle de l’université publique auquel nous sommes attachés ».

Une insertion professionnelle honnête

Les péripéties qui accompagnent les tentatives de coopération de l’université nantaise avec ses voisins et voisines ne préoccupent cependant sans doute pas beaucoup les étudiants nantais (ni leurs parents). Leurs critères pour juger de la qualité de leur université se résumant bien souvent à deux questions très pragmatiques : quelle chance ai-je de décrocher mon diplôme, et trouverai-je ensuite facilement du travail ?

Alors que les taux d'échec en licence en font l’un des maillons faibles de l’université française, celle de Nantes s’en tire un peu mieux que la moyenne sur ce critère. Ainsi, d’après les chiffres du ministère, parmi les étudiants qui ont suivi leur cursus de licence à Nantes exclusivement, 59% réussissent à décrocher leur licence en 3 ou 4 ans. Mieux que la moyenne nationale, à 55,4% et que Le Mans, (52%), et presque autant que Poitiers (61%) ou Rennes 1 et 2 (63% et 64%), mais beaucoup moins qu'Angers (70%). En médecine, le taux de réussite au cruel concours de fin de première année atteint 21,6 % à Nantes, contre 18 % en moyenne nationale. « Des efforts, résultats corrects, encouragements », inscrirait le professeur sur sa copie.

Peu ou prou, l’avis de l’HCERES (anciennement AERES), l’agence chargée d’évaluer les diplômes des universités françaises confirme cette appréciation. Dans son rapport de 2011, elle saluait notamment une offre de masters (bac+5) « large et diversifiée, globalement de bonne qualité, bien adaptée au monde économique local ou national ». Ainsi plus de 77 % des spécialités de masters de l’université de Nantes obtiennent un A ou un A+. Et si sept spécialités reçoivent des C, dans les domaines de l’info-com, droit public, management, sociologie, santé-social, sciences, ces notes sanctionnent le plus souvent un manque de lisibilité des parcours de formation, plus qu’un manque de qualité de l’enseignement.

Du sur-mesure plutôt que du prêt-à-porter

C’est qu’à défaut d’être une université capable d’intégrer le top 10 du classement de Shanghai (et même le top 500), l’université de Nantes, établissement de proximité, essaie de développer l’accompagnement de ses étudiants. Elle a ainsi été l’une des premières à établir des passerelles avec les lycées pour permettre à leurs élèves d’assister à des cours, pour se tester ; un site internet d’aide à l’orientation a également été développé à destination des lycéens pour leur permettre de s’auto-évaluer et de mieux choisir leur filière d’étude, une des clés de la réussite. De même le tutorat par les pairs en médecine a été mis en place il y a 13 ans, et a été récompensé par un prix national d’innovation pédagogique.

Plus récemment, mi-septembre, l’université a même eu les honneurs d’une visite de Frédérique Vidal, secrétaire d’état à l’enseignement supérieur, venue se faire présenter un dispositif d’accompagnement sur mesure pour les étudiants issus de bacs pros et bacs technos inscrits en Sociologie, Histoire, et STAPS (sport). Concrètement, l’emploi du temps de ces étudiants est allégé pour leur permettre notamment de suivre des cours d’expression écrite et orale. Une expérimentation qui préfigure peut-être ce que le ministère de l’Éducation nationale a en tête pour mieux lutter contre l’échec à l'université - à savoir une année préparatoire à la licence qui permettrait de mieux répartir les étudiant dans les différentes filières sans avoir recours au tirage au sort, ou à la sélection par l'échec.

Se faire connaître des entreprises, un impératif

Actrice de l’éducation, une université peut aussi être évaluée par sa capacité à se faire connaître et à travailler avec les futurs employeurs de ses étudiants - les entreprises. Une démarche incontournable en temps de restriction budgétaire, comme l’explique Manuel Canévet, consultant en communication nantais, spécialisé dans l’enseignement supérieur : « Pendant longtemps l’enseignement supérieur a fonctionné en vase clos, le ministère assurant le financement des universités. Aujourd’hui elles doivent aller chercher des financements complémentaires pour boucler leur budget. D’où l’importance de travailler sur leur attractivité et leur rayonnement, pour monter des partenariats économiques, inciter les entreprises à participer à des projets de recherche, et récupérer de la taxe d’apprentissage. »

Pour se faire connaître, notamment des PME et des PMI, l’université de Nantes dispose ainsi depuis 2005 d’un outil très original, porté conjointement avec la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Nantes Saint-Nazaire. Il s’agit de Capacités, une société par actions simplifiées (SAS), dont elle détient la majorité du capital, mais dont la CCI est également actionnaire. Son objectif est d’ouvrir les portes des laboratoires de recherche de l’université aux entreprises de la région, et au delà. « Pour une entreprise lambda, l’accès à l’université n’est pas évident, explique Stéphane Drobinski, responsable du département Innovation et Industrie à la CCI. L’université reste une institution moins agile qu’une PME. Capacités a été créée pour permettre de faciliter le lien entre elles ». Les entreprises qui le souhaitent peuvent la contacter pour identifier les interlocuteurs universitaires susceptibles de les accompagner concrètement dans leur projet de “recherche et développement” (RetD). Selon les chiffres de la CCI, la petite affaire compte 250 clients par an, dans une trentaine de pays. Son site internet à lui seul démontre une certaine volonté d’ouverture de l'université, puisqu’on peut y trouver les noms, numéros de téléphone et mails des responsables scientifiques de l’université, dans neuf grands domaines de compétences. Rare.

Pour l’aider à doper son attractivité, l’université de Nantes compte enfin sur la municipalité. « Historiquement, Nantes a longtemps été perçue comme la ville des grandes écoles, quand Rennes était vue comme la ville universitaire, explique Marc Péron. C’était une des conséquences du choix de Jean-Marc Ayrault, quand il était maire de Nantes, de miser sur les grandes écoles. C’est différent aujourd’hui. On échange beaucoup avec la municipalité, qui nous soutient, y compris financièrement ». Et pour cause puisque l’un des adjoints de la maire de Nantes en charge de l’innovation, Francky Trichet, est aussi vice-président de l’université de Nantes, en charge du numérique. Pratique.

En coulisses

Pour préparer cet article, nous nous sommes entretenus avec des acteurs économiques nantais, une quinzaine d’enseignants, des salariés en formation continue, et des étudiants en droit, santé, histoire, sociologie... Nous avions également sollicité le service de communication de l’université de Nantes pour réaliser une interview de son président, Olivier Laboux, et de son vice-président Francky Trichet. Cette demande a été envoyée plus d’un mois avant notre date de bouclage, en expliquant que nous souhaitions réaliser un portrait de l’université de Nantes, ses particularités et sa politique d’attractivité et de développement. Cette demande a été suivie d’un entretien téléphonique avec Marc Péron, le directeur de la communication de l’université. Mais les interviews du président et de son vice-président nous ont finalement été refusées, trois jours avant la date prévue pour les réaliser. Le motif invoqué : la direction de la communication nous soupçonnait de dissimuler le sujet sur lequel nous souhaitions écrire, doutant que “Mediacités puisse publier un quelconque article positif sur la dynamique ou l’attractivité de l’université de Nantes”.