Le 18 juin 2017, vingt-quatre députés des Pays-de-la-Loire sur trente étaient élus sous les couleurs ou avec le soutien de La République en Marche (LREM). Un quasi grand chelem ! Un an plus tard, Mediacités s’est demandé comment ces derniers se positionnaient par comparaison aux députés de la majorité présidentielle. Votent-ils comme le reste du groupe LREM à l’Assemblée ? Relaient-ils fidèlement la parole présidentielle et gouvernementale sur les réseaux sociaux ? Sont-ils présents à l’Assemblée pour soutenir les réformes de ce début de quinquennat ? Bref, les députés des Pays-de-la-Loire sont-ils réellement En Marche ?

Pour ce faire, nous nous sommes appuyés sur les données recensées par le studio de datajournalisme et datavisualisations Wedodata, entre juin 2017 et mai 2018. Une masse de chiffres qui permet d’analyser l’attitude des députés des Pays-de-la-Loire. De débusquer les plus moutonniers ou frondeurs. De repérer les plus ardents défenseurs de la politique de la majorité sur les réseaux sociaux, en relevant à quelle fréquence ils mentionnent le président de la République, le Premier Ministre ou le gouvernement sur Twitter.                           

 

La Loire Atlantique, département le plus Macron compatible ?

Parmi les cinq départements de la Région Pays-de-la-Loire, la Loire Atlantique se démarque comme celui dont les élus sont les plus proches de la ligne du groupe LREM. C’est également le seul où les députés ne votent jamais contre les consignes du groupe. Pas moins de quatre députés sur dix suivent à la lettre les positionnements de la majorité. Parmi eux, on trouve - sans surprise - l’élue de la deuxième circonscription de Nantes, Valérie Oppelt. Choisie par LREM pour faire partie des huit whips , ces coordinateurs censé s’assurer du respect des consignes de vote dans la majorité, l’ancienne chef d’entreprise donne donc parfaitement l’exemple.           
         

Au palmarès des départements les plus moutonniers, la Loire-Atlantique est suivie de près par la Vendée. Sans surprise, là encore, puisque ces deux territoires sont les seuls de la région à ne pas compter d’élus d’opposition dans leurs rangs. Dans les autres, certains profils se détachent. Revue de détails.   

Loire-Atlantique : Sarah El Haïry cultive sa différence

Élue en juin dernier sous la bannière du Mouvement Démocrate (Modem) en Loire Atlantique, Sarah El Haïry n’avait pas de candidat En Marche face à elle. Ce qui, depuis son élection, ne l’empêche pas de jouer de temps à autres sa petite musique personnelle. Durant sa première année de mandat, la députée a pris à 28 reprises des positions différentes de celles de la majorité lors des scrutins (par exemple, elle s'est abstenue ou a voté contre un texte quand le groupe LREM appelait à voter pour). On parle alors d'un différentiel de 11,72%. L’élue s’est notamment distinguée sur certains amendements de la loi ELAN assouplissant les règlementations sur le logement et l’urbanisme ou sur la loi alimentation.

Vendée : Patricia Gallerneau, la plus indépendante de la majorité

Sur l’ensemble des Pays-de-la-Loire, Patricia Gallerneau (Modem - 2e circonscription de Vendée) est l’élue de la majorité qui suit le moins les consignes de vote. Dans 14,73 % des cas, elle a voté différemment des députés siégeant sur les mêmes bancs qu'elle. Cette ancienne écolo, ralliée au parti de François Bayrou depuis 2007, s’est par exemple abstenue sur les projets de loi alimentation ou fonction publique.

Maine-et-Loire : Matthieu Orphelin, un frondeur qui s’ignore

Dans le Maine et Loire, l’ancien élu Europe Ecologie-Les Verts au conseil régional, Matthieu Orphelin, conteste l’étiquette de frondeur. « C’est tout sauf un début de fronde », expliquait-il dans Le Monde Magazine, le 20 avril dernier, après avoir refusé de voter la loi asile et immigration sans pour autant voter contre, ni se faire exclure du groupe. Pourtant, il ne cesse de faire entendre sa différence. Parmi les députés LREM des Pays-de-la-Loire, ce proche de Nicolas Hulot est - de loin - le plus en décalage avec les prises de position de sa majorité.  Avec 12,44 % de votes différents de ceux de son parti, Matthieu Orphelin est l’unique représentant En Marche à dépasser la barre symbolique des 10 %. Abstention sur la loi asile et immigration, vote d’amendements sur la loi alimentation ou encore vote d’amendements déposés par les députés écologistes lors de l'examen du budget 2018… Et il n’a pas fini de se faire entendre : son taux d’opposition continue d’augmenter ces derniers temps, après l’arrêt de notre relevé. 

Mayenne : Yannick Favennec Becot, un constructif pas si constructif

Seul député UDI de la région, Yannick Favennec-Becot se distingue de ses collègues Constructifs. Dans plus de 40 % des cas, ses positions diffèrent de celles du parti majoritaire. Un petit côté franc-tireur que l'ancien vice-président de la Région chargé de la ruralité cultive même avec ses amis. Au sein de son propre groupe, il totalise ainsi 11 % de votes en contradiction avec les consignes de cette alliance de centre droit, proche de la majorité sans en faire partie. Le Mayennais s’est, par exemple, abstenu sur la loi asile et immigration.

Sarthe : Jean-Carles Grelier, opposant et absent

C'est le département qui résiste le mieux au phénomène En Marche. Fief d’un élu Les Républicains et de deux socialistes, la Sarthe ne compte que deux élus de la majorité. Parmi les opposants, Jean-Carles Grelier (LR) a voté à plus de 75 % contre le gouvernement lors des scrutins où il était présent. Quand l'a-t-il soutenu ? Lors du vote des ordonnances sur le renforcement du dialogue social, ou du projet de loi sur la réforme de la SNCF. Le socialiste Stéphane Le Foll a, lui aussi, suivi la majorité à plusieurs reprises, notamment lors de l'adoption des lois sur la confiance dans la vie publique et politique ou des textes sur la lutte contre le terrorisme ou la protection des données personnelles. Pour autant, l'ancien ministre de l'Agriculture de François Hollande, fait entendre sa différence dans 70% des cas. Un taux à relativiser cependant puisque, comme Jean-Carles Grelier, il ne brille pas franchement par sa participation aux scrutins (voir encadré ci-dessous)... Opposants, peut-être, mais surtout peu présents.

François de Rugy assez isolé sur Twitter

Le positionnement d’un député plus ou moins favorable à La République en Marche ne se mesure pas uniquement à ses votes. Il se détermine aussi par sa proximité avec le gouvernement, le président de la République et les autres membres de la majorité. Relayer la politique du gouvernement, défendre l’action parfois contestée d’un ministre sur les réseaux sociaux, promouvoir les textes adoptés... Tout cela donne une idée (forcément partielle, tous les députés n'étant pas égaux face aux réseaux sociaux) de l’implication - ou non - d’un député dans la majorité. Pour la déterminer, nous avons sélectionné les mentions d’Emmanuel Macron, d’Édouard Philippe, des ministres ou des députés dans les tweets des élus de la région Pays-de-la-Loire.

La députée de la 3e circonscription de la Sarthe, Pascale Fontenel-Personne, est la plus active sur Twitter lorsqu’il s’agit de relayer l’action du président de la République et du gouvernement. En une année, elle a publié pas moins de 110 tweets sur Emmanuel Macron et 415 sur les ministres, soit plus d’un tweet par jour en moyenne ! Matthieu Orphelin, pourtant l’un des députés LREM les moins moutonniers, se classe 6e et 5e de ce classement. Un résultat à nuancer cependant puisqu'il n'est pas possible de savoir si les tweets en question sont positifs ou négatifs.

https://twitter.com/f_personne/status/1016328463756812289

https://twitter.com/f_personne/status/1011243451466289153

On est jamais mieux servi que par soi-même. Cet adage illustre à merveille la situation de François de Rugy dans la majorité présidentielle. Le Président de l’Assemblée Nationale a été cité 439 fois par les comptes Twitter des députés de la majorité issus des Pays-de-la-Loire. Mais ce joli score est dû à l’activisme numérique de… François de Rugy lui-même. Le député de Loire Atlantique s’est auto-cité 185 fois. Même son collègue, Mathieu Orphelin, ex-EELV comme lui, ne l’a cité que 48 fois sur la même période. Résultat surprenant alors que dans le même temps, François de Rugy se classe comme l’un des députés mentionnant le plus ses collègues du groupe LREM dans ses tweets.

Une participation inégale aux scrutins 


Nicole Dubré-Chirat, élue LREM de la 6e circonscription du Maine et Loire, est la députée plus assidue de la Région. Elle a voté lors de 46,37% des scrutins. Sur l’année, une seule élue d’opposition se classe au dessus de la moyenne régionale, avec 22,62% de votes : il s’agit de la socialiste, Marietta Karamanli de la 2e circonscription de la Sarthe. Parmi les mauvais élèves, on retrouve l’ancien ministre de l’Agriculture (PS), Stéphane Le Foll avec seulement 9,37 % de participation aux scrutins. Quant aux deux élus LR de la région, Jean-Charles Taugourdeau et Jean-Carles Grelier, ils ferment tout simplement le classement, avec respectivement 7,75% et 5,98% de votes. En clair : ils ont participé à moins de 70 votes sur les 619 s’étant tenu à l’Assemblée entre juin 2017 et mai 2018... Si Stéphane Le Foll s’en tire mieux lorsque l’on se penche sur sa présence lors des votes solennels avec 87,50 % de participation au vote (juste en dessous de la moyenne régionale : 88,61 %) , on ne peut pas en dire autant des deux LR qui se disputent le titre de député des Pays-de-la-Loire le plus absent lors des votes solennels avec seulement 75 % (Jean-Charles Taugourdeau) et 62,50 % (Jean-Carles Grelier) de présence lors de ces scrutins qui clôturent l’examen des projets de lois.