Le temps file et avec lui les prises de position si résolues de la campagne électorale. Il y a seulement six mois, le programme de la candidate écologiste nantaise Julie Laernoes proposait ainsi le lancement d’un audit pour décider s’il était « opportun de retirer ou non les caméras de surveillance » sur la voie publique. Vendredi dernier, le 16 octobre, en conseil métropolitain, ces mêmes élus écologistes votaient pourtant pour plus de vidéosurveillance dans les bus et les tramways de l’agglomération. Pas directement sur la voie publique, donc. Mais tout de même.

A l’unanimité sauf une abstention, le renouvellement du système de vidéosurveillance de la Semitan a donc été adopté. Et il ne s’agit pas d’une petite délibération : sur les huit prochaines années, il en coûtera la modique somme de quatre millions d’euros à Nantes Métropole. Soit 500 000 euros par an. Le fournisseur du système actuel ayant fait faillite, sa maintenance n’était plus assurée. Ce qui rendait ce renouvellement d’autant plus nécessaire, selon la collectivité, que la Semitan souhaitait se doter des dernières évolutions techniques en la matière.

Souriez, vous êtes filmés par 800 caméras de plus

Et quitte à changer le matériel, autant en rajouter. Aujourd’hui, seuls les bus de la Tan (345 véhicules) et les trams (91 rames) sont équipés de caméras. Demain, les habitants de la Métropole seront également filmés dans les bus affrétés par des sous-traitants, tels Bodu ou Kéolis. Soit 200 véhicules supplémentaires Le nombre de caméras embarquées passera ainsi de 2300 à plus de 3100. Soit 800 de plus et une augmentation de près de 40% !

Pour Pascal Bolo, vice-président de Nantes Métropole et président de la Sémitan, ces caméras supplémentaires contribueront à améliorer la sécurité dans les transports en commun de l’agglomération. «Dans des endroits clos comme les bus ou les tramways, elles ont un réel effet dissuasif », affirme celui qui est aussi adjoint à la maire de Nantes, chargé de la sécurité. Entendez par là, « contrairement à la voie publique »… A voir. Car si l’on en croit Bertrand Affilé, vice-président (PS) chargé de la Métropole, les faits de délinquance auraient augmenté de 27% l’an dernier sur le réseau de la Sémitan. Évidemment, on ne saura jamais quelle aurait été la progression sans vidéosurveillance. Mais comme preuve d’un « effet dissuasif », on repassera.

TramwayNantes
Tranways à Nantes, station Pirmil. / Photo : Antony Torzec

Près de 540 affaires résolues grâce aux caméras

Point positif néanmoins, les caméras de la Semitan permettent de trouver les responsables des faits de délinquance. « L’année dernière, la justice a procédé à 1683 réquisitions de vidéo, affirme Bertrand Affilé. Dans 32% des cas, cela a permis de résoudre l’affaire » affirme Bertrand Affilé.

Les images dans les transports en commun de l’agglomération sont enregistrées sur des disques durs et gardées précieusement 72 heures par la Semitan. Pas suffisant pour l’opposition de droite. Selon Guillaume Richard, conseiller métropolitain LR, le renouvellement du système devrait permettre d’utiliser de nouvelles fonctionnalités, comme la transmission des données en direct sur le poste du centre de supervision urbain métropolitain (CSU) qui gère les 170 caméras installées sur la voie publique à Nantes et une dizaine de communes de la Métropole.

« En envoyant en direct les images au CSU, les policiers municipaux pourraient intervenir en prévention en repérant des comportements suspects. C’est comme cela que l’on fait baisser la délinquance » lance-t-il devant le conseil métropolitain. Une proposition écartée du revers de la main par Bertrand Affilé : « Envoyer les images au CSU alourdirait les procédures. La Semitan, gestionnaire des caméras, serait alors informée des faits en second ressort. »

Des écolos gênés aux entournures

Objections ou non, le dossier a finalement été adopté à la quasi unanimité. Seule à s’abstenir : Marlène Collineau, du nouveau groupe «Gauche citoyenne, sociale et écologiste » (mais aussi adjointe à la maire de Nantes chargée de la santé). « J’ai toujours été contre la vidéosurveillance, explique-t-elle à Mediacités. Je ne vais pas maintenant voter pour une délibération qui augmente dans les transports publics le nombre de caméras ».

Moins inflexibles, les élus du groupe écologiste semblent quant à eux avoir oublié leur opposition de principe en votant pour l’installation de ces 800 caméras supplémentaires. Interrogé le coprésident du groupe, Fabien Gracia, ne cache pas son embarras. «Il faut être franc, nous aurions préféré utiliser ces quatre millions d’euros autrement, concède le maire de La Montagne. Néanmoins, ces caméras rassurent les agents et les usagers. C’est à prendre en compte. Tout comme le fait qu’il s’agit de lieux fermés et non de la voie publique ». Il faut bien trouver les arguments… Un autre conseiller communautaire avait quant à lui une interprétation plus politique de l’affaire : « Les écolos se sont fait taper sur la main, expliquait-il en marge du conseil. Ils ont dû lâcher sur ce dossier. »


 
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Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).