Seul le verdict des urnes compte. C’est une évidence. Mais à quelques jours d’une élection, les sondages offrent les premières tendances. Et celles dévoilées ces derniers jours laissent entrevoir des recompositions de listes entre le premier et le second tour de l’élection régionale en Pays de la Loire. Au vu des résultats de deux études récentes, les comptes semblent faciles à faire : si la gauche (rassemblée autour d’EELV, du PS et de LFI) veut remporter les élections, elle doit s’unir au second tour. Une option envisagée et assumée par Guillaume Garot et Matthieu Orphelin qui ont d’ores et déjà annoncé leur intention de faire cause commune dès le 20 juin au soir. Encore faudra-t-il trouver la tête de liste et les colistiers communs à cette large union… Rien n’est joué !          

Dans ce cas de figure, la sortante Christelle Morançais pourrait se retrouver en fâcheuse posture. L’étude menée par Ipsos et publiée le 9 juin par France 3 et France Bleu la crédite en effet de 7 points de moins qu’une liste d’union de la gauche au second tour. Que celle-ci soit menée par Mathieu Orphelin ou par Guillaume Garot. Pour l’emporter, ne lui resterait plus que la possibilité de s’unir avec François de Rugy. « La fusion est structurellement nécessaire pour elle, observe Arnauld Leclerc, professeur de sciences politiques à l’université de Nantes. Si elle veut garder la Région, elle a l’obligation de se fédérer avec de Rugy. » Mais contrairement à leurs concurrents de gauche, ni la présidente sortante, ni l’ancien ministre de l’Écologie n’entendent évoquer le sujet avant l’heure.

Un « bloc » de droite, du centre et de la société civile ?

Interrogée par Mediacités sur une telle alliance de second tour, Christelle Morançais botte en touche. « Je ne sais pas. Moi, je trace ma route ! » Spontanément, la candidate LR n’identifie pourtant que « trois blocs politiques avec des visions très différentes. Un bloc d’extrême gauche, un bloc d’extrême droite et le bloc de droite, du centre et de la société civile ». Voilà donc François de Rugy rattaché au « bloc » de Christelle Morançais… Quant à l’ex-ministre de l’Ecologie, il n’a pas souhaité répondre aux questions de Mediacités.

Les candidats se faisant peu diserts, il faut aller chercher d’éventuels indices ailleurs. Et pourquoi pas dans le livre de campagne, Aimer et Agir, publié par la présidente de région sur son site de campagne. Elle n’y cache pas une certaine admiration pour Emmanuel Macron, tout en se différenciant nettement de celui qui lui avait fait la courte échelle pour accéder au fauteuil de présidente, à savoir Bruno Retailleau. « Je revendique un positionnement plus libéral, moins conservateur que le sien », écrit-elle.

Une liste « Macron compatible »

La lecture des noms qui constituent sa liste vient corroborer l’hypothèse qu’en cas de besoin, Christelle Morançais pourrait se tourner vers François de Rugy. « Il est clair que le choix de ses colistiers montre l’option politique adoptée », analyse le politologue Arnauld Leclerc. Tout en haut, les noms « Macron compatibles » sont en effet légion. En Loire-Atlantique, la liste d’union de la droite et du centre est emmenée par Sandra Impériale, maire (LR) de Bouguenais et Franck Louvrier, maire (LR) de La Baule.

La première a reçu le soutien d’En Marche aux élections municipales de 2020. Le second, ancien conseiller en communication de Nicolas Sarkozy, a demandé le soutien du parti présidentiel pour les mêmes élections à La Baule. Il reste d’ailleurs proche de Christian Estrosi qui vient récemment de quitter Les Républicains, après avoir milité en faveur d’un accord avec En Marche en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans le Maine-et-Loire, c’est l’ancien président de la CCI, Eric Grelier, qui mène la liste de Christelle Morançais. Dragué par En Marche, son choix s’est porté sur la candidate LR. Mais il reste lui aussi très « Macron compatible ».

Beaucoup d'absents du côté de la droite dure

Et puis, il y a aussi tous ceux qui brillent par leur absence... Parmi les figures de la droite en Pays de la Loire soigneusement oubliés ou placés en position non éligible figurent ceux incarnant la ligne la plus dure du parti dirigé par Christian Jacob. A l’instar de Sébastien Pilard (cofondateur de Sens Commun), de Nathalie Poirier (ex-présidente départementale du Parti chrétien démocrate) ou des militants de Via (ancien Parti chrétien démocrate). « La condition à ma présence sur la liste de Christelle Morançais était une garantie de non fusion avec LREM, confie d’ailleurs l’un d’eux à Mediacités. Lorsque j’ai posé la question, on n’a pas pu m’assurer qu’il n’y aurait pas d’alliance. »

La liste Morançais serait-elle donc 100 % « Macron compatible » ? Loin de là… La principale pièce maîtresse des conservateurs, Bruno Retailleau, a été placée en troisième position sur la liste vendéenne de la sortante. Mais en cas d’alliance au second tour avec François de Rugy, son cas serait vite tranché, à en croire Arnauld Leclerc. « Bruno Retailleau joue le coup d’après. Son objectif politique est l’élection présidentielle. Il est donc impossible pour lui de s’associer localement avec LREM, explique le politologue. Christelle Morançais, elle, est sur une autre ligne. Elle n’a pas d’ambition nationale et a tout intérêt à passer un accord pour garder la Région. Dans ce cas, Bruno Retailleau et d’autres quitteraient la liste », assure Arnauld Leclerc. Une hypothèse confirmée par deux élus LR, colistiers de l’actuelle présidente. « Les pions sont prêts à être déplacés pour une fusion mais ça ne se fera pas sans fracas », confesse l’un d’eux à Mediacités.

Une journée pour choisir

Encore faut-il que François de Rugy accepte la main tendue. Rien n’est moins sûr de la part de l’ancien candidat à la primaire de la gauche. La classique lutte interne à LREM entre la sensibilité de gauche et celle de droite pourrait pencher en défaveur d’une union. On assisterait alors au même spectacle que lors des élections municipales de Nantes quand la candidate macroniste Valérie Oppelt a balayé du revers de main la proposition d’alliance de sa concurrente LR Laurence Garnier.

D’autant qu’il faudrait faire vite. Moins de deux jours sépareront les résultats du premier tour et le dépôt des listes pour le second. « Ce refus de François de Rugy est l’option B. Dans ce cas, Christelle Morançais devra ratisser encore davantage vers le centre pour le deuxième tour avec un risque de perdre ses électeurs conservateurs qui préfèreront le RN », conclut Arnauld Leclerc. Le choix s’annonce donc cornélien pour Christelle Morançais. A moins de faire mentir les sondages et de la voir très largement devant ses concurrents au premier tour.

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Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).