Des petites mains des Républicains viennent de doter le parti des Amis d'Éric Zemmour d’un outil de financement, ainsi que Mediacités est en mesure de le révéler. « L'association de financement du parti Les amis d'Éric Zemmour » a été créée officiellement le 30 avril. Ses statuts ont été publiés au Journal Officiel le 11 mai. Aux manettes de cette structure, deux inconnus... en apparence : Jean-Charles Savatier et Jean-Marie Gueugnon, respectivement président et trésorier de l'association. Tous deux s'affichent comme des collaborateurs d'élus de profession ; le premier indique résider à Villefontaine, en Isère, et le second à Tourouvre-au-Perche, dans l'Orne. Sur ces deux noms, internet reste étrangement silencieux.

Plusieurs indices permettent cependant de les relier à Ambroise Savatier et Jean-Edouard Gueugnon qui, eux, apparaissent plus aisément sur les radars. Même patronyme mais prénoms différents, donc. Ambroise Savatier est le directeur de cabinet de Gérard Dézempte, maire LR de Charvieu-Chavagneux, une commune qui se trouve à une vingtaine de kilomètres de Villefontaine. Investi par le FN aux législatives de 2017, cet élu LR isérois, conseiller départemental candidat à un nouveau mandat, est un proche de Philippe de Villiers et de Marion Maréchal (ex-Le Pen). L'ancien directeur de cabinet de Gérard Dézempte, Pierre Meurin, est d'ailleurs devenu directeur des études de l'Issep, l'école fondée par la nièce de Marine Le Pen. Une école en mal d'étudiants où Ambroise Savatier enseigne l'analyse électorale.

« Je n'étais pas au courant, mais cela ne me surprend pas. Il fait ce qu'il veut. C'est un garçon loyal, réagit son employeur Gérard Dézempte. Je sais qu'Éric Zemmour - que j'apprécie - est candidat potentiel à la présidentielle, mais toutes les candidatures ne vont pas au bout. » Outre sa carte LR, l'élu préside « Ensemble pour la France », un micro-parti à ne pas confondre - comme nous l'avons fait dans un premier temps - avec une autre formation politique plus récente portant le même nom. 

Contacté par Mediacités, Ambroise Savatier a coupé court à la conversation, indiquant « ne pas être habilité à répondre », sans toutefois réfuter sa fonction dans l'association.

De son côté, Jean-Edouard Gueugnon est conseiller municipal à Tourouvre-au-Perche. Il est aussi l'un des collaborateurs de la sénatrice LR des Yvelines Marta de Cidrac, pour laquelle il travaille un jour par semaine. « Je tombe de ma chaise. C'est dingue, s'exclame cette dernière, en apprenant la nouvelle. Il est libre de faire ce qu'il veut, mais il aurait dû m'avertir. Je vais avoir une conversation avec lui. Je n'ai aucun lien avec les amis d'Éric Zemmour. »

« Notre vœu le plus cher est qu'il se manifeste et fasse valoir sa candidature, lors de primaires ou autrement »

Joint au téléphone, Jean-Edouard Gueugnon a d'abord refusé de s'exprimer, requérant l'anonymat pour « des raisons de sécurité ». « Le discours d’Éric Zemmour ne plaît pas à tout le monde, je pense que vous le comprendrez », justifie-t-il. Les statuts de l'association étant de nature publique, nous n'avons pas donné suite à sa demande.

Le collaborateur sénatorial nous confirme tout de même être à l'origine de l’association, avec Ambroise Savatier. « Je ne le connaissais pas. C'est François Miremont, fondateur de l’association "Les amis d’Éric Zemmour" qui nous a mis en relation », explique-t-il, en nous précisant vouloir « contribuer au débat intellectuel au sein de LR ». « Éric Zemmour a droit de cité au sein des LR, poursuit Jean-Edouard Gueugnon. Cela a du sens qu'il apporte sa voix, son débat, son approche. Notre vœu le plus cher est qu'il se manifeste et fasse valoir sa candidature, lors de primaires ou autrement. »

L'initiative apparaît quelques jours après l'annonce du dépôt éventuel d'une liste intitulée "Les Amis d'Éric Zemmour" pour les élections régionales en Provence-Alpes-Côte d'Azur, selon Le Monde. Portée par Jacques Bompard, maire d’Orange (Vaucluse) et fondateur de la Ligue du Sud , la liste n'a pas le soutien officiel du polémiste condamné pour incitation à la haine. Celui-ci a indiqué au journal Le Monde qu'il ne s'agissait pas « d'une liste Zemmour, mais des gens qui souhaitent sa candidature à la présidentielle ». Nous n'avons pas été en mesure de joindre le polémiste pour le confirmer.

Ces manœuvres autour d'Eric Zemmour peuvent être diversement perçues. Certains y voient un coup d'élus Républicains préoccupés par l'éclatement de leur parti au profit de La République en Marche, et favorables à une candidature plus souverainiste que celle de Xavier Bertrand. D'autres estiment qu'elles sont « un caillou dans la chaussure du RN » aux Régionales où elles pourraient gêner la liste conduite par l'ex-LR rallié au RN, Thierry Mariani. D'aucuns y voient encore l'amorce d'une alternative « libérale souverainiste » pour 2022, alors que la candidature de Marine Le Pen est jugée perdue d'avance à l'élection présidentielle.