La saison du Stade toulousain s’est arrêtée net le 29 février par une défaite à Bayonne (20-10). Trois mois plus tard, la direction des Rouge et Noir redoute les conséquences économiques de la crise sanitaire sur les finances du club pour le prochain exercice. En coulisses, elle s’active pour trouver des solutions. Ce mercredi 3 juin, le président Didier Lacroix annoncera d’ailleurs lors d’une conférence de presse une série de mesures relatives à la reprise du fonctionnement du club. Mardi dernier, les joueurs ont déjà passé une batterie d’examens médicaux. Ils devraient pouvoir se passer le ballon à l’entraînement à la fin du mois. D’ici là, ils travailleront leur préparation physique par petits groupes.

À la mi-avril, avant même que le gouvernement n’enterre définitivement l’espoir d’un redémarrage de la compétition, le journal L’Équipe révélait que les Rouge et Noir se trouvaient dans le collimateur de la Direction nationale d’aide et de contrôle de gestion (DNACG), au même titre que six autres clubs de Top 14. Et pour cause : les recettes des champions de France en titre reposent largement sur les revenus des jours de match. Or, si la Ligue nationale de rugby (LNR) prévoit une reprise du championnat le 5 septembre, rien n’indique à ce jour que les rencontres se disputeront dans des conditions normales. C’est-à-dire dans des stades ouverts au public et aux hospitalités , avec ou sans contrainte de distanciation physique.      

37 jours de durée de vie

Le dispositif de la deuxième phase de déconfinement présenté par le Premier ministre Édouard Philippe a donné de l’espoir au milieu du sport qui n’en demeure pas moins sur ses gardes. Pour le Stade toulousain, le scénario du pire s’écrirait si les matchs devaient se tenir à huis-clos. Didier Lacroix, son président, estime même à « 37 jours » la durée de vie du club en pareil cas. De nombreux clubs seraient menacés de disparition et les instances nationales du rugby ont appelé à l’aide Emmanuel Macron par courrier puis ont trouvé des relais à l’Assemblée nationale et au Sénat pour demander au gouvernement un « soutien massif » au rugby professionnel.

Le Stade toulousain, dont le budget annuel est d’environ 37 millions d’euros, se trouve d’autant plus fragilisé qu’il évolue dans un territoire fortement soumis aux effets de la crise. « L’économie de la Haute-Garonne subirait de plein fouet le fort recul des industries des matériels de transport, dont l’aéronautique [principalement Airbus], et celui des services marchands », pointait ainsi l’Insee, le 7 mai, dans sa note sur la conjoncture économique. Or, Airbus, qui lui verse 2 millions d’euros par saison, est l’un des quatre partenaires majeurs du Stade toulousain, au côté de Peugeot, Fiducial et Nike. « L’aéronautique, en emplois directs et indirects, nourrit quatre personnes sur dix, souligne Didier Lacroix. Nous ne pouvons donc qu’être inquiets de la manière dont vont tourner les choses même si nous n’avons pas de raisons de verser dans le catastrophisme avant l’heure. » Pour la saison 2019-2020, Airbus a néanmoins réglé la quasi-totalité de son engagement annuel au club, précise le président. Depuis le début de la crise, ce dernier reçoit des messages de soutien de la part des partenaires qui ne veulent pas le lâcher. Mais entre vouloir et pouvoir…

Baisse des salaires

La DNACG, elle, a demandé aux clubs d’anticiper, pour établir leur budget prévisionnel de la saison 2020-2021, une baisse de 30 % des revenus du partenariat et de 20 % de ceux de la billetterie. Deux postes majeurs de l’économie du club. Pour encaisser ces coupes franches, la masse salariale de la SASP Stade toulousain sera rabotée par des baisses de salaire. En attendant le pourcentage exact de l’effort de guerre que les quelque 150 salariés de l’entreprise devront fournir, des négociations se déroulent en interne. Mercredi dernier, l’accord présenté par le président du club aux joueurs a été approuvé à l’unanimité. Il prévoit une baisse des salaires d’un montant maximal de 15 % lors de l’exercice 2020-2021, à la condition d’une reprise normale des compétitions en septembre.

Pour l’heure, Didier Lacroix révèle ne pas avoir sollicité de « subventions exceptionnelles » des partenaires institutionnels du club (ville de Toulouse, département de la Haute-Garonne et région Occitanie). Le Stade toulousain attend simplement de « percevoir le plus rapidement possible l’ensemble des subventions dues pour éponger la trésorerie. » « Ce qui va changer, je l’espère, c’est la reconsidération de l’utilité publique du club, avance également l’ancien troisième ligne. Il ne s’agit pas de parler d’une xième ligne de subvention mais bien du financement de la prévention de la santé par le sport. C’est un sujet sur lequel le Stade toulousain était déjà positionné avant la crise, notamment par son projet de Cité des sports et de la santé. » Issu de l’opération « Dessine-moi Toulouse », ce projet, baptisé « Drop », est en suspens, bloqué par une procédure au tribunal administratif qui oppose le Comité de quartier des Sept-Deniers à la mairie. Celui-ci reproche à la ville d’avoir voulu céder un terrain à vil prix à l’association des Amis du Stade, propriétaire de l’enceinte d’Ernest-Wallon.

En attendant le nouvel examen de ses comptes 2019-2020 qui doivent parvenir au plus tard le 6 juin à la DNACG, le Stade toulousain a récolté plus de 600 000 euros par le biais de son « Mur de soutien. » Les noms des donateurs sont gravés sur des briques qui seront exposées la saison prochaine. Le club attend aussi l’enregistrement d’un « produit exceptionnel », celui de la vente du fonds de commerce de sa boutique au centre-ville à Snipes, une enseigne allemande de chaussures. Mais, aux dernières nouvelles, celle-ci, qui devait se concrétiser à la mi-mars, a été ralentie par le confinement et, depuis, traîne en longueur…

Philippe Kallenbrunn
Journaliste de sport, avec un penchant prononcé pour le rugby, j'ai travaillé au sein des rédactions de Midi Libre, France Soir et Midi Olympique. Je collabore essentiellement aujourd'hui au Journal du Dimanche et au Figaro. J'ai récemment publié deux livres d'enquête : "Les années Saint-André, autopsie d'un fiasco" (Solar, mars 2016) et "Peur sur le rugby" (Marabout, septembre 2017).