Avant même l’annonce de sa défaite dans la course au Capitole, la tête de liste d'Archipel Citoyen Antoine Maurice fustigeait déjà la « campagne de caniveau » menée par ses concurrents d’« Aimer Toulouse ». Mediacités s’est penché sur les éléments factuels dénoncés par Archipel Citoyen ou pouvant contrevenir aux dispositions du code électoral.

Des courriels envoyés hors limite

« Une fraude au code électoral », c’est en ces termes que Caroline Honvault, numéro deux sur la liste d’Archipel Citoyen, qualifie l’envoi d’un clip de campagne d'Aimer Toulouse diffusé massivement par courriels, à la veille du scrutin.

clip moudenc hors campagne 2

Jean-Luc Moudenc y appelle les Toulousains à voter pour « l’équipe qui protégera l’emploi, l’ordre public et la santé », ainsi qu’à « faire barrage à l’extrême gauche ». Une pratique pourtant formellement interdite par l’article L.49 du code électoral qui stipule qu’ « à partir de la veille du scrutin à zéro heure, il est interdit de diffuser […] tout message ayant le caractère de propagande électorale ». Or, selon nos vérifications, ce message a été envoyé à 8h05, le samedi 27 juin. Contacté, le porte-parole d'Aimer Toulouse, Pierre Esplugas, réélu conseiller municipal, n'a pas répondu à nos sollicitations, renvoyant nos questions au service de presse de la mairie.

Capture mail 27 juin

Ce courriel n’est pas le seul élément qui fait grincer des dents à gauche. Dans un beau mélange des casquettes de maire et de candidat, Jean-Luc Moudenc a envoyé, le 16 juin, via la mairie de Toulouse, à de nombreuses associations et copropriétés, une lettre vantant les mérites du plan métropolitain de relance pour l’emploi ainsi que du plan municipal de lutte contre la précarité. Ces deux mesures, au cœur de la politique de lutte contre les conséquences économiques de l’épidémie de Covid-19 de Jean-Luc Moudenc, constituent un argument électoral de poids.

Cette forme de communication contrevient encore une fois au code électoral. L’article L.52-1, bien connu des élus locaux, stipule en effet qu’ « aucune campagne de promotion publicitaire des réalisations ou de la gestion d’une collectivité ne peut être organisée sur le territoire des collectivités intéressées par le scrutin » les six mois précédents l’élection.

POL0720A 7 Courrier plan précarité

Malgré ces libertés prises avec le droit électoral, les candidats perdants ne comptent pas déposer de recours en justice à ce stade, faute d'éléments suffisants pour espérer une victoire. « Le candidat a utilisé les moyens de la Ville pour faire campagne. Nous étudierons les comptes de campagne », prévient toutefois la conseillère d'opposition d'Archipel Citoyen Caroline Honvault.

Des candidats pris à partie

Au-delà de ces écarts législatifs, Archipel Citoyen accuse le maire réélu d'avoir misé sur une « stratégie de la peur » dans les mots, et parfois dans les actes. Si l’utilisation d’éléments de langage agitant la peur d'une « extrême-gauche aux portes de la ville » semble bien éloignée de la campagne de qualité qu'appelait de ses vœux Jean-Luc Moudenc en début de campagne, ces caricatures n'ont rien de répréhensible. Elles font partie du jeu et des outils militants, au même titre d'ailleurs que les bannières Macronavirus dans un autre contexte.

Les intimidations physiques dont ont été victimes des militants d'Archipel Citoyen relèvent par contre d'un autre registre. Le 9 juin, une équipe de la liste d'union de la gauche qui tracte dans le quartier de Bellefontaine est verbalement prise à partie. Pascal Castello, soixante-huitième colistier d’Archipel est insulté par un homme seul. Quelques minutes plus tard, c’est la trente-huitième colistière de la formation d’union de la gauche, Corinne Martin, qui est victime d’insultes sexistes et de menaces physiques émanant de la même personne.

Le lendemain, Pascal Castello croise le même homme dans le secteur de Bellefontaine, en compagnie de deux autres acolytes. Ce dernier le menace de lui « casser la gueule » s'il continue à mener campagne dans le quartier. Le candidat identifie alors son interlocuteur : Rachid T., un militant local d’« Aimer Toulouse ». Selon le colistier d'Archipel Citoyen, aucune mesure n'aurait été prise par l'équipe du candidat-maire, malgré un signalement des faits à son équipe de direction. Une plainte sera déposée dans les prochains jours.

Vidéos privées et insultes homophobes

À quelques semaines de l’échéance électorale, plusieurs vidéos intimes du candidat Antoine Maurice ont été postées sur Twitter par un compte anonyme. Une de ces vidéos, mettant en scène l’homme politique en train de se maquiller dans le cadre d'un karaoké entre amis, visait clairement à le décrédibiliser. « J’ai demandé à mon équipe de ne pas les utiliser », réfute catégoriquement le maire. Une interdiction bien molle au vu des nombreux témoignages attestant de l'utilisation massive de ces vidéos pendant la campagne par des sympathisants du candidat Moudenc.

Celui de Dominique L. par exemple. Ce Toulousain de 71 ans se rend le 26 juin au marché Victor-Hugo. Un militant Aimer Toulouse, badge épinglé sur la poitrine et tracts à la main, l'aborde avec cette phrase : « Vous allez évidemment voter Jean-Luc Moudenc au second tour ? ». Face à la moue incertaine de son interlocuteur, le militant dégaine l'une des vidéos volées : « Regardez à quel point Antoine Maurice est scandaleux ». Alors que le septuagénaire lui fait remarquer l'homophobie de son propos et qu'il pourrait déposer plainte, le ton devient menaçant. « Il m'a menacé de me casser la gueule », assure Dominique L. qui s'éloigna alors sans donner suite à l'échange.

Ces attaques personnelles n'ont pas été l'apanage d'une nébuleuse militante difficilement identifiable. Le 25 juin, un collaborateur des élus de la majorité à la mairie a insulté publiquement sur Facebook François Piquemal et Antoine Maurice, attaquant l'un sur son physique et traitant l'autre de « tarlouze ». Des invectives qui font l'objet de deux plaintes mais sur lesquelles, Jean-Luc Moudenc ne s'est pas exprimé avant le second tour.

« Nous devons notre défaite en partie à ces agissements », regrette Caroline Honvault, avant de conclure avec lucidité, « pour l’autre partie, la responsabilité nous incombe ».