Paroles des femmes coupées en réunion, remarques sur leur tenue vestimentaire ou rappel systématique de leur vie familiale, les élues de Haute-Garonne sont nombreuses à attester de la récurrence de ces comportements sexistes. Toute jeune conseillère départementale en 2015, la socialiste Camille Pouponneau se souvient ainsi d’une réunion à laquelle elle participe sans son binôme du canton 7 Arnaud Simion, par ailleurs premier adjoint de Colomiers. « Le président de l’association m’a présentée comme la secrétaire de l’élu départemental, se souvient-elle avec agacement. Depuis, Camille Pouponneau est devenue maire de Pibrac. « Désormais, on me reconnaît et je n’ai plus eu droit à cette remarque. Par contre, on continue à me renvoyer à ma féminité » s’exaspère la pibracaise qui regrette les évocations répétées sur ses tenues.

L’élue socialiste n’est pas un cas isolé. Les sociologues Catherine Achin et Sandrine Lévêque l’assurent : « Alors que ce critère d’appréciation de la beauté physique n’intervient quasi jamais pour les hommes politiques, il est systématiquement mobilisé pour les femmes ». Dans leur enquête en 2014, elles insistent sur un point : « L’apparence physique, la sexualité, la maternité sont ainsi très largement évoquées lorsqu’il s’agit de dénier aux femmes un accès au champ politique ou de discréditer leur présence. »

L’accès aux mandats électifs les plus valorisés leur est toujours difficile. De 16 % de femmes maires en 2014, la barre est péniblement montée à 20 % lors du dernier scrutin en Haute-Garonne. Plus globalement, les femmes gagnent du terrain dans les conseils municipaux où elles occupent 43,4 % des sièges, contre 41,5 % en 2014, en Haute-Garonne. À l’échelle régionale le département occupe la 4e place du classement (voir ci-dessous) derrière l’Hérault, le Gard et les Pyrénées-Orientales.

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L’évolution est à souligner, mais les places restent chères. Selon Virginie Clavel, élue en mars maire sans étiquette de Vacquiers, une commune rurale au nord de Toulouse, la difficulté de sa campagne a été « de défaire l’idée du maire comme les gens se l’imaginent : quelqu’un de patriarcal et autoritaire, comme c’était le cas de l’ancien maire qui a tenu le village pendant longtemps. » En la matière, toutes les communes ne sont pas logées à la même enseigne. Élue en 2014 et réélue en mars dernier à la tête de Saint-Orens-de-Gameville, Dominique Faure estime que les mentalités changent. « Le regard des citoyens sur les candidatures féminines en 2020 a progressé dans le bon sens par rapport à 2014 », apprécie la maire LREM de cette commune de 11 000 habitants du sud-est toulousain, par ailleurs vice-présidente de Toulouse métropole.

À la vision masculine du maire, s’ajoutent aussi d’autres blocages. Certaines élues estiment difficile de s’engager en politique avant d’être « libérées » du poids de la charge du foyer « Dans un an et demi, je suis à la retraite. Mes enfants ont quitté la maison », explique par exemple, Sophie Lay pour justifier son engagement aux municipales de 2020. Cette ingénieure de 58 ans, devenue la maire sans étiquette de Saint-Geniès-Bellevue, commune d’environ 2 500 habitants au nord de Toulouse, ne se serait pas engagée dans la politique locale 30 ans plus tôt. « Les femmes gardent cette charge mentale (voir encadré) des enfants de manière plus forte, c’est notre priorité. Et on ne peut pas s’engager dans la vie publique quand on a une telle charge mentale », estime-t-elle. « Les femmes plus âgées ont plus de temps, acquiesce la conseillère municipale Modem de Blagnac, Bernadette Guéry. Les enfants sont partis : elles sont mûres pour s’engager ».                

Plus qu’une question de maturité, l’engagement politique féminin dépend surtout de la répartition des tâches domestiques. Et certaines élues n’hésitent pas à sacrifier leur carrière professionnelle pour mener de front leur mandat et leur vie de famille. C’est ce qui a poussé Virginie Clavel à se mettre en disponibilité de son poste d’ingénieur afin de « garder un équilibre de vie, car j’ai encore des enfants à l’école », explique-t-elle. « Clairement, tant que ce sera aux femmes de porter la charge du foyer, il est évident qu’on aura du mal à avoir des femmes qui s’investissent », renchérit Camille Pouponneau, elle-même « sans enfant » et « pas mariée ».

Pas encore de parité aux postes de pouvoir

La parité n’est pas non plus respectée autour du maire. Dans les communes de Haute-Garonne, seulement 36 % des premiers adjoints sont des femmes. La situation est un peu meilleure pour les deuxièmes adjointes, qui occupent 41 % des places. La tendance se confirme au niveau des 19 assemblées intercommunales du département. Composées à 44,6 % d’élues, seulement deux d’entre elles sont présidées par des femmes : Sabine Geil-Gomez, à la tête de la communauté de communes des Coteaux Bellevue, et Magali Gasto-Oustric, à celle des Cœur et Coteaux du Comminges. « Les conseils municipaux et communautaires sont paritaires, mais les présidents sont des hommes, les membres et directeurs de cabinet sont des hommes. La parité ne peut pas suffire », constate Camille Pouponneau.

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Virginie Clavel et Sophie Lay ont, quant à elles, fait le choix ferme et convaincu de nommer une femme première adjointe. Alors que cela n’a pas posé de problème particulier pour la première, la décision a été difficile à admettre pour certains conseillers municipaux de Saint-Geniès-Bellevue. Car choisir une femme comme bras droit, sur cinq adjoints au total, cela laisse uniquement deux places aux hommes. « Ce sont des hommes qui sont venus me chercher pour être tête de liste. Certains ont donc été mécontents de ne pas se voir remercier par une place d’adjoint. Ils ont mal vécu le fait que je force pour mettre une femme première adjointe », commente Sophie Lay qui souhaitait une personne compétente pour le poste, et un cercle d’influence proche « apaisé ». Des critères qui n’ont semble-t-il pas convaincu l’ensemble de ses colistiers masculins.

La féminisation des institution locales est-elle une question de couleur politique. Difficile d’y répondre car les listes sans étiquette sont les plus nombreuses en Haute-Garonne. D’ailleurs, 74 % des femmes élues n’affiche aucune couleur politique.

Pour atteindre la parité, du moins quantitative, dans l’ensemble du département, il faudrait en fait étendre la loi du 17 mai 2013 à toutes les communes, y compris celles de moins de 1 000 habitants. Ces dernières représentent 417 des 586 communes de Haute-Garonne. La part de femmes élues n’y atteint que 39 %, contre 48 % dans les communes plus peuplées. Pourtant inscrite aux frontons des petites mairies, l’égalité doit encore progresser.