Nous avons déjà annoncé l'existence d'une société domiciliée dans un paradis fiscal détenue à 100% par le candidat macroniste aux législatives à Villeurbanne Bruno Bonnell. Baptisée BB26, celle-ci a été mise en lumière par un arrêt de la cour d’appel de Lyon, daté du 14 février 2011. Mais ce n'est pas tout : Bruno Bonnell est aussi impliqué dans une deuxième société domiciliée dans l'état américain du Delaware ! En 2014, l'homme d'affaires lyonnais se penche sur le sort d’Induct, « une start-up spécialisée dans la géolocalisation de véhicule », comme la présente Le Monde. Il rachète une partie de l'entreprise, garde certains de ses ingénieurs et lance la société Navya qu’il confie à Christophe Sapet, un de ses vieux compagnons de route, avant de prendre la tête du conseil de surveillance de la société comme annoncé il y a quelques mois. L’entreprise développe une navette autonome, sans chauffeur, baptisée Arma bien connue des Lyonnais qui habitent le quartier de la Confluence où un prototype a été mis en service.

La petite voiture rencontre un certain succès et séduit notamment les transporteurs publics. Comme nous l'avons découvert, elle possède désormais une filiale aux Etats-Unis, enregistrée au Delaware le 20 septembre 2016.

Nous avons joint Bruno Bonnell ce matin. Il reconnaît l'existence de cette société : « Navya est la filiale américaine de la société de Villeurbanne. Elle appartient donc à la société, elle ne m'appartient pas en mon nom propre. Il y a des milliers de sociétés au Delaware. Il ne s'agit pas d'un paradis fiscal ! » L’OCDE ne l’a jamais inscrit sur sa liste des paradis fiscaux, mais cet état de la côte Est des Etats-Unis en présente les caractéristiques : « C'est un mélange de trois choses : des impôts faibles, une jurisprudence très favorable aux entreprises et la garantie que leurs secrets seront préservés », résumait Brad Lindsey, professeur de comptabilité, dans le quotidien Les Echos. Au Delaware, on trouve d'autres sociétés portant étrangement des noms proches de ceux des sociétés de Bruno Bonnell : Ivolution Corporation et Robolution. « Je ne connais pas ces sociétés, elles ne m'appartiennent pas », répond l'intéressé.

Par ailleurs, un document que nous publions ci-dessous, montre que l'entreprise de jeux vidéos Infogrames (aujourd'hui en liquidation judiciaire), dont Bruno Bonnell était le PDG, a été sanctionnée par l'Autorité des marchés financiers pour son manque de transparence. Les faits remontent  à 2004. Le 27 janvier, Infogrames prend la décision de reporter la sortie mondiale du jeu vidéo très attendu Driver 3 au mois de juin. Le cours de l'action s'effondre. Le lendemain 28 janvier, l’action Infogrames perdait 11,62 % de sa valeur pour atteindre 4,03 €.

« Infogrames a artificiellement fait varier le cours de son titre »

Or la société « est intervenue sur cinq jours de bourse entre le 20 et le 27 janvier 2004  », alors que des « doutes quant au respect du calendrier de sortie ont commencé à être émis au sein du studio chargé du développement du jeu, situé à Newcastle, le 5 janvier 2004 ». Il est aussi indiqué que la société Infogrames a acquis, entre le 30 juin 2003 et le 30 juin 2004, « 1 948 604 de ses propres actions représentant 1,61 % de son capital et qu’au cours de la même période, directement ou via ses filiales I DRS et CUSH, elle en avait vendu, 8 038 595, représentant 6,62 % de son capital sans avoir soumis à l’autorité boursière compétente de note d’information relative à un programme de rachat d’actions  ».

« En recourant à ce procédé, Infogrames a artificiellement fait varier le cours de son titre, ce qui lui a parallèlement permis de réaliser à des conditions favorables des cessions de blocs d’actions hors du marché central, les 13 août 2003, 8 janvier et 5 février 2004 », indique la notification de grief adressée à la société.

Le 16 janvier 2008, l'AMF a prononcé une sanction pécuniaire de 40 000 €  à l’encontre d'Infogrames.  « Il s'agit d'une sanction, et pas d'une condamnation, précise Bruno Bonnell. Nous l'avons contestée car nous estimons que le devoir d'information a bien été fait ».