C’est un terrain de football qui fait couler beaucoup d’encre… et un peu de glyphosate . La polémique a été lancée par le député (MoDem) Cyrille Isaac-Sibille. Samedi 6 juillet, l’élu de la 12e circonscription du Rhône publie un communiqué alarmant, intitulé « Sainte-Foy-Lès-Lyon : Des centaines de litres de glyphosate pour détruire l’herbe ! ». Le parlementaire évoque le cas du terrain de football du Plan du Loup, où un chantier vient de débuter pour installer une pelouse artificielle à la place de l’herbe qui le recouvrait jusqu’à présent. De quoi réjouir la maire (LR) Véronique Sarselli, qui mettait récemment en avant ce chantier sur son compte Twitter.             

1/ CE QUE DIT LE DÉPUTÉ ISAAC-SIBILLE

Selon Cyrille Isaac-Sibille, le gazon aurait été victime d’un emploi massif d’herbicide. « Nous apprenons ce matin que les travaux ont commencé et que plutôt que de décaisser le terrain en herbe, la mairie a préféré éprendre (sic), hier dans la journée, des centaines de litres de glyphosate pour détruire l’herbe ! », écrit-il. Pointant que l’opération a été menée « au milieu d’une zone urbaine », le député souhaite « que l’information soit donnée à la population afin d’éviter que les enfants ou les promeneurs viennent ou s’approchent du terrain de foot comme ils en ont l’habitude le weekend ». Une conférence de presse est organisée dans la foulée le lundi 8 juillet au matin.

Contacté le jour même par Mediacités, le député ne décolère pas : « Ils ont mis du glyphosate sur un hectare, sans se gêner et sans avertir les riverains. C’est vraiment par facilité. Le député affirme avoir été alerté par des habitants, qui ont filmé l’épandage du produit. La vidéo a été publiée mardi par Lyon Mag.

2/ ET DANS LES FAITS ?

  • Des "centaines de litres" de glyphosate ont-ils vraiment été utilisés?

La mairie de Sainte-Foy-lès-Lyon a confié la réalisation du chantier à la société Green Style, basée à Pierre-Bénite. Contactée par Mediacités, l’entreprise admet l'utilisation de glyphosate, dans le cadre de « travaux préparatoires aux travaux de terrassement », mais dans des proportions bien moindres que celles avancées par le député.  « Une dose de 4 litres de produit pulvérisé sur une surface de 9000 m² », détaille Daniel Lachana, le PDG. 

Sollicitée, la maire de Sainte-Foy-lès-Lyon Véronique Sarselli, confirme ce chiffre. « Il s’agit de quatre litres de glyphosate, dilués dans 400 litres d’eau, et utilisés une seule fois ». Loin des « centaines de litres » dénoncés par le député donc. Depuis lundi, l’élue ne décolère pas : « Je trouve scandaleux qu’un parlementaire mente de la sorte aux habitants et à la presse. Monsieur Isaac-Sibille ne fait que véhiculer la peur, c’est une attitude irresponsable ».

Mardi après-midi, le député Isaac-Sibille a précisé son chiffre, à notre demande. « Renseignement pris auprès de l'entreprise, il s'agit de 400 litres de différentes solutions dont quatre litres de principe actif de glyphosate. » Un renseignement que le député n'avait manifestement pas pris soin de vérifier avant de publier son communiqué et d'alerter la presse. 

  • L'épandage est-il vraiment illégal ?

Au-delà de ces chiffres, l’utilisation de glyphosate sur un stade de foot est-elle illégale ? « Normalement c’est interdit depuis 2017 », assure Cyrille Isaac-Sibille. La loi Labbé, entrée en vigueur au 1er janvier 2017, interdit en effet l’usage de produits phytosanitaires dans les espaces verts gérés par les collectivités territoriales. Mais elle fait des exceptions pour les zones difficiles d’accès (au bord d’une autoroute par exemple), les cimetières ou encore… les terrains sportifs.

Plus précisément « les cimetières et les terrains de sport ne sont concernés par l’interdiction que s’ils font l’objet d’un usage de “promenade” ou d’ “espace vert avéré” », précisait le guide « Ma commune sans pesticides » publié par le ministère de l’Ecologie en 2017. « Ces espaces nécessitent donc une appréciation au cas par cas pour déterminer (…) s’ils entrent ainsi dans le champ de la loi », indiquait le document.  

Le terrain du Plan du Loup est-il concerné par cette exception ? Oui, assure la maire de Sainte-Foy-lès-Lyon. « Il s’agit d’un site sportif, pour lequel l’usage du glyphosate est autorisé, tout est légal », assure-t-elle. « La loi autorise l’utilisation de ce produit sur les terrains de sport à condition que l’entreprise soit agréée et que l’applicateur soit protégé et en possession d’ un certificat d’applicateur valide, ce qui est notre cas », complète la société Green Style.

Cette nuance n’avait pas échappé à Isaac-Sibille, qui faisant cependant une autre lecture de la loi. « Oui, il y a une subtilité pour les terrains sportifs. Mais cette exception était plutôt prévue pour les terrains en gore, ce genre de chose. Pas pour détruire tout un terrain », estime le député, en évoquant une « faille » législative.

Selon Véronique Sarselli, les services de la mairie ont étudié la possibilité de se passer de ce produit, sans succès. « Il fallait des travaux préparatoires pour éliminer une plante invasive avant d’installer le gazon synthétique. Il n’y avait pas d’autre alternative, ce n’est pas une solution de facilité », estime-t-elle. Même analyse du côté de Green Style : « Le but était d'éradiquer une plante classée comme invasive, l’élymus repens (chiendent ennemi des jardiniers à cause de ses racines stolons envahissantes) afin de ne pas contaminer la terre végétale extraite de ce terrain et réutilisée sur de futurs chantiers d’espaces verts », précise Daniel Lachana. 

  • Le député s'offre-t-il une opération de communication politique à peu de frais ?

Derrière cette polémique, pointe déjà la bataille des prochaines élections municipales. Véronique Sarselli siège en effet au groupe LR à la Métropole de Lyon, tandis que Cyrille Isaac-Sibille, député MoDem, est également… conseiller municipal d’opposition de Sainte-Foy-lès-Lyon. Tête de liste (divers droite) aux dernières municipales de 2014, il avait rassemblé 14,2% des voix au premier tour en 2014, avant de s’allier au second tour avec un autre candidat divers droite, sans réussir à prendre la mairie. Sa précédente tentative en 2008 n’avait pas été plus fructueuse.

Par ailleurs, la prise de position du député interroge. Cyrille Isaac-Sibille – bien connu par ailleurs des lecteurs de Mediactés pour ses relations avec les laboratoires pharmaceutiques – n’est pas spécialement un opposant au glyphosate. Comme la majorité des députés, il n’était pas présent lors des deux votes à l’Assemblée nationale les 29 mai et 15 septembre 2018 portant sur un amendement interdisant l’utilisation de ce produit. Interrogé par l’émission Envoyé Spécial consacrée à ce sujet en janvier 2019, il s’était même prononcé contre cette interdiction, selon France Info. Pas franchement le profil d’un farouche militant écologiste. « Monsieur le député se découvre une grande sensibilité sur ce sujet, sans avoir jamais rien fait sur ce sujet à l’Assemblée, tout ça à quelques mois des élections », ironise Véronique Sarselli.

  • Faut-il jeter le gazon synthétique avec le bidon de glyphosate ?

L’autre grief fait au chantier du stade de Sainte-Foy-lès-Lyon est plus classique. Il tourne autour du remplacement d’un terrain « naturel » par un revêtement plus artificiel. « On avait un beau stade en herbe, ils l’ont massacré avec du synthétique », déplore ainsi Cyrille Isaac-Sibille. Une lecture simpliste, selon Jean-Marie Pons, le président du FC Sainte-Foy-lès-Lyon qui partage le terrain avec le club de rugby local. « On avait un terrain en herbe, sûrement le plus beau de la région, mais on ne pouvait l’utiliser que trois fois par semaine, pour préserver le terrain, détaille-t-il auprès de Mediacités. On refuse entre 100 et 120 gamins par an, faute de créneaux d’entraînement. On a une forte demande des féminines, avec l’effet coupe du monde. Un terrain synthétique nous permettra d’en accueillir davantage. »

Un coup d’œil à la délibération du conseil municipal en date du 4 avril dernier confirme cette analyse. Pour justifier les travaux, le texte mentionne « le développement de la pratique du football féminin », l’obtention du « classement fédéral de niveau 5 qui permet d'évoluer dans les compétitions de football de niveau départemental et régional » et l’accroissement de la capacité d’accueil du stade. L’installation d’un gazon synthétique est décrite comme « la solution technique pour augmenter le temps d’utilisation » du stade, en présentant l’avantage « d’être moins consommatrice en eau et en entretien quotidien ».

Le coût total des travaux, qui comprend également l’installation d’un éclairage du stage, est de 900 000 euros. Sa mise en service est prévue pour le mois d’octobre. La question de l’utilisation du glyphosate sur le terrain ne devrait donc plus se poser. Reste celle du recyclage et de l’impact environnemental d’un terrain synthétique, composé en grande partie de caoutchouc. Un produit lui aussi fortement décrié, terminant parfois dans des décharges sauvages, comme Mediacités l’a documenté récemment à Nantes. Mais nul doute que le député Isaac-Sibille veillera à la bonne gestion de l’équipement municipal... 

Mathieu Périsse
Mathieu Périsse collabore avec Mediacités Lyon depuis juin 2017, convaincu de la nécessité d’une information locale indépendante et percutante. Lyonnais de naissance, il a d’abord travaillé pour la radio (Radio France, RTS), notamment lors de reportages longs-formats à l’étranger (Afghanistan, Biélorussie, Chypre, Burkina Faso…). Membre du collectif de journalistes We Report, il écrit régulièrement pour Mediapart, journal pour lequel il a enquêté pendant un an sur la pédophilie dans l’Eglise catholique (également en lien avec Cash Investigation).