"À un moment, j’ai cru que j’allais tourner de l’œil en voyant tout ce sang de partout. » Ce samedi 7 mars 2020, Alix*, adolescent lyonnais de 16 ans, participe à l'Acte 69 des Gilets jaunes, place Bellecour. Interdite par la préfecture (après des discussions infructueuses avec les organisateurs sur le périmètre de la manifestation), le rassemblement annoncé par différents groupes de Gilets jaunes lyonnais commence à 14 heures. Le lycéen se trouve non loin de la pharmacie Bellecour, à l’angle de la place et de la rue Colonel Chambonnet, à une quinzaine de mètres des forces de l’ordre. « L’ambiance était assez bon enfant au début, puis la police a commencé à faire des sommations. J’ai d’abord pris ça pour de l’intimidation », se souvient-il.

Après un temps d’attente, le gaz lacrymogène commence à fuser. Dans le flou, le jeune homme décide de faire demi-tour avec son amie. « Au moment où je me retourne, je prends un énorme coup sur la mâchoire. Au début, je ne comprends pas trop ce qui m'arrive, je me dis que j'ai été bousculé. Je suis focalisé sur la douleur et je n'entends plus rien, comme dans les films, raconte-t-il. Je passe ma langue dans ma bouche, et là, je sens que ma mâchoire est complètement déplacée. Je commence à cracher du sang. » Rapidement, il dit à son amie avoir reçu un tir de lanceur de balles de défense (LBD) : « C’est ce qui me semblait le plus probable, étant donné qu’ils nous visaient juste avant. »

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"Alix", 16 ans, blessé lors de la manifestation du 7 mars 2020, à Lyon. photos : DR.

Une vidéo de cette manifestation du 7 mars, intitulée Acte 69 des Gilets jaunes, Lyon - Guérilla urbaine, montre des policiers tenir leurs armes au niveau de l'épaule et viser en direction de la foule. Sur ces images, on aperçoit également un homme d’une soixantaine d’années prendre plusieurs coups de matraques sur la tête, au tout début du rassemblement. Mediacités l’a contacté. Frédéric Leschiera, représentant syndical et conseiller aux prud’hommes se remémore les violences endurées : « J’ai eu l’impression que cela durait des heures. »

Habitué des manifestations, il se tenait sur un trottoir, à l’écart du cœur de la manifestation pour éviter d’être pris pour cible. Sans succès. « J’ai simplement crié aux forces de l’ordre de baisser leurs armes », se souvient-il. Pour éviter d’être blessé, il se colle contre le mur et se laisse tomber à terre. Les policiers lui assènent plusieurs coups de pieds et de matraques avant de le laisser au sol. Après une consultation à l'hôpital en fin de journée, il s'en sortira avec deux jours d'incapacité temporaire de travail (ITT) [voir le document ci-dessous].

Certicat meìdical - LESCHIERA

S’il a encore mal aux doigts en se réveillant le matin, il estime s’en sortir plutôt bien. Idem pour Alix. En le percutant, le projectile ne lui a, par miracle, cassé aucune dent. Deux mois après, il est en revanche toujours incapable de manger une pomme. Sa mâchoire est polyfracturée. « J’ai dû être opéré le lundi suivant la manifestation, on m’a mis des plaques en titane pour la maintenir », détaille-t-il. Il ne sent plus sa lèvre inférieure « mais cela devrait revenir dans les deux prochaines années », d’après les médecins. Il doit être de nouveau opéré à la fin du mois de juin pour qu'on lui retire ses soutiens en métal.

Le médecin de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), saisie de l'affaire, lui a prescrit trente jours d’ITT. Il doit le revoir prochainement pour une expertise psychologique. « Se faire tirer dans la tête, ce n'est pas anodin, souffle Alix. On dirait que le message envoyé c’est : "Toi, tu te tais, et tu ne reviens plus". » « J’ai peur de revoir les policiers qui m’ont tapé dessus », confie pour sa part Frédéric Leschiera, qui raconte que ceux-ci l’avaient alpagué peu après la manifestation, non loin du lieu de son matraquage.

30% de victimes touchées à la tête et à la gorge

Depuis le 5 décembre, début du mouvement contre la réforme des retraites, plusieurs manifestants ont connu des sorts similaires à ceux de Frédéric Leschiera et d’Alix. Fracture de la mâchoire, blessures au dos, aux mains… Mediacités a passé au crible 20 manifestations organisées à Lyon depuis cette date et avant le déclenchement de la crise sanitaire du coronavirus : nous avons dénombré 64 personnes blessées par les forces de l’ordre. Sur la même période, selon la Direction départementale de la sécurité publique du Rhône (DDSP), 40 policiers ont été blessés lors « des manifestations de fin d'année 2019-début 2020 dites "contre la réforme des retraites". » À ceux-ci, s'ajoutent 11 blessés, le 7 mars, pour l’Acte 69 des Gilets jaunes.                   

Pour dénombrer les manifestants blessés, Mediacités s’est appuyé sur les comptes-rendus, rapports et témoignages recueillis par le comité de liaison contre les violences policières [lire ci-dessous lencadré En coulisses]. Ces informations ont été recoupées avec des articles de nos confrères du Progrès, de Lyon Capitale, de Rue89 Lyon ou encore de l’AFP, des données des « street medics », ces soignants présents lors des manifestations, ou encore des informations du site militant Rebellyon. Nous avons aussi suivi, à plusieurs reprises, les membres du comité pendant des rassemblements.                   

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Réalisation infographie : Benjamin Peyrel.

Sur trois mois de conflit social, 21 blessures sont liées à des coups de matraques. Si certaines charges ont lieu en cours de manifestation, la plupart se produisent à la fin, au moment de la dispersion. Ainsi le 10 décembre, Arthur Naciri, 23 ans au moment des faits, a été matraqué par les forces de l’ordre place Bellecour alors que les manifestants se dispersaient. En visite à Lyon, comme le rapporte Rue89Lyon, le jeune homme a perdu neuf dents à la suite de coups au visage. L’IGPN a ouvert une enquête.

D’après notre décompte, les tirs de LBD sont, eux, responsables de 22 blessures. Son usage, fustigé par la Ligue des droits de l'Homme ou encore par le Défenseur des droits, a causé un nombre particulièrement important de blessés lors de la manifestation du 7 mars (Acte 69 des Gilets jaunes). Ce jour-là, au moins 17 manifestants ont été touchés par des « balles de défense » sur les 26 blessés recensés. Soit « un blessé grave toutes les neuf minutes », d’après le comité de liaison contre les violences policières. Quatre ont reçu les tirs à la tête ou à la gorge.             

« Tirer au niveau du placard »

En décortiquant les témoignages recueillis, on remarque également qu'une majorité de personnes blessées par des tirs ou des coups de matraque lors des manifestations le sont à la tête (crâne, visage, gorge...) ou sur le haut du corps. Nombre de victimes estiment avoir été visées par les forces de l’ordre avec leurs LBD.      

L’utilisation de ces armes implique des tirs tendus et de viser une cible, explique le Service d'information et de communication de la police nationale (SICoP) : « Il s'agit de tirer au niveau du placard (entre les épaules et le nombril), soit ni dans la tête ni dans le triangle génital. Un tir dans la tête ne peut avoir lieu, hors cadre de légitime défense absolue. » Voilà pour la théorie… Car sur le terrain, comment justifier les multiples blessures au crâne ? « Dans une manifestation, à 30 mètres, quand vous visez, quelqu'un peut passer au moment du tir. On n’est pas sur quelque chose de figé », défend le SiCoP, qui souligne que c’est au juge de prouver l'intentionnalité de la violence.

Blessé 7 mars
Lors de la manifestation du 7 mars 2020, à Lyon. Capture d'écran/Document Mediacités.

450 nettoyages oculaires en 4 jours

Seul, le chiffre de 64 blessés ne permet pas de saisir la réalité des manifestations [lire aussi lencadré En coulisses]. Depuis janvier dernier, le groupe « street medic Gratte-ciel » comptabilise les manifestants secourus dans les cortèges. Sur quatre jours de manifestation (29 janvier, 6 et 20 février, 7 mars), il dénombre 450 nettoyages oculaires. « Il s’agit de rincer l’œil de l’intérieur vers l’extérieur en penchant la tête pour enlever les particules de gaz qui se seraient collées, précise un membre de l’équipe. Dans les 450, on compte aussi la pulvérisation de Maalox [censé neutraliser le gaz] ou de décontaminant lacrymogène pour certaines personnes qui ont la peau qui brûle. »

Après leur intervention, les street medics n’ont pas toujours des nouvelles des personnes auxquels ils ont porté assistance. « Parfois, je préfère ne pas savoir », commente l’un d’eux. Là encore, les données sont parcellaires. D'autres équipes de « soignants des manifs » opèrent sans compte-rendu de leur activité.

Comment expliquer ces dizaines de victimes ? Le comité de liaison contre les violences policières pointe du doigt la stratégie de maintien de l’ordre de la préfecture. Comme Mediacités l’avait souligné à Nantes, la mise en avant de la Brigade anti-criminalité (BAC) ou des Groupements de sécurité de proximité (GSP) favoriserait les altercations. Dans un rapport intitulé Étouffer, intimider et criminaliser, le comité lyonnais affirme que ces unités non « spécialisées dans le maintien de l’ordre, mais plutôt dans l’intervention musclée, sont mises en cause dans un très grand nombre d’allégations de violences, de tirs, ou de manquements à la déontologie ».   

Dans un communiqué, en janvier dernier, les membres du collectif notent qu’en « visant les manifestants », alors que les CRS « ne bougeaient pas », les hommes de la BAC ont attisé les tensions dans le cortège. Ces scènes sont en général observées en fin de manifestation, moment où se concentrent une majorité de violences recensées, et accompagnées de tirs de gaz lacrymogène.   

« Chaque jet de manifestants a pour réponse des tirs lacrymogènes »    

« Ces forces [mobiles] ont été mobilisées pour répondre à la violence dans les cortèges », défend-on au cabinet du préfet du Rhône, qui assure que ces renforts sont « formés » au maintien de l’ordre. « L’usage de gaz lacrymogène a deux objectifs : se défendre lors d’agressions ou disperser, indique de son côté le SiCoP. Toute manifestation a une fin et, parfois, des manifestants la refusent. Les gaz peuvent être utilisés dans ce cas. Avant les tirs, une sommation précise : "Nous allons faire usage de la force, dispersez-vous". Du reste, par définition, l’usage de la force peut être violente. » « Chaque jet de manifestants a pour réponse des tirs lacrymogènes », ajoute-t-on à la préfecture.

Une fermeté contre-productive ? Le 17 décembre dernier, Mediacités (comme les membres du comité de liaison) observe, vers 13 heures, à Saxe-Gambetta, que les fonctionnaires de police ne ripostent pas à des jets de projectile dans leur direction. La manifestation a ensuite suivi son cours. Deux jours plus tard, le 19 décembre, malgré le non-respect du parcours déclaré par une partie du cortège, les policiers ne bronchent pas non plus, rapporte le comité de liaison. Ou quand s’abstenir d’user de la force permet de « maintenir l'ordre ».

Bellecour, Jean-Macé, Saxe-Gambetta...

Notre enquête permet d’identifier les lieux de tensions les plus fréquents, outre la place Bellecour, arrivée du parcours traditionnel (Manufacture des tabacs - Bellecour). Le 5 décembre, premier jour du mouvement contre la réforme des retraites, les manifestants ont été privés de Presqu'île en raison de la Fête des lumières. Le comité de liaison observe alors de nombreux tirs de gaz lacrymogène place Victor-Basch (près de Saxe-Gambetta), au niveau du pont de la Guillotière, sur les quais au niveau du skate park et, enfin, à Jean-Macé où s'achève la manifestation. Cette place est aussi le théâtre de plusieurs matraquages, comme le rapportent le comité et un témoignage publié sur Rebellyon. Ces lieux deviennent, par la suite, des points réguliers d'affrontements et de tensions, avec Bellecour.

Dès le début du mouvement, la préfecture interdit la Presqu’île aux manifestants. Pour le premier rassemblement, il s’agit de ne pas perturber la Fête des lumières, comme écrit précédemment. Mais ensuite l’interdiction est maintenue pour la plupart des défilés afin de « prévenir au maximum les risques de casse », justifie la préfecture.

Dans les arrêtés préfectoraux qui définissent les périmètres de manifestation, l'encadrement est d’abord justifié par les « affrontements violents » réguliers avec les forces de l’ordre sur la Presqu'île « depuis le 17 novembre 2018 », début du mouvement des Gilets jaunes. Au fil des semaines et des incidents, ces arrêtés s'épaississent. Les courses de Noël et les soldes sont autant de raisons d'instaurer de nouvelles zones d'interdiction, les week-ends, autour des centres commerciaux de Confluence et Part-Dieu.

Les modifications des périmètres peuvent être lourdes de conséquences. Ce vendredi 24 janvier 2020, le cortège ne peut pas emprunter la rue de la Barre. Deux jours auparavant, la préfecture a pris un arrêté interdisant aux manifestants cet accès à Bellecour depuis le pont de la Guillotière et autorisant le passage par la place Antonin-Poncet, jusqu’alors exclue du domaine autorisé. Un subtil changement sur le papier qui, le jour J, provoque une tension palpable quand le cortège arrive au niveau de l’Hôtel-Dieu.

Les forces de l’ordre qui barrent la rue reçoivent des projectiles. Elles ripostent avec des gaz lacrymogènes. « Nous avons déclaré notre parcours (...) Nous n'avons pas eu d'interdiction, ce qui signifiait que le parcours était accepté, explique Jacky Adaba, de la CGT du Rhône, auprès du comité de liaison, dans un témoignage publié par communiqué le 28 janvier. Mais, juste au début de la manifestation, un commissaire au maintien de l'ordre est venu nous annoncer qu'on ne pourrait pas passer par la rue de la Barre parce qu'elle faisait partie du périmètre d'interdiction. »

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Policiers, lors de la manifestation du 7 mars 2020, à Lyon. Photos : document Mediacités.

Dans Le Progrès, le lendemain, Joao Pereira Afonso, secrétaire général de la CGT du Rhône, et Pascal Lagrue, secrétaire général FO du Rhône, confirment avoir été mis devant le fait accompli. La préfecture se défend : tout était écrit dans l'arrêté. Interrogé sur cet épisode, le cabinet du préfet Mailhos justifie l’interdiction de la rue de la Barre par les dégradations « très fréquentes de commerces ». L'Hôtel-Dieu est, d'après la préfecture, « pris en grippe systématiquement » par les manifestants. De fait, les grilles de ce « nouveau temple du capital bâti sur les ruines d'un hôpital », selon les mots des syndicats, sont régulièrement rhabillées de banderoles ou parfois la cible de projectiles. Après le 24 janvier, la rue de la Barre sera ponctuellement ouverte aux manifestations (les samedis du mois de février, mais pas en semaine).

Pas de plainte, pas de violences ?

« Les forces sont déployées dans un but de protection des personnes et des biens mais également d'encadrement de la manifestation et de dispersion », affirme-t-on à la DDSP. « Nous répondons à une violence illégitime par une force républicaine », ajoute le cabinet du préfet au sujet de l’usage des LBD ou des gaz lacrymogène. Pourtant nombre de témoignages recueillis par le comité de liaison, Mediacités ou d'autres confrères de la presse locale ne correspondent pas aux discours des autorités [voir notre infographie ci-dessous]. Ni Arthur Naciri, ni Alix, ni ce lycéen d'Ampère-Saxe touché à la joue par un tir de LBD le 6 décembre, ne semblent avoir été violents vis-à-vis des forces de l'ordre.

Sur ces cas médiatisés, dont les enquêtes ont été confiées à l’IGPN, silence radio du côté des services de Pascal Mailhos : « Le préfet ne s’exprime pas sur les affaires en cours (…) Jusqu’à ce que les procédures aillent à leur terme, les policiers sont présumés innocents. » Même posture pour les témoignages anonymes recueillis par le comité de liaison : « Nous n’avons pas connaissance de ces faits. S’il n’y a pas de plainte, nous ne pouvons pas juger ces éléments. »

Quatre mois de manifs : les témoignages

[pour afficher en plein l'écran notre infographie, cliquer ici]

 

De son côté, le comité de liaison attend une reconnaissance de ces violences. Le 19 mars, ses membres ont saisi le Défenseur des droits et le procureur de la République de Lyon suite à la manifestation « carnage », selon leur terme, du 7 mars. L’action vise plus largement à « dénoncer les manquements aux règles déontologiques par les fonctionnaires en cause et surtout les politiques qui permettent, voire organisent, ces pratiques répressives et même offensives à l’encontre de militant.e.s, manifestant.e.s, individus, populations ou quartiers », développe-t-il dans la saisine.

Contacté, le Défenseur des droits confirme avoir reçu la réclamation, mais ne souhaite pas communiquer à son sujet pendant l’instruction. Il précise toutefois qu’il a été saisi à plusieurs reprises, depuis décembre 2018, pour des problèmes liés au maintien de l’ordre lors du mouvement des Gilets jaunes à l’échelle nationale. Dans son dernier rapport annuel d’activité consacré aux questions de sécurité, en mars 2019, il préconisait l’interdiction de l’usage des LBD.

*À la demande de la personne interrogée, le prénom a été modifié.

Les chiffres de notre enquête sont issus de différents comptes-rendus du comité de liaison contre les violences policières, de street medics, d’un témoignage étayé du site Rebellyon, etc. Ils ont été recoupés avec des articles de presse, des comptes-rendus de street medics ou le travail « Allo Place Beauvau » du journaliste David Dufresne. Mais ces données sont loin d’être exhaustives. Elles ne prennent pas en compte les crises d’angoisse ou d’asthme, les vomissements et les autres malaises liés à l’inhalation de gaz lacrymogènes. Notre décompte ne concerne pas, par exemple, la prise en charge par les street medics d’un quinquagénaire, exfiltré après des problèmes de respiration lors de l’Acte 69 des Gilets jaunes. Comme écrit plus haut, nous avons aussi fait le choix de ne pas agréger le nombre de nettoyages oculaires par les street medics.

Difficile aussi de déterminer le nombre exact de personnes atteintes lors d’affrontements marqués par des tirs de gaz lacrymogènes. Dans les témoignages consultés par Mediacités, il est parfois fait état de « plusieurs blessés » lors de matraquages. Faute de précisions, nous n’en avons pas tenu compte dans notre décompte général qui ne retient que les témoignages directs et les récits détaillés. Lorsque cela était possible, ils ont été étayés avec des photos, vidéos ou encore certificats médicaux.

Nous nous sommes cantonnés à 20 jours de contestation (les 5, 6, 7, 10, 12, 14 et 17 décembre ; les 9, 14, 11, 16, 24, 25 et 29 janvier ; les 1er, 5, 6, 8, 20 février et le 7 mars). La manifestation du samedi 29 février n’a pas été prise en compte car elle a été le théâtre d’affrontements avec des militants d’extrême-droite. Autre limite à souligner : certains blessés ne connaissent pas le comité de liaison contre les violences policières et ne signalent pas nécessairement leurs blessures à des street medics. En outre, certaines blessures, apparemment bénignes au moment de la manifestation, peuvent se révéler plus problématiques plusieurs jours après.

Dans un témoignage recueilli par le comité à la suite de l’Acte 69 des Gilets jaunes, samedi 7 mars, une jeune femme indique en avoir fait l’amère expérience après avoir reçu un tir à la cheville. « Sur le coup, ça m’a fait super mal mais je suis rentré chez moi [le samedi]. Le dimanche soir, j’avais encore très mal (…) Lundi matin, je suis allée aux urgences. Ils ont fait une radio, je n’ai rien de cassé mais une entorse et les ligaments étirés. On m'a posé une attelle et je ne pourrai pas poser le pied pendant six semaines. »

Enfin, porter plainte contre les forces de l’ordre est loin d’être un réflexe pour les manifestants. Pour ces raisons, le comité de liaison se refuse à donner des chiffres précis qui seraient « forcément en deçà de la réalité ».