C’est l’association sportive la plus subventionnée par la ville de Vaulx-en-Velin. Et de loin. Cet été encore, le conseil municipal a accordé une dotation de quelques 250 000 euros au FC Vaulx, le club de football connu pour avoir formé Nabil Fekir ou Rachid Ghezzal, tous deux passés par l’Olympique lyonnais. Un montant justifié par le rôle éducatif du club dans la commune la plus jeune et la plus pauvre de la métropole. Mais le maintien de cette enveloppe interroge, alors même que le club n’en finit plus de connaître des déboires financiers, comme Mediacités est en mesure de le révéler [lire plus bas].                 

Retour en 2019. La maire socialiste Hélène Geoffroy, réélue depuis, présente en conseil municipal les résultats d’un audit commandé au cabinet Deloitte, pour 23 000 euros, sur le FC Vaulx. L’épais document révèle alors une situation économique extrêmement dégradée et des flux financiers suspects. Pour le club, c’est une rechute : en 2014, criblé de dettes, il avait été placé en redressement judiciaire. Mais cette fois-ci les choses s’enveniment : dans la foulée de l’audit, une enquête judiciaire est ouverte contre Ali Rechad, alors président du FC Vaulx, après un signalement de la maire au procureur de la République de Lyon.

Bar à hôtesses et massage érotique

En cause, d’étonnantes dépenses pour une structure financée par le contribuable… Le président avait notamment utilisé la carte bleue du club pour régler plus de 11 000 euros en bars à hôtesses et pour un massage érotique, mais aussi pour des déplacements personnels (3000 euros de péages d'autoroute, bien au-delà des frontières régionales, échelon auquel évolue le FC Vaulx), comme l’avait révélé à l’époque Lyon Capitale. Ce n’est pas tout ! L'ancien dirigeant est soupçonné d’avoir détourné des commissions touchées par le FC Vaulx en tant que club formateur à l’occasion du transfert de joueurs professionnels, notamment celui du défenseur international Kurt Zouma parti, à Londres, au FC Chelsea. Les doutes sur les flux financiers sont alimentés par le manque de pièces comptables, de contrat de sponsoring et de suivi des recettes de la buvette.

L’enquête pour escroquerie et abus de confiance, confiée à la Direction interrégionale de la police judiciaire (DIPJ), est toujours en cours, nous a confirmé le parquet. Ali Rechad devait être auditionné début 2020 mais l’échéance a été repoussée pour cause de confinement. « Nous n’avons pas de date de nouvelle convocation, assure son avocat Christophe Bruschi. Je ne sais même pas si nous serons mis en examen. » L’ex-président du club avait reconnu certains éléments. Il s’était même engagé à rembourser une partie des dépenses, selon l’audit de Deloitte.

« On rencontre toujours des difficultés dans un club, mais c’était un summum »

En attendant, la municipalité vaudaise tente de redresser les comptes du club. Elle a voté, en 2019, la mise sous tutelle du FC Vaulx par l’Office municipal des sports (OMS) et la création d’un comité de suivi. Mais la tâche s’avère plus difficile que prévue… En fin d’année dernière, l’OMS déplorait, dans un document interne que Mediacités s'est procuré, « l’impossibilité d’effectuer cette mission ». L’office pointait alors le manque de communication de l’ancien président Farid Berkani, successeur de Mohamed Fekir, lui-même élu à la place de Ali Rechad, au point que l’expert-comptable ne pouvait pas exercer sa mission correctement. En cause, toujours, le manque de pièces comptables.

« Quand il y a de gros problèmes comme ceux qu’a connu le FC Vaulx, il faut savoir quels sont les antécédents et quelles sont les dettes, mais nous n’avions pas tous les documents, raconte Jean-Yves Coutant, le président de l’OMS. On a eu des difficultés aussi bien sur les dettes que sur les encaissements. On rencontre toujours des difficultés dans un club, mais là c’était un summum, avec plusieurs fautes avérées. »

En triant les trois mois de courrier non ouvert à son arrivée, l’office municipal accumule les mauvaises surprises, dont 10 000 euros de procès-verbaux et des péages non payés. Autre découverte : les véhicules utilisés par le club, dont un minibus, n’étaient plus assurés. Ils le sont de nouveau, assure Jean-Yves Coutant. Côté organisation, le suivi du paiement des cotisations aurait également été chaotique tandis que les informations sur les commissions de transfert demeurent difficiles à obtenir.

C’est le cas de celles concernant le rachat de Nabil Fekir, par Bétis Séville, pour 20 millions d’euros. La tutelle du club a bien trouvé la trace d’un premier versement, mais quid du second ? L’interrogation fait écho au cas de Kurt Zouma. En 2014, le transfert de cet autre joueur formé à Vaulx-en-Velin, de Saint-Etienne à Chelsea, avait donné lieu à deux commissions de 48 750 euros chacune. C'est le cœur de l’enquête de la DIPJ : les policiers cherchent à déterminer si Ali Rechad a détourné, ou non, la seconde.

Échelonnement de la dette

Pour le transfert de Nabil Fekir, l’OMS se garde de parler de soupçons de détournement. Il souligne avant tout le manque de transparence et de traçabilité des flux financiers qui entrave le redressement du club. Son président se veut tout de même optimiste : « Les choses évoluent bien on commence à pouvoir gérer correctement. Nous ne sommes pas en cessation de paiement, nous arrivons à couvrir nos dépenses ». Même tonalité rassurante du côté du nouveau président du club Mohamed Ouled interviewé par Le Progrès. Ce trentenaire, employé comme médiateur par la mairie, a présenté un plan d’échelonnement de la dette, qui a été résorbée de 350 000 à 160 000 euros. L’avenir s’annonce plus serein… à condition qu’aucun créancier ne revienne taper à la porte entre-temps.

Contacté par Mediacités, Mohamed Ouled n’a pas donné suite à nos sollicitations, pas plus qu’Hélène Geoffroy. Le cabinet de la maire évoque une présentation du dossier FC Vaulx en conseil municipal à l’automne. Le sujet ne figure toutefois pas à l’ordre du jour de celui du mois d’octobre.

« Hélène Geoffroy n’a mis que des gens à elle dans l’équipe rapprochée du FC Vaulx »

Du côté de l’opposition municipale, les élus dénoncent une gestion confidentielle et très personnelle du club. « Hélène Geoffroy n’a mis que des gens à elle dans l’équipe rapprochée du FC Vaulx, pointe Christine Bertin, conseillère MoDem. On nous refuse la moindre information sur le sujet. » Sentiment partagé par le LR Sacha Forca qui a regretté l’absence de document répertoriant le nombre de licenciés. Ils seraient aujourd’hui environ 650 contre les 900 espérés. Les opposants s’accordent pour reprocher la rareté des assemblées générales du club. La critique est également mentionnée noir sur blanc dans le document interne à la municipalité mentionné plus haut dans notre article.

« Nous n’avons pas eu d’information depuis juillet, reprend Christine Bertin. Même la commission de surveillance n’a absolument jamais rien transmis. » Les élus vaudais avaient pourtant obtenu qu’un élu d’opposition siège dans cette commission, mise en place en avril 2019. Une place occupée par Philippe Moine (ex-UDI), qui, aux dernières élections, a fait front commun avec… Hélène Geoffroy.