The Bridge : l’argent public mené en bateau

2,4 millions d’euros ! C’est ce qu’a coûté «The Bridge» aux collectivités locales. Mais si les retombées pour ces dernières ont été limitées, les organisateurs, en revanche, ont su tirer leur épingle du jeu. Plongée dans les coulisses d’une opération très médiatique.

Départ The Bridge 2
Airbus A380, trimarans Ultimes et Queen Mary 2… Quand le départ d’une course se transforme en vitrine du savoir-faire régional. / Photo Andia

Dimanche 25 juin, 19h. Sous un soleil radieux, avec le pont de Saint-Nazaire pour décor, un paquebot de croisière mythique, le Queen Mary 2, s’élance sur l’Atlantique. A ses côtés, quatre maxi-trimarans rutilants hissent leur grand voile, tandis qu’un Airbus A380, le fleuron de l’avionneur européen, survole la flottille. Rien à dire : l’image est belle. Certes, le tableau a été soigneusement composé, le ballet des machines à voile et à moteur patiemment scénarisé. Qu’importe ! Venues essentiellement de la région pour assister au départ de « The Bridge », plusieurs dizaines de milliers de personnes ne boudent pas leur bonheur. Quant aux médias, eux-aussi apprécient de voir s’animer cette vitrine vivante des atouts économiques de la région.

Ce que ces spectateurs d’un jour ignorent – ou feignent d’ignorer -, c’est que cette impressionnante démonstration de force, tout comme la croisière qui mènera quelques privilégiés jusqu’à New-York, inaccessible pour beaucoup d’entre eux, a notamment été rendue possible grâce à 2,4 millions d'euros d’argent public. Pour quels retour sur investissement ? Pour les collectivités, le bilan laisse à désirer. Pour les prestataires de l'opération, en revanche, ce fut le jackpot.

Cap sur le Queen Mary 2

Voilà trois ans que les initiateurs de cette course inédite planchent sur ce défi. L’idée vient de Damien Grimont. Ancien skipper, cet entrepreneur de 51 ans dirige la société « Profil Grand Large », une agence de communication évènementielle liée à la mer, qu’il a créée en 2005. « The Bridge » n’est pas son coup d’essai. En 2009, il avait déjà mis sur pied – ou sur coques - « La Solidaire du Chocolat », une course transatlantique réservée aux Class40 (une catégorie de voiliers de course) agrémentée de concerts et de sports. Soutenu essentiellement par les collectivités locales et, dans une moindre mesure, par le monde économique, l’événement devait avoir lieu tous les deux ans. Finalement, la 2ème édition, en 2012, sera la dernière. Élus et sponsors ne suivent plus faute de retombées significatives. Dans l’entourage du maire de Nantes, on évoque même « un fiasco ». N’est pas le Vendée Globe qui veut…

Qu’à cela ne tienne ! Pas question pour Damien Grimont de boire la tasse. Il a une société à faire tourner et les idées ne manquent pas. En 2013, il rêve, selon ses mots, de « réussir l’impossible : faire revenir le Queen Mary 2 à St Nazaire », où il fut construit entre 2001 et 2003. « Réussir l’impossible » car les côtes de Loire-Atlantique voient rarement l’ombre d’un bateau de croisière.

A défaut d’écoper les devises des touristes débarqués, Damien Grimont n’a qu’une solution : affréter le navire à son propriétaire, la compagnie Cunard, à l’occasion d’un événement créé de toute pièce. Ce sera « The Bridge », inéquitable régate opposant la gigantesque Rolls-Royce des mers, 345 mètres et quatre moteurs de 21 500 chevaux, à quatre trimarans, certes « Ultimes » mais obligés de s’en remettre au bon vouloir d’Eole pour avancer. Pour l’initiateur de « The Bridge » démarre alors la véritable course : celle de la recherche de fonds.

Mais l’homme n’a pas le vent en poupe. « La Solidaire du chocolat » a laissé un goût amer aux financeurs. « Il me fallait trouver des personnes qui m’apportent crédibilité et réseaux, surtout pour affréter le Queen Mary 2 », reconnaît Damien Grimont. Heureusement, dans son ombre se cache son ami Yves Gillet, PDG du groupe d’ingénierie Keran, basé à Nantes . . .

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Temps de lecture : 13 minutes

Par Antony Torzec