En ce matin du samedi 21 novembre 2015, tout le gratin vendéen a fait le déplacement. Des cols romains et des costumes-cravates venus célébrer, en communion, les vingt-cinq ans de l’Institut catholique d’études supérieures de La Roche-sur-Yon. Après les introductions successives de l’évêque de Luçon puis du président de l’Ices, c’est au tour de Chantal Delsol de prendre la parole : « Il n’y a pas d’université s’il n’y a pas le monde culturel qui est le nôtre. Il n’y a pas d’université sans notion de vérité ». Puis, l’historienne des idées politiques s’arrête un instant, et lance : « Le logos est seulement occidental. »

Peu connue du grand public, Chantal Delsol est une figure de la droite conservatrice, antilibérale, eurosceptique et catholique française. Cofondatrice, en 1992, de l’association pour la Fondation de service politique , un laboratoire d’idées néoconservateur, celle qui est aussi l’épouse de Charles Millon fait partie du comité de rédaction de L’Incorrect. Lancée le 7 septembre dernier par Charles Beigbeder et Laurent Meeschaert, tous deux membres de l’Avant-Garde, le club de réflexion de l’ancien ministre Charles Millon, cette revue se veut « une alliance politique, intellectuelle et culturelle » des « multiples maisons de la droite », de la plus classique jusqu’au Front National. Une « passerelle » qui valide, vingt-cinq ans après, « l’intuition créatrice » de Philippe de Villiers lors de la création de cette université privée, un peu particulière.

L'intuition créatrice de Philippe de Villiers

« L’Ices vient de loin expliquait , l’ancien homme fort de la Vendée lors de la journée anniversaire. De cette idée de former des élites enracinées. A contre-courant de la société nomade, volatile et consumériste. » L' « intuition » prend corps au mitan des années 1980. Dans une Vendée où « nous avions une culture de pénurie d’élites, il fallait permettre aux Vendéens d’étudier au pays pour travailler au pays, précisait Philippe de Villiers quelques jours plus tôt dans la presse. J’ai donc fait sur un plan académique ce que j’avais réalisé sur un plan culturel avec le Puy du Fou, à savoir une université d’excellence et un centre de recherche universitaire sur l’histoire de la Vendée. »

Le 16 juin 1990, l’Institut catholique d’études supérieures de La Roche-sur-Yon devient réalité. Pour le financer, celui qui occupe la tête du Département depuis l’automne 1988, a retourné en sa faveur un dossier laissé par son prédécesseur : la création de la Courtaisière, une antenne de l’Université - publique - de Nantes à La Roche-sur-Yon. « A ce moment-là, j’ai eu l’idée d’aller voir Mgr Paty (ndlr : l’évêque de Luçon de l’époque) pour lui proposer une sorte d’académisme des fausses fenêtres », raconte Philippe de Villiers dans le livre anniversaire Ices, l’école universitaire. Un lieu, un esprit, un souffle. Le pacte envisagé est simple : contraint de financer une université publique, il propose parallèlement à l’évêque de Luçon « de financer à même hauteur, et dans les mêmes conditions de justice et d’équité, une université catholique ». Un deal à 2,8 millions d’euros annuels qui est toujours en vigueur, même si l’aide départementale a baissé de 130 000 euros en 2016 puis de 200 000 euros en 2017.

Un temps méfiant car « craignant le trop fort risque de récupération politique », comme l’ont raconté anonymement à Mediacités des membres du diocèse de Luçon, l’évêque commence par refuser avant de changer d'avis. Difficile de s'opposer à un tel projet dans « cette Vendée aux lèvres closes, scellée d’un signe de croix », comme aimait la décrire l'écrivain Jean Yole. « Face à cette alliance de circonstance, nous nous sommes retrouvés devant un consensus mou, une lâcheté politique et syndicale », se souvient Jean Burneleau. Pour ce proche de Jacques Auxiette, ancien maire PS de La Roche-sur-Yon et ex-président de la Région Pays-de-la-Loire, « non seulement la gauche vendéenne a entériné le bipartisme scolaire, mais elle a montré que nous n’avions aucun contre-projet éducatif et culturel à lui opposer ». C'est de ce boulevard idéologique béant dont est sortie, sous forme de galaxie, celle qu’on appelle aujourd’hui « la génération Ices ».

La curieuse alliance des pères fondateurs

Deux hommes ont pesé de tout leur poids pour obtenir le revirement de Mgr Paty : le directeur diocésain, l’abbé Morisset, et le directeur du collège Saint-Joseph de Fontenay, Hervé Grollier. Inquiet de ne pouvoir recruter davantage d’instituteurs et de professeurs pour l’enseignement catholique vendéen , l'évêque finit par accepter l'alliance proposée par de Villiers. Reste alors à ce dernier à emporter l’adhésion de l’opinion. Pendant que Philippe de Villiers s'emploie à prendre l’avantage dans la guerre catho – anti-catho en faisant plier le maire de La Roche-sur-Yon, deux hommes interviennent en appui. Hervé Grollier (qui deviendra le premier directeur de l’Ices et qui occupe aujourd’hui la tête de l’établissement catholique Saint-Charles, à Athis-Mons), démarche l’Université catholique de l’Ouest d’Angers pour nouer des liens pédagogiques solides, afin de rassurer parents et étudiants vendéens. Maurice Quénet, recteur de l’académie de Nantes, profite du fait que personne ne veuille rallumer la "guerre scolaire" pour appuyer la création de l'Ices. « J’aurais pu la gêner, rappelle l'intéressé, à l’occasion des vingt-cinq ans de l’établissement. Mais créer l’Ices me paraissait comme une curiosité. »

« Une loi de 1905 à l’envers »

La curiosité se situe plutôt ailleurs. C'est celle de voir un haut-fonctionnaire, nommé par décret présidentiel comme garant unique du service public de l’éducation, porter sur les fonts baptismaux une université privée. Tout s’éclaire néanmoins lorsque l’on sait que Maurice Quénet et Philippe de Villiers ont fréquenté l’Institution Richelieu, établissement catholique du secondaire, tenu par des prêtres du diocèse de Luçon (où a également été formé Michel Fillon, le père de François, candidat LR à la dernière élection présidentielle). La curiosité se dissipe encore plus quand on se rappelle que Maurice Quénet a fait partie, en 1992, des membres fondateurs de l'association classée à droite, Créateurs d’école , aux côtés, notamment, de Xavier Darcos, l'ancien ministre de l'Education de Nicolas Sarkozy. Profitant de la loi de décentralisation, Maurice Quénet décide donc de céder le terrain de l’École normale des institutrices de Vendée à l’Ices. L’ancienne "caserne" des hussards noirs de la République devient le siège d’une université catholique... « Une loi de 1905 à l’envers », se félicite encore Hervé Grollier. Depuis, Maurice Quénet est devenu le président de la Fondation-Ices.

L’embarrassante réputation de "fac de fachos"

L’Ices repose sur le concept "d’école universitaire". Un subtil alliage entre « l’idée moderne du laboratoire et celle, plus ancienne, du compagnonnage », se plaît à raconter Philippe de Villiers. Pour cela, 350 intervenants sont mobilisés à l’année. « A l’époque, nos profs venaient quasiment tous du lycée, se souvient un étudiant de la fin des années 1990. On sentait que leur méthode était éloignée de la recherche universitaire, mais le contenu des cours était plutôt intéressant. » Le bon souvenir des débuts se transforme rapidement en défiance. « Quand je suis arrivé, à la bascule des années 2000, tout se passait bien, confirme anonymement cet intervenant, mais plus tard ça ne le faisait plus du tout. La méthode des cours et le contenu des conférences avaient changé. »

La nouvelle orientation coïncide avec l’arrivée de Jean-Pierre Deschodt puis de Guillaume Bernard à la tête du département Histoire. Ces deux docteurs en droit et en histoire officient occasionnellement, en marge de leurs cours, sur les ondes de Radio Courtoisie, dans les pages du site Internet Boulevard Voltaire ou dans les colonnes de Valeurs Actuelles. Comme en ce 21 mars 2013 où ils cosignent une tribune intitulée "L’Histoire est l’avenir de l’homme". Il y expliquent que « l’enseignement actuel de l’histoire participe pleinement à la conscientisation des masses dont le culte s’organise désormais autour d’une nouvelle idole : la mémoire collective, une sorte de loukoum géant qui appauvrit et ramollit toute la richesse des identités dans un magma gélatineux au nom d’un cosmopolitisme diffus ». Jean-Clément Martin, historien spécialiste de la Guerre de Vendée, commente : « En cela, ils sont dans l’idée villiériste d’une seule mémoire : celle de la Vendée martyre comme unique modèle intellectuel. »

Affiche d'un colloque de l'Action française dans lequel intervenait Guillaume Bernard, le 7 mais 2016
Affiche d'un colloque de l'Action française dans lequel intervenait Guillaume Bernard, le 7 mais 2016

Jean-Pierre Deschodt et Guillaume Bernard s'appuient sur les travaux de chercheurs tel que l'historien Stéphane Courtois, auteur du "Livre noir du communisme", et recrutent des intervenants comme l’ancien juge d’instruction Didier Gallot, ami de l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy Patrick Buisson, avec qui il milite à la Fnef, syndicat étudiant proche du mouvement d’extrême droite Occident. La démarche des deux universitaires s’inscrit aussi bien dans l’héritage de l’association pour la Fondation de service politique que dans celui du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (Grece). Cette « société de pensée à vocation intellectuelle » ne cesse, depuis sa création en 1969, de prôner l’union des droites « du centre-droit au FN compris », comme l'écrivent en écho Guillaume Bernard et Caroline Wallet, ancienne membre des cabinets de Xavier Bertrand et de Christine Boutin sous Sarkozy, sur le site Atlantico.

« Le catholique, c’est oui ; le politique, c’est non »

Contacté au sujet de ces prises de positions politiques, Guillaume Bernard n’a pas donné suite à nos sollicitations. A sa place, le directeur de la communication et des relations publiques de l’Ices, Philippe-Henri Forget, nous répond que « la liberté universitaire n’est pas un vain mot et que nous nous devons de la respecter ». Et cet ancien étudiant de l’Ices de poursuivre : « Concernant Guillaume Bernard, tout ce que vous dites est juste. Il est à la fois reconnu pour ses travaux universitaires et identifié comme chrétien engagé. Mais tant qu’il ne recrute pas parmi nos étudiants, nous devons respecter cette sensibilité. Qu’il y ait des gens, à l’Ices, qui partagent ses idées, sûrement. Mais nous ne sommes pas là pour former les étudiants en ce sens. A l’Ices "le catholique, c’est oui ; le politique, c’est non". Même si, aujourd’hui encore, nous souffrons de cette mauvaise réputation. »

Identifiés comme des étudiants de l'Ices, des "Hommen" manifestent la nuit du 19 mai 2013 contre le mariage pour tous. Une démonstration saluée sur tous les sites d'extrême-droite. Photo: PY Bulteau
Identifiés comme des étudiants de l'Ices, des "Hommen" manifestent la nuit du 19 mai 2013 contre le mariage pour tous. Une démonstration saluée sur tous les sites d'extrême-droite. Photo: DR

La réputation de « fac de fachos » n’en finit plus, en effet, de coller à la peau de l’Ices. Les spectaculaires manifestations menées par d'anciens étudiants lors du débat sur le mariage pour tous ne font rien contre. Ni les prises de parole comme celle qui suit. Invité le 12 avril 2017 à participer à une discussion-déjeuner en compagnie de Marine Le Pen, Guillaume Bernard retrouve autour de la table Thibaud Collin, autre intervenant à l’Ices. Proche de la Fondation de service politique, membre du comité de rédaction de L’Incorrect, il est l’auteur critique d’un essai qui « décrypte la dialectique révolutionnaire du lobby homosexuel ».

Avec François de Muizon, philosophe et pourfendeur de la théorie du genre, Thibaud Collin est intervenu au sein du Pôle théologie de l’Ices durant l'année scolaire 2016-2017. Sur deux semestres, le samedi matin, ce dernier propose huit sessions thématisées ouvertes aux étudiants et aux auditeurs libres en échange d'une inscription de 120 euros. Le choix est ciblé. Le parcours G, par exemple, s’intéressait à la "théologie du corps". Et, plus particulièrement, dans ses sessions 4 et 5, au « mariage, à la résurrection et à la virginité pour le Royaume » ainsi qu’« au mariage [comme] accomplissement de la rédemption du corps ». Ces intitulés résonnent étrangement avec la pétition "Mariage homo : 170 professeurs de droit entrent en résistance face au projet de loi Taubira" signée, en mars 2013, par Guillaume Bernard. Ce dernier n’hésitera pas, le 23 février 2017, à participer, en compagnie du maire de Béziers Robert Ménard, aux conférences organisées par les Éveilleurs d’espérance. Cette « plateforme incontournable du renouveau politique » promet sur son site internet « d’aller plus loin en 2017 dans le débat d’idées, en poursuivant l’objectif de former une génération engagée ».

La "génération Ices" au pouvoir... local

Lors des manifestations du 25e anniversaire de l'Ices, Eric de Labarre, actuel président de l'Institut, ne dit pas autre chose : « J’appelle tous mes étudiants à s’engager. Il faut investir le champ politique. » Le message est bien reçu, notamment par les étudiants extérieurs à la Vendée. Car, c'est une autre particularité de l’Ices, les filières Droit, Histoire et Sciences Po accueillent jusqu’à 70% d’étudiants dont les familles vivent en-dehors du département (à l'inverse des filières scientifiques et littéraires qui, elles, sont presque exclusivement fréquentées par des locaux). « Un nombre significatif provient de Paris et de la région parisienne, en particulier des Yvelines », relève Eric de Labarre dans l’ouvrage Ices, école universitaire. Un lieu, un esprit, un souffle. « Cela ne doit rien au hasard, décrypte l'historien Jean-Clément Martin. La préfecture des Yvelines n’est autre que la capitale du royaume de France, en alternance avec Paris, sous l’Ancien-Régime. »

L’arrivée en Vendée de ces profils géographiques et familiaux est loin d’être une coïncidence. Elle a été pensée, organisée, structurée par Philippe de Villiers. Dans le livre anniversaire de l’Ices, celui-ci l'écrit clairement : « Je vivais dans l’urgence de greffer sur la matrice vendéenne des élites extérieures qui feraient le choix, à la fois affectif et raisonnable, d’une Vendée anoblie par son courage dans l’Histoire. Car si la Vendée est une province de la géographie, elle est aussi une province de l’esprit. »

« Dans toutes convictions, l’endogamie n’a rien de bon »

Parmi les héritiers, Aurélien Martin. Né à Angers, ce jeune quadra a fait ses études à l’Ices, avant de rejoindre l’eurodéputé souverainiste Patrick Louis, qui l'intronise auprès de Philippe de Villiers. Aurélien Martin rejoint l'équipe de campagne de l'ancien député de Vendée pour la Présidentielle de 2007, en tant que rédacteur en chef du journal Pour la France. Éliminé dès le premier tour, avec 2,23% des voix, de Villiers retourne dans son fief vendéen où il recase certains de ses collaborateurs. Aurélien Martin est bombardé présentateur du Journal télévisé de TV Vendée, la chaîne locale créée par de Villiers et largement financée par le Département, avant d’en devenir le rédacteur en chef. L'aventure prend fin en août 2015, date à laquelle Aurélien Martin devient directeur de cabinet d’Yves Auvinet, élu président du Département à la suite de Bruno Retailleau, parti diriger la région des Pays-de-la-Loire.

« Ce parcours particulier est lié à l’histoire de ma famille, explique Aurélien Martin à Mediacités. Mes convictions de l’époque n’étaient pas liées à l’Ices. J’étais déjà bien engagé avant même d’y faire mes études. Le moins que l’on puisse dire c’est que j’ai indéniablement évolué depuis. » Aurélien Martin dit ne plus fréquenter l’Institut catholique de La Roche-sur-Yon mais continuer de croire en cette idée « qu’il ne faut pas hésiter à défendre ses convictions ». « Je n’ai jamais rencontré une seule pensée à l’Ices, poursuit-il. J’y ai appris l’échange. Au bout du bout, je dirai même que dans toutes convictions, l’endogamie n’a rien de bon. »

Autre héritier direct, Yannick Moreau. Originaire de Pornic, celui qui est actuellement membre du comité exécutif de la Fondation-Ices fréquente les bancs de l’Ices entre 1993 et 1997. Quatre années durant lesquelles l’étudiant découvre « l’engagement politique et l’action de Philippe de Villiers ». Alors qu’il poursuit un DESS en droit des affaires à Nantes, « Hervé Grollier m’appelle et me dit que Philippe de Villiers cherche un assistant parlementaire ». Yannick Moreau sera finalement embauché au cabinet du président du Département pendant neuf ans. Avant de se lancer à son tour dans la vie publique.

D’abord élu maire MPF d’Olonne-sur-Mer, en 2008, c’est sous la bannière UMP qu’il devient député de la 3e circonscription, en 2012. Pendant sa mandature, Yannick Moreau rencontre Bachar al-Assad à Damas, devient membre influent de l’Entente parlementaire pour la famille, ferraille contre la loi Taubira à l’Assemblée, participe ardemment à la Manif pour tous dans les rues de Paris et de Vendée. En cela, toujours épaulé par Gonzague de Chantérac, son fidèle assistant parlementaire « à trois quart temps », qui s'occupe « le reste de la semaine et les week-ends, des réseaux sociaux de la Manif pour tous », comme il l'expliquait dans l’émission Mots croisés, sur France 2, le 6 octobre 2014.

Des lobbyistes proches de la "Manif pour tous"

Toujours un portable à la main, Gonzague de Chantérac, 28 ans, autre ancien de l’Ices, est devenu un habile lobbyiste de la droite catholique légitimiste française. Ex-président régional du CNI, un petit parti à la droite de la droite, responsable national du syndicat étudiant UNI, délégué CFTC à l’Assemblée nationale, un temps employé par Mitt Romney pour défendre en France la candidature de l’ex-gouverneur mormon face à Barack Obama, celui qu’on appelle aussi « G2C » est chroniqueur régulier sur Radio Notre-Dame et collabore au site d’extrême droite Boulevard Voltaire. Il est aussi conseiller national des Républicains et… chargé de cours à l’Ices.

« J’y interviens depuis quatre ans auprès des étudiants en première et troisième année de Sciences politiques, indique-t-il à Mediacités. A mon époque, les enseignements n’étaient pas très professionnalisants. On regardait la science politique du seul côté philosophique, on ne nous préparait pas à l’après. Moi, je suis là pour leur apprendre à débattre. A lire aussi bien du Bastien François (Ndlr: universitaire, militant écologiste, spécialiste de la VIe République) que du Frédéric Rouvillois (Ndlr: ancien de l’Action Française, juriste spécialiste de la Ve République). Surtout, je suis là pour leur donner des outils efficaces. Je continue à leur apporter cette forme d’ouverture que j’ai trouvé à l’Ices. Sans jamais oublier l’objectif de la bataille culturelle. »

« Un acteur qui forme une jeunesse catholique engagée dans la société »

Ce pont assumé entre réflexion et action politique, Philippe-Henri Forget finit par le reconnaître du bout des lèvres. « J’espère que je n’en dis pas trop, souffle le chargé de com de l'Ices, après quarante minutes d’un entretien serré. Mais oui, l’Ices est un acteur qui forme une jeunesse catholique engagée dans la société. » Reste à ces lointains héritiers de l'alliance Villiers-Pasqua à « réussir la recomposition de la droite ». Tous ne sont pas d’accord sur la méthode pour y parvenir. « Si je partage beaucoup de points avec Guillaume Bernard, il a peut-être une vision trop universitaire, analyse Gonzague de Chantérac. Je pense, au contraire, qu’il faut investir le terrain, saisir le fonctionnement et la sociologie des organisations politiques pour s’inscrire à la fois dans les partis et dans la durée. »

Peu avare en anecdotes, « G2C » poursuit : « Je me souviens qu’en 2007, Aurélien Martin et d’autres me moquaient gentiment parce que j’avais pris ma carte à l'UMP plutôt qu'au MPF. Or s’il est indéniable que l’empreinte de Philippe de Villiers reste et restera à jamais ancrée en Vendée, la citadelle a fini par tomber. » Assumé, ce discours séduit la nouvelle « génération Ices ». A l’image de Thomas Tihy, responsable des jeunes avec Retailleau et ancien candidat aux régionales. Ou encore de Walter Schoepfer et de Jean Legrip, étudiants en licence de Sciences politiques : le premier a été élu à la tête des Jeunes Républicains de Vendée en avril 2016, le second nommé responsable de Sens commun pour le département.

Émanation politique de la Manif pour tous, Sens commun a également vu passer Anne-Sophie Fagot dans ses rangs. Élue à La Roche-sur-Yon en mars 2014 sur la liste « Energie nouvelle » (Ndlr: attelage des droites qui a mis fin à 37 ans de règne socialiste sur la préfecture vendéenne), cette avocate, formée à l’Ices, devient adjointe au maire chargée de l’Education, jusqu’à sa démission surprise, le 26 avril 2017. Officiellement pour cause de difficulté à mener de front ses « engagements politiques, [ses] projets familiaux et [sa] vie professionnelle ». Officieusement, elle a été poussée vers la sortie suite aux actions de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE), de sensibilité de gauche, résolument engagée contre la refonte envisagée de la politique scolaire municipale.

Autre ancienne de l'Ices investie dans la politique municipale, Maud Doat. Cette conseillère à l’apprentissage de la langue française et au soutien scolaire finira, elle-aussi, par démissionner « pour raisons personnelles ». Née à Versailles, diplômée en Lettres modernes, Maud Doat en a profité pour créer une école hors-contrat à son domicile de La Roche-sur-Yon, où les dix-sept enfants déjà inscrits sont invités « à s’agenouiller pour prier et à déposer chaque matin des grains de blé pour matérialiser les petits sacrifices du quotidien ». Elle est mariée à Jean-Baptiste Doat, ancien secrétaire général adjoint de Mgr Castet, fils de Bertrand Doat, nommé président de l’Ices par intérim, en juin 2012, avant d’être remplacé, en juillet 2013, par Eric de Labarre.

Proche de l’Église et du Vatican

On l’a vu, si Mgr Paty avait d’abord refusé la main tendue par Philippe de Villiers, Mgr Alain Castet n’a jamais eu cette retenue. L’actuel évêque de Luçon parle même de l’Ices comme « de notre Institut ». Autour de lui, on retrouve – inévitablement – quelques anciens, comme Grégoire Moreau, diplômé d’histoire, qui cumule les postes de directeur de la radio RCF Vendée et de directeur de la communication de l’évêché. Ou encore Valentin Josse, maire de Mouilleron-Saint-Germain, conseiller général (LR), membre du comité exécutif de la Fondation-Ices et président du conseil d’administration de RCF Vendée.

Une proximité Ices-évêché bien utile, notamment lorsqu'il s'agit d'aller chercher des soutiens au plus haut niveau ecclésiastique. Trois ans seulement après sa création en 1990, l'Ices se voit "accorder son indépendance pédagogique" par l'Université catholique de l'Ouest. Une manière aussi pour la Catho d'Angers de prendre ses distances. De son côté, Philippe de Villiers explique à qui veut l'entendre "que l'Ices a grandi sous le parapluie de l'UCO et, très vite, n'en a plus ressenti le besoin". Deux versions pour une même réalité... Pédagogiquement indépendante, l'Ices doit se trouver une affiliation universitaire solide. Ce sera le cas, en 2010, quand Mgr Castet finit par obtenir du Vatican, les fameux "statuts canoniques" tant recherchés. "Cela nous a ouvert les portes du réseau international des Instituts supérieurs catholiques de Rome", se félicite celui qui est depuis devenu chancelier de l'Ices.

Invité à célébrer les vingt-cinq ans de l’établissement, une semaine seulement après les attentats du 13 novembre 2015, l’évêque s’est fendu d’un prêche auquel nous avions assisté : « Au regard de ces événements, nous devons penser une réalité religieuse capable de structurer toute une société dans ses faits et dans ses gestes, lance-t-il devant un parterre où les cols romains rivalisent avec les costumes-cravates. En cela, l’Ices est une Providence. Ecoutons la parole de Dieu telle qu’elle nous est donnée, telle qu’elle nous parle... Soyons dociles dans une obéissance consciente. » Dans l’élan de cette pénitence commune, plusieurs étudiants de la 25e promotion de l'Ices mettent un genou à terre, pour se recueillir et prier.