Notre-Dame-des-Landes : après l’aéroport, la bataille pour les terres de la ZAD

Le gouvernement devrait annoncer d'ici à fin janvier s'il enterre ou non le projet d'aéroport du grand ouest. S'il l'abandonne - comme cela semble se profiler - la victoire des irréductibles opposants signerait aussi l'éclatement de leur coalition hétéroclite, confrontée à la question qui fâche : que faire des terrains ?

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Rassemblement contre la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le 27 février 2016. Photo: Tristan Reynaud/SIPA

Aéroport de Notre-Dame-des-Landes, tout le monde descend. Avec un peu de retard sur la date initialement prévue, la médiation lancée en juin 2017 a rendu son rapport le 13 décembre au gouvernement. Charge à lui de conclure un feuilleton qui dure depuis 1974, date de constitution de la zone d'aménagement différée (ZAD), renommée "zone à défendre" par les opposants. L'alternative est connue : conserver l'aéroport actuel de Nantes ou laisser le groupe Vinci en construire un autre, sur 1600 hectares répartis essentiellement sur les communes de Vigneux-de-Bretagne et de Notre-Dame-des-Landes, au nord de l’agglomération.
Dans les prétoires, les opposants ont perdu. Soulevant près de 180 motifs, ils ont engagé des dizaines de procédures. La justice leur a donné raison à la marge, les déboutant néanmoins sur l'essentiel, comme la validité de la déclaration d'utilité publique (qui expire en février 2018). Ils ont également perdu dans les urnes. 55,17 % des électeurs de Loire-Atlantique se sont prononcés en faveur du nouvel aéroport lors de la consultation controversée du 27 juin 2016.
Une "ZAD-NDDL" perdue pour l'agriculture tous les 18 mois

Sur le terrain, en revanche, les opposants ont gagné. L'opération César, visant à expulser des zadistes par la force en octobre 2012, a lamentablement échoué. « Il fallait être un génie de la communication pour appeler "César" une opération menée contre un village d'irréductibles en Bretagne... », pointe le géographe Philippe Subra, auteur d'une enquête sur le phénomène des ZAD. Sur les réseaux sociaux, la victoire a été encore plus écrasante. Notre-Dame-des-Landes a suscité une mobilisation hors de proportion avec ce qui reste, malgré sa puissance symbolique et son poids politique, un projet d'envergure régionale.  

 

Problème : focalisé depuis longtemps sur ce petit bout de bocage, l’attention des médias, de l’opinion publique et d’une partie des militants écologistes passe à coté d’un phénomène bien plus préoccupant. Même les anti-NDDL en conviennent : l'avenir de la Loire-Atlantique rurale ne se joue pas sur la ZAD. Chaque année, le département perd environ un millier d'hectares de surfaces agricoles utiles (SAU) sur un total de 450 000 hectares. Certes, « toutes ces surfaces ne sont pas urbanisées, tempère Jean-Philippe Arnaud, de la fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA 44, hostile à l'aéroport mais en retrait de la mobilisation). Certains terrains partent en friche ou deviennent des réserves de chasse ». Il n’empêche : tous les 18 mois, l’équivalent d’un aéroport est soustrait à l'agriculture dans l'indifférence générale.
Front de lutte symbolique
Peu importe. Lancé autour des problématiques de préservation de l'environnement et des terres agricoles, la mobilisation contre Notre-Dame-des-Landes a depuis longtemps dépassé ce cadre. "NDDL" est devenu le sigle d'une lutte plus large, contre les dérives du libéralisme, de l'Etat policier et de l'agriculture intensive. Pivots historiques de la contestation, le collectif des élus doutant de la pertinence de l'aéroport (CéDpa) et l'Association intercommunale des populations concernées par le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Acipa) ont re . . .

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Temps de lecture : 13 minutes

Par Erwan Seznec