Le 21 juin dernier, les nouveaux députés de Loire-Atlantique faisaient leur entrée à l’Assemblée nationale. Pour la plupart novices, ils y déboulaient portés par la vague “En marche” qui a suivi l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée. Comment s’en sortent-ils, six mois plus tard ? Parmi eux, Sarah El Haïry se dit « opérationnelle et assure sa mission à 2000 à l’heure », Aude Amadou se décrit comme « députée à 100 % », tandis que Sandrine Josso se sent « à [sa] place, disponible 24 heures sur 24 ». Toutes les trois ont d’ailleurs arrêté toute activité professionnelle pour se consacrer pleinement à leur mandat qui court jusqu’en 2022. « Impossible » de faire autrement, renchérit Valérie Oppelt qui a fermé sa petite entreprise à l'issue de la campagne législative, quelques mois seulement après l’avoir lancée.

Mais au-delà de ce ressenti, travaillent-ils autant que leurs camarades de l’hémicycle ? Sont-ils assidus en séance, participent-ils en commission, proposent-ils des amendements ? Autant de critères objectifs recensés par le site nosdeputes.fr, dont Mediacités a analysé les données. Nous avons noté de 0 à 10 chacun de ces critères pour établir le classement des députés, selon leur présence et leur assiduité. A ce jeu, et sans surprise, il en est un qui s’en sort très bien : François de Rugy, juché sur son perchoir. A l’aune des quelque 3 500 interventions en séance du président de l’Assemblée, tout député passerait pour taiseux… Nous avons donc écarté les données associées à son nom pour ne pas fausser les calculs.

Sara El Haïry largement en tête, Sandrine Josso en queue de peloton

Restent neuf députés, tous élus sous la bannière LREM, à l’exception de Sarah El Haïry et de Yannick Haury, issus du Modem. Lui a rejoint le groupe parlementaire LREM, pas Sarah El Haïry. Globalement, cette dernière apparaît comme la meilleure élève du département en matière d’activité parlementaire. Elle fait même partie des 150 députés les plus actifs, parmi les 576 que compte l’hémicycle. La seule, en Loire-Atlantique, à se hisser ainsi en haut du classement.

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« Je veux être à la hauteur de la confiance que les électeurs m’ont témoignée, souligne la jeune femme élue dans la 5e circonscription de Loire-Atlantique. Cette confiance oblige à travailler en se donnant à fond ». Derrière elle, Yannick Haury (9e circ.) n’a pas à rougir, au 170e rang. A l’inverse, Aude Amadou et Anne-France Brunet (4e et 3e circ.) font partie des 100 députés les moins actifs. Lanterne rouge, Sandrine Josso (7e circ.) obtient la 553e place sur 576. Celle qui avait suscité la polémique en décalant son arrivée à l’Assemblée nationale de quelques jours pour « faire un peu de tennis avec [ses] enfants », renvoie peu la balle dans l’hémicycle.

Voici, dans le détail, les données de nosdeputes.fr concernant les neuf députés que nous avons étudiés. On y observe que, sur 20 semaines effectives de mandat, Sarah El Haïry n’en a manqué que trois, intervenant 41 fois dans l’hémicycle et 59 fois en commission. A l’autre bout du classement, Sandrine Josso, dont la présence n’a été détectée par le site que dix semaines, comptabilise seulement 18 interventions dans l’hémicycle, aucune en commission.

Ces données sont « incomplètes », juge la députée de La Baule. « La démarche de ce site est intéressante. Les Français ont besoin de savoir comment travaillent ceux qu’ils ont élus, concède-t-elle. Mais je ne vois rien sur le travail en interne, en groupe de travail, en groupe d’étude ou en délégation ». Membre de la délégation aux outre-mer et de la commission du développement durable, elle explique faire « le lien » entre les deux et assure n’avoir pas chômé pendant ces six premiers mois, notamment après le passage de l’ouragan Irma dans les Antilles. La députée – qui tient ses propres comptes - revendique « 350 heures dans l’hémicycle et 50 heures en réunion ». Puisque les parlementaires ont siégé 20 semaines, qu’ils se trouvent à Paris en général trois jours par semaine (du mardi au jeudi), voilà qui équivaut à 400 heures effectuées en 60 jours. Soit des journées de travail d’environ 6h30 chacune. « Un rythme effréné », selon elle.

«L’hémicycle est parfois vide car le travail en commission est prioritaire»

Un mandat de député est « chronophage et énergivore », confie Aude Amadou à Mediacités, « entre deux amendements ». L’ex-championne de handball, co-présidente du groupe de travail sur les JO de 2024, a été désignée rapporteure du projet de loi olympique mi-novembre. « Le sport, c’est de la politique. Le but est de maîtriser le budget et d’avoir des Jeux propres. Mais on va aussi toucher à l’éducation, à la cohésion sociale, à l’urbanisme, aux transports... », s’enflamme-t-elle. Comment se fait-il, alors, qu’elle ne brille pas par son assiduité globale ? « Il faut faire de la pédagogie: si l’hémicycle est parfois vide, c’est parce que le travail en commission, en amont, est prioritaire », justifie-t-elle. Et en commission, justement, l’ancienne sportive de haut niveau remonte dans le classement. [Édition du 15/12/2017: Entre le moment où nous avons extrait ces données, le 8 décembre et la publication de l'article le 14, Aude Amadou a publié un rapport (le 12 décembre) consacré à l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de 2024. Ce qui la fait passer du 521e au 504e rang national].

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Pour établir ce classement complémentaire, nous avons rapporté le nombre d’interventions en commission permanente au nombre de leurs réunions. Ceci afin d’éviter que les membres de la commission des finances, comme Sarah El Haïry, ne soient “avantagés” par le “tunnel budgétaire” de l’automne. Même en gommant cet avantage de calendrier, celle-ci reste parmi les 150 députés les plus assidus en commission. Auteure d’un rapport spécial sur le budget de la vie associative, elle s’est montrée particulièrement « vigilante sur la question de la suppression de la réserve parlementaire, afin que cela n’impacte pas trop le monde associatif. Mon amendement visant à créer une dotation de 30 millions d’euros a fait l’unanimité en commission. Finalement, un amendement gouvernemental a permis de sauver 25 millions. C’est un peu moins que ce que je demandais, mais tout de même », s'enorgueillit l’élue du Modem, soucieuse de «challenger» le gouvernement.

Ce qui passe sous le radar de nosdeputes.fr

C’est une constante, dans la bouche de tous les élus que nous avons pu interroger, qu’ils soient bien ou mal classés : ils ont beau être « représentants de la Nation », leur travail en circonscription est prioritaire, surtout pour des députés débutants. Ce qui est le cas de l’ensemble des élus de Loire-Atlantique, à l’exception de Sophie Errante et d'Yves Daniel, ex-députés PS (et bien sûr de François de Rugy, à part de notre étude). Une activité locale difficile à mesurer – elle n’est, en outre, pas comptabilisée par nosdeputes.fr – derrière laquelle n’hésitent pas à s’abriter ceux qui ne brillent pas par leur présence au Palais Bourbon. « J’ai rencontré plus de 300 personnes sur le terrain en 6 mois », plaide ainsi Sandrine Josso, pour qui cette présence locale du vendredi au lundi, devrait être valorisée au même titre que l’assiduité parisienne. Sans aller jusque là, d’autres reconnaissent aussi son importance. « Il faut écouter les gens qui font, s’appuyer sur les gens qui savent, sur le terrain, afin de mettre en oeuvre des changements pragmatiques et logiques », professe Sarah El Haïry. Même refrain dans la bouche d’Aude Amadou: « Ecouter, être utile, débloquer des situations, maintenir des contrats aidés pour les associations, par exemple », explicite-t-elle.

Enfin, une autre activité demeure elle aussi difficilement quantifiable : celle qu’implique la prise de responsabilités au sein de la machine La République En Marche. Sophie Errante (10e circ.), ex-candidate à la présidence de l’Assemblée, a ainsi intégré le bureau exécutif du parti au congrès de Lyon, le 18 novembre dernier. Si cette responsabilité politique nationale l’occupe forcément un peu plus qu’un simple député, l’ancienne socialiste qui ne brillait pas par son activité avant cette nomination, ne fait guère mieux depuis. Si on la compare aux huit autres députés membres, comme elle, de ce bureau exécutif, elle accuse même un certain retard. Au 520e rang des députés en général, elle se classe 267e si l’on ne tient compte que des 309 députés LREM, largement distancée par Richard Ferrand (113e au classement général, 18e au classement LREM) et ses sept autres camarades.

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Pourtant «l'agenda parlementaire de Sophie Errante est plus que rempli», assure son entourage. Ses nouvelles responsabilités se cumulent en effet à de nombreuses autres missions. Présidente de la Commission spéciale du projet de loi "Pour un Etat au service d'une société de confiance" qui instaure le fameux “droit à l’erreur”, Sophie Errante est aussi présidente du groupe France de l'Union interparlementaire. Elle co-préside également un groupe de travail sur le thème de la simplification, dans le cadre du plan d’action du gouvernement pour la croissance et la transformation des entreprises. Autant de structures qui exigent des «temps de présence» que le site nosdeputes.fr ne comptabilise pas. «Ce serait pourtant bien de prendre en considération ce travail», ajoute-t-on.

Un cumul des casquettes dont Valérie Oppelt, assez mal notée, elle aussi, ne peut pas faire étalage. Au 432e rang général, cette dernière fait partie des 150 députés les "moins actifs" de l’hémicycle. Certes, elle y est autant présente que Sarah El Haïry, mais elle n’a encore jamais pris la parole en séance. « Notre groupe est plus important que ceux de l’opposition, tout le monde n’a pas encore pris la parole », justifie-t-elle. « Et puis les grandes lois qui concernent la commission des affaires économiques, dont je suis membre, arriveront plus tard. La seule qui soit passée concernait les hydrocarbures, pas vraiment mon sujet », ajoute la députée plutôt branchée entreprises, qui préfère intervenir dans les groupes de travail sur la croissance des entreprises ou le secteur touristique.

Cette ancienne référente du mouvement En marche en Loire-Atlantique est pourtant un pilier du parti majoritaire à l’Assemblée. Elle fait partie de la dizaine de “whips” sortis des rangs de LREM. Les "whips" ? Non, vous n’avez pas zappé sur un épisode de House of Cards… « Ce rôle n’est pas institutionnel en France », explique Valérie Oppelt. Ces députés un peu spéciaux – un par commission - sont des « coordinateurs » qui « s’assurent que les consignes de vote sont respectées » et, ironie de la chose, « veillent à l’assiduité de [leurs] collègues », expliquait en septembre le quotidien L’Opinion. « Je distribue les rôles et les postes aux députés LREM de la commission. C’est un rôle très prenant », renchérit Valérie Oppelt. Un travail de l’ombre, nécessaire mais difficilement quantifiable. Pas étonnant, alors, que la “whip” ne soit pas mieux classée.

 

Les "marcheurs" marchent-ils au même pas ?

Huit députés sur dix possibles… En juin dernier, les candidats estampillés La République En Marche secouaient la Loire-Atlantique en réalisant un quasi grand chelem (voire un grand chelem, si l’on se souvient que le parti d’Emmanuel Macron ne présentait pas d’adversaires face aux deux candidats Modem). Mediacités s’est donc demandé comment ces derniers s’en sortaient par rapport aux autres députés de groupe LREM, en termes d’assiduité et de participation. Réponse : globalement pas trop mal.

Sur plusieurs critères, Yannick Haury (élu sous l’étiquette Modem mais rallié au groupe LREM à l’Assemblée) sort ainsi du lot. Au global, il est le 37e député le plus actif parmi les 312 élus LREM, suivi par Audrey Dufeu Schubert (46e). Yves Daniel arrive dans la moyenne (147e), tandis que Sandrine Josso émarge au 294e rang.