A Angers, la folle histoire fiscale des dirigeants d’Afone

Quand les Pieds nickelés font de l'optimisation fiscale... Dès 2011, les dirigeants du groupe de télécoms angevin avaient mis au point un montage passant par le Luxembourg leur permettant d'échapper à l'impôt sur les dividendes. Mais en 2015 un changement de législation les oblige à modifier leurs plans. Et l'histoire, à laquelle se mêle Bercy, tourne au grotesque.

Illustration Afone
Illustration : Jean-Paul Van der Elst

Ce 19 décembre 2017, une voiture se gare à deux pas des bureaux de la société Afone, dans le centre d’Angers. Deux hommes en sortent et s’engouffrent dans le grand bâtiment vitré. L’un d’eux, Cheims Boulal, tente de se frayer un passage pour monter dans les étages. C’est un échec. Il lui faudra attendre dehors la sortie du grand patron, Philip Fournier. Le PDG ne tarde pas à faire son apparition. Boulal l’empoigne : « Donne-moi mon million ! Il est où mon fric, l’argent que tu as volé ? »

Convoqué quelques semaines plus tard au commissariat d’Angers, Cheims Boulal avoue tout : tentative d’extorsion, harcèlement, menaces en tout genre… Le 24 septembre 2018, le trentenaire, condamné à une dizaine de reprises pour des délits mineurs, est reconnu coupable de plusieurs chefs d’accusation et écope de 3 mois de prison ferme. L’histoire pourrait s’arrêter là. Sauf que dans le bureau des enquêteurs, l’homme se met à table et raconte par le menu comment il en est venu à s’en prendre à l’un des notables d’Angers, Philip Fournier. Et son récit n’a rien de reluisant.

Afone (rebaptisée Afone Participations en 2017) a pourtant tout de la success story angevine. Fondé en 1997 et initialement spécialisé dans le marché des entreprises, l’opérateur de télécommunications, côté en bourse, s’est ensuite diversifié dans la téléphonie grand public (les forfaits mobiles low cost distribués par Leclerc, par exemple), les paiements électroniques ou la télésurveillance. Plus récemment, le groupe a lancé un service de Wifi public
A Nantes comme à Angers, du Wifi contre de la pub
A partir de 2015, Afone développe un service de wifi gratuit, baptisé WifiLib. Avec 150 bornes wifi quadrillant le centre-ville, Angers devient alors la vitrine du groupe. Mais elle n’est pas la seule. A Nantes, comme dans d’autres communes, le service se développe aussi, grâce à un réseau d’annonceurs locaux. Le principe est simple : l’utilisateur bénéficie gratuitement d’une connexion internet si, toutes les 30 minutes, il accepte de visionner l’une de leurs publicités. Si Nantes et Angers n’ont pas passé directement de partenariat avec Afone, d’autres municipalités ont saut . . .

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Temps de lecture : 8 minutes

Par Hugo Lemonier