Le chrono tourne. Si elle veut accueillir une poignée de matchs du tournoi de football olympique dans le futur stade YelloPark, Nantes Métropole doit remettre sous peu un dossier technique auprès du Comité d’organisation des Jeux olympiques (COJO) de Paris 2024. Il viendra s’ajouter à celui initialement déposé pour La Beaujoire, enceinte « qui convient et qui n’est absolument pas questionnée », comme nous l’a répété le comité d’organisation. Prudent, ce dernier souhaite néanmoins se tenir loin des tensions et atermoiements qui règnent autour du YelloPark avant le vote des élus métropolitains sur la cession des 23 hectares de terrain, prévu pour le 7 décembre prochain. « On ne veut pas être l’outil d’une politique au niveau local », nous explique l'un de ses responsables.              

Profiter d'une loi d'exception

Si le monde olympique français affiche un certain détachement envers le projet YelloPark, les promoteurs de ce dernier s’intéressent en revanche - depuis longtemps et de près - aux JO. Et tout particulièrement à un texte adopté par le Parlement le 26 mars 2018 : la loi relative à l'organisation des Jeux olympiques et Paralympiques de 2024. Grâce à elle, ils espèrent réussir un pari - très - loin d’être gagné (voir plus bas) : faire sortir le stade de terre en moins de quatre ans, désormais. « C’est une loi assez technique dans laquelle l’État valide les engagement pris par Paris auprès du CIO en tant que ville-hôte, décrypte Sylvain Landa, directeur éditorial du think-tank angevin Sport & Citoyenneté. Son objet est de se donner les moyens de livrer les Jeux à temps, notamment au niveau des infrastructures sportives ».

Concrètement, cette loi d’exception permet aux aménageurs d’équipements destinés aux JO de s’affranchir d’un certain nombre des règles normales d’urbanisme. « D’un point de vue juridique, c’est très simple, on est toujours dans l’exceptionnel, explique Maître Amélie Pinçon, avocate spécialisée en droit immobilier. Tout est dérogatoire, les règles d’aménagement et d’urbanisme habituelles ne s’appliquent pas et les possibilités de contestation sont limitées. » Ses articles 9 et 12 permettent, par exemple, de simplifier et d’accélérer considérablement les procédures d’enquête publique, en les réalisant par voie électronique unique. Quant à l’article 13, il facilite les éventuelles procédures d’expulsion. Cet aspect ayant été précisé par un amendement intégré au projet de loi ‎portant Evolution du logement, de l’aménagement et du numérique (ELAN), adopté par le Sénat le 16 octobre dernier.

Article 13 de la loi Olympique
Extrait de la Loi Olympique (article 13)

Amendement à l’Article 5 de la loi ELAN
Amendement à l'article 5 de la loi Elan.

Un sujet « central » pour le tandem FC Nantes-Réalités

Ces dispositions n’ont pas échappé au tandem FC Nantes-Réalités, selon des informations que nous avons pu recouper. En interne, le sujet est même considéré comme « central, étant donné le calendrier très resserré ». Et alors que les oppositions suscitées par le projet sont susceptibles de générer de nombreux contentieux , notamment en matière d’urbanisme et d’environnement.          

« Les recours seraient traités à travers la Loi olympique. L’enjeu, il est là », nous confirme un acteur du dossier. Qui précise : « Il n’y a jamais eu de grande construction de ce type sans qu’elle soit rattachée à une compétition internationale majeure , sinon c’est compliqué d’aller au bout ». Raison pour laquelle, sans doute, l’annonce du projet YelloPark est intervenue le 19 septembre 2017... soit six petits jours après l’obtention de l’organisation des JO de 2024 par Paris.          

Comme nous le confirme la Délégation interministérielle aux Jeux olympiques et Paralympiques (DIJOP), « le périmètre d'application de la Loi olympique et de ses textes afférents est national. Il comprend donc le stade de Nantes s’il est choisi comme stade olympique ». Selon Muriel Jourda, sénatrice LR du Morbihan et co-rapporteure (avec la député de Loire-Atlantique, Aude Amadou) de la Loi olympique, « a priori, tous les sites olympiques choisis doivent pouvoir bénéficier des aménagements prévus dans la loi ».

Si certains soutiens évoquent la fin 2018 ou le premier trimestre 2019, en espérant une communication publique avant le vote des élus de Nantes Métropole, la liste définitive des stades retenus (six ou dix) sera connue « à échéance 2019-2020 » selon le COJO, qui préfère temporiser. « On ne se fixe pas de délais. Nous sommes sur du moyen-long terme. On va analyser les éléments que nous recevrons de la métropole [de Nantes] sur quelques semaines ou quelques mois. Cela fera aussi l’objet de discussions avec la Fédération internationale de Football Association (FIFA) ».

Au nom d’un « maillage territorial » équilibré cher au COJO, le site nantais – quel qu’il soit – a peu de chances de ne pas être retenu dans la mesure où Marseille a été préférée au Grand Ouest pour l’organisation des épreuves de voile. Pour les maîtres d’ouvrage, une certitude : « On entre dans le money time ».

Quels délais pour construire un stade de foot ?

« On n’a plus vraiment de marge de calendrier », nous ont confié plusieurs acteurs du projet. « Pour la Coupe du monde de rugby [à l’automne 2023, ndlr] ça va déjà être juste, c’est sûr », note pour sa part un cadre de Nantes Métropole, qui travaille sur les questions d’urbanisme. De l’annonce officielle du 19 septembre 2017, jusqu’à « l’inauguration du nouveau stade (...) prévue en août 2022 » selon le document transmis par la maîtrise d’œuvre à la Commission nationale du débat public (CNDP), les trois porteurs du projet se laissaient à l’origine cinq ans pile pour que le YelloPark soit érigé.

 

En comparant ce délai avec les dix derniers grands stades construits en France – nous avons exclu les rénovations –, deux constructions furent nettement plus rapides : la MMArena (Le Mans FC), en trois ans, et le stade Matmut-Atlantique (Girondins de Bordeaux), en presque quatre. Deux projets de construction qui suscitèrent peu d’oppositions sur leur principe malgré de gros ennuis post inauguration : dégringolade sportive et financière au Mans, annulation du premier PPP et polémique autour du "naming" (ou dénomination, en bon français) à Bordeaux.

Le stade du Hainaut (Valenciennes FC) et le stade Océane (Le Havre AC) affichent, quant à eux, une temporalité similaire à celle du YelloPark : autour de cinq ans. Mais l'ambition de ces deux projets jumeaux était moindre : moins de 100 millions d’euros de budget pour 25 000 places assises environ.

A Lyon, en revanche, le projet de Parc OL (désormais Groupama Stadium) a bégayé pendant presque une décennie. Il aura fallu tout le poids du duo Jean-Michel Aulas (président de l’OL)-Gérard Collomb (alors maire socialiste) et le secours de la dérogatoire "Loi Euro 2016" pour voir stade sortir de terre contre l’avis d’une dizaine d’associations et de deux communes (l’impact environnemental et l’utilisation d’argent public étaient contestés).

À Lille, c’est l’obstination de la maire (PS), Martine Aubry, qui a permis d’inaugurer Stade Pierre-Mauroy malgré l’annulation d’un premier projet de reconstruction, confirmée par le Conseil d’État, puis des litiges autour du PLU et de la mise en concurrence.

À Nice ou Grenoble, c’est clairement l’entêtement d’édiles influents et inoxydables, Christian Estrosi (LR) et Michel Destot (PS), qui a permis d’aller au bout. D’où l'intérêt de la "Loi olympique" du côté de Nantes… Si le projet de YelloPark obtient bien le feu vert des élus métropolitains en décembre - ou plus tard.