Paris, Lyon, Lille, mais aussi Montréal ou encore Dschang, ville camerounaise de 100 000 habitants avec laquelle Nantes est liée par un pacte de coopération depuis 2002... Entre 2015 et 2018, Johanna Rolland et les élus de la majorité municipale nantaise ont effectué un total de 543 voyages dans le cadre de leurs fonctions, d’après un document que Mediacités s’est procuré (lire En coulisses). Vers des villes à distances diverses, de Saint-Herblain, à 7 kilomètres du centre-ville nantais, à Niigata, au Japon, 20 000 kilomètres aller-retour.

C’est pourtant Paris qui demeure – de très loin – la destination préférée des élus nantais. Avec plus de 350 déplacements en Île-de-France, dont une immense majorité dans la capitale, la région parisienne accueille près des deux tiers des déplacements de Johanna Rolland et de ses adjoints. L’organisation de la République est « décentralisée », comme il est écrit dans la constitution depuis 2003 ? Pas quand il s’agit d’assister à des conférences, des salons ou encore des réunions de travail pour France urbaine, l’association d’élus de grandes métropoles présidée par Jean-Luc Moudenc, le maire de Toulouse, et dont Johanna Rolland est vice-présidente.

Lieux les plus visités

Loin derrière Paris et ses centaines de déplacements viennent Lyon (12 voyages d’élus nantais), Bruxelles (8) et Angers (8), première ville des Pays-de-la-Loire dans ce classement. Situé à seulement 80 kilomètres de Nantes, le chef-lieu du Maine-et-Loire n’attire donc pas plus que la capitale de la Belgique. Les déplacements intra-régionaux sont d’ailleurs rares (16 au total), bien que certains allers-retours entre Nantes et Saint-Nazaire, Saint-Herblain ou Nort-sur-Erdre aient été effectués, principalement pour assister à des colloques et salons à portée locale. Alors que la fameuse « alliance des territoires » est devenu l'un des mantras de Johanna Rolland, qui plaide pour des liens plus étroits entre urbain, péri-urbain et rural, mais aussi pour de meilleures coopérations avec les métropoles de Rennes ou d'Angers, les faits semblent décidément bien têtus : Paris reste toujours Paris et la décentralisation à la nantaise a encore du mal à émerger. 

Johanna Rolland, la carte fréquence +

Individuellement, c’est sans surprise la maire de Nantes, Johanna Rolland, qui a effectué le plus grand nombre de déplacements ces dernières années. Entre son élection en mars 2014 et la fin de l'année 2018, 56 voyages sont à l’actif de l’édile, également présidente de la métropole. Et, sans plus d’étonnement, c’est à Paris qu’elle a effectué l’immense majorité de ses déplacements comme maire de Nantes : 54, soit plus de 81 % du total. Seuls deux déplacements hors de la capitale ont été relevés dans le document fourni par la mairie de Nantes : l’un à Sarrebruck, pour fêter les 50 ans du jumelage avec cette ville de l’ouest de l’Allemagne ; l’autre à Cologne, pour la finale de la Ligue des champions de handball 2018, perdue par Nantes face à Montpellier. Mais notre décompte ne recense que les voyages effectués pour le compte de la ville de Nantes. Manquent notamment ceux réalisés par Johanna Rolland en tant que présidente de Nantes Métropole ou encore ses allers-retours quasi-hebdomadaires dans la capitale, pour assister au bureau politique du Parti socialiste.


Dans le classement des routards de la mairie suivent Marie-Annick Benâtre, adjointe à Johanna Rolland chargée de la santé publique, de la précarité et de la grande pauvreté, Rachel Bocher, adjointe à l’accueil des nouveaux Nantais et à la francophonie, et Gildas Salaün, adjoint notamment chargé des coopérations internationales et des relations nord-sud. Avec Catherine Bassani, chargée à la mairie de la santé environnementale, ils sont les quatre adjoints ayant effectué, de 2015 à 2018, 30 déplacements ou plus en leur qualité d’élus. Si les présences de Marie-Annick Benâtre et Catherine Bassani en haut de classement peuvent étonner, elles ont toutes deux dû se rendre régulièrement à Paris : la première pour représenter Nantes lors des rencontres du réseau français du programme Villes-santé de l’OMS, la seconde dans le cadre du plan national santé et environnement (PNSE 3).

D’autres élus de la majorité semblent en revanche bien plus sédentaires. C’est le cas, par exemple, de Pascal Bolo, premier adjoint de Johanna Rolland. Deux voyages seulement en cinq ans, selon le document de la mairie de Nantes. Sa position d’adjoint aux finances l'inciterait-elle à faire des économies sur les déplacements ? Probablement pas. On le sait, ses -très- nombreuses délégations l'amènent très souvent à quitter la cité des Ducs, pour Paris, notamment. Des frais qui ne sont apparemment pas pris en charge par la ville de Nantes, mais sans doute par la Métropole, ou par les institutions qui le reçoivent. Chose amusante, ses deux missions pour la ville concernent d’ailleurs... le sport, dont il est responsable à la métropole, et non à la mairie. C’est pourtant la commune qui a financé ses déplacements, pour un match du FC Nantes à Saint-Étienne et pour la finale 2015 de la Coupe de France de handball. Il «représentait la maire » en sa qualité de premier adjoint, justifie la mairie. Quant à savoir si Pascal Bolo a effectué des déplacements dans le cadre de son mandat métropolitain, la tâche est plus ardue: sollicitée, Nantes Métropole ne nous a pas fourni le récapitulatif des déplacements effectués par les élus qui y siègent.

58 000 euros de dépenses par an, en moyenne

Si l'on s'intéresse cette fois au nombre de jours passés hors de Nantes pour des raisons officielles ces quatre dernières années, on retrouve en haut du classement Johanna Rolland (108 jours), devancée néanmoins par Gildas Salaün. Sans surprise, l'adjoint chargé des relations internationales est celui qui, avec Rachel Bocher (francophonie) se déplace le plus loin et donc le plus longtemps. Au total, il aura passé 144 jours loin de Nantes ces quatre dernières années, principalement à l'étranger.

Dans le document transmis par la mairie de Nantes à Mediacités figurent donc les dates et lieux des déplacements officiels effectués par les élus nantais, mais aussi les frais impliqués : hôtel, transports, dépenses annexes. Au total, les déplacements des élus nantais auront coûté un peu plus de 232 000 euros à la collectivité en quatre ans (nous n'avons compté que les années complètes), soit 58 000 euros par an en moyenne. Entre 2015 et 2018, le total des frais engagés pour le déplacement des élus a augmenté d'environ 30%, passant de 50 370 euros à plus de 65 000 euros. Une croissance liée, notamment, à celle du nombre de jours passés par les élus municipaux à l'extérieur de Nantes: un peu plus de 300 en 2018, contre 215 en 2014.

Trois nuits d'hôtel pour 1766 euros

Si dans leur grande majorité les dépenses engagées par les élus nantais restent raisonnables, certaines dépenses comme les déplacements d'élus communistes à un salon des collectivités interrogent (lire notre article ici). D'autres frais semblent même exorbitants, comme ces trois nuits passées par Johanna Rolland dans des hôtels parisiens, en mai 2018 puis deux fois en septembre de la même année, pour respectivement 591, 710 et 465 euros. Explications de la mairie : les informations sur le premier déplacement - un voyage en Russie au sein d’une délégation présidentielle - ont été « transmises par l’Élysée tardivement » ; le deuxième déplacement - une conférences des villes de France urbaine - a été « validé tardivement au regard de l’agenda nantais » ; le troisième - une réunion des présidents de métropoles - a été « organisé dans un délai trop court au regard des disponibilités des présidents ». En outre, la mairie a perdu 5 000 euros en hôtels et transports pour des déplacements qui n’ont finalement jamais eu lieu, mais ont été annulés trop tard pour donner lieu à des remboursements.

Gildas Salaün, le routard de la mairie de Nantes

Qu’il s’agisse des sommes dépensées ou des distances parcourues, un homme arrive nettement en première position : Gildas Salaün. En charge des coopérations internationales, il a en toute logique parcouru la planète depuis la mise en place de l’équipe municipale, en 2014. Anvers (Belgique), Yaoundé, Douala et Dschang (Cameroun), Grand’Anse (Haïti), Rufisque (Sénégal), Agadir (Maroc), Porto (Portugal), Montréal (Canada), Tel Aviv (Israël), Ouidah et Cotonou (Bénin), Genève (Suisse) : l’adjoint de Johanna Rolland a parcouru, entre 2014 et 2018, près de 180 000 kilomètres, soit quatre fois et demi le périmètre de la Terre, pour des dépenses de plus de 35 000 euros sur la période. En charge de la francophonie, Rachel Bocher a fait à peine moins de 100 000 kilomètres, de la République du Congo au Liban, pour beaucoup au fil des rencontres de l’association internationale des maires de France.

A l’inverse, tout en bas du classement arrive Franck Noury. Rien d’étonnant : il est adjoint aux circuits courts. L’élu a effectué, selon la mairie, un déplacement officiel en quatre ans. Le document ne dit pas s’il a pris le tramway.

Fin 2018, lors d'un conseil municipal, les élus de la minorité formulent à Johanna Rolland la demande suivante : obtenir la liste des déplacements effectués par les adjoints et conseillers municipaux cette année là et les frais qu'ont occasionné ces voyages. A Mediacités, nous nous sommes alors dit que s'il était intéressant d'étudier ces voyages sur une année, ce le serait encore plus sur l'ensemble du mandat. Nous avons donc sollicité le service presse pour obtenir cette liste sur les années antérieures. Notre demande a été acceptée et nous avons reçu plusieurs séries de fichiers pdf recensant ces  frais de mission.
Il a fallu ensuite en extraire les données puis les insérer dans un tableur afin de les analyser précisément, calculer le nombre de kilomètres parcourus, les frais totaux engendrés par ces déplacements, etc. Cette étude nous a permis de mettre à jours quelques étrangetés, comme ces curieux voyages effectués par les élus du groupe communiste à Paris chaque mois de septembre. Une histoire qui fait l'objet d'un autre article consultable sur Mediacités.