Mise à jour du 9 octobre à 15h35

D'après nos informations, le conseil d'administration de Centrale Nantes s'est prononcé contre la participation de l'école d'ingénieur au projet de Nouvelle université à Nantes. 17 des administrateurs ont voté contre, douze pour et un autre s'est abstenu. Comme détaillé dans l'article ci-dessous, ce vote met en péril l'ensemble du projet porté depuis trois ans par la direction de l’Université, et largement soutenu par le ministère de l’Enseignement supérieur. Dans un communiqué sibyllin publié quelques minutes après le vote, la direction de Centrale Nantes précise que « le conseil d’administration a toutefois mandaté le directeur de Centrale Nantes pour définir une méthodologie afin de faire avancer les travaux en cours et revenir vers lui à l'occasion de sa prochaine réunion ». Et explique que « au-delà du résultat de ce vote, que la direction constate non sans un certain regret, l’école réaffirme sa volonté de poursuivre rapidement les discussions avec l’Université de Nantes ».

Plus d'informations à venir.

Il y a quelques jours à peine, l’École centrale de Nantes fêtait ses 100 ans d’existence. Un évènement consensuel un peu terni par le vif débat sur l’avenir de l’école d’ingénieur, sixième du classement national établi par l’Étudiant. Ce mercredi 9 octobre, en début d’après-midi, son conseil d’administration doit en effet se prononcer sur l'ultime mouture des statuts de la Nouvelle université à Nantes (NUN), officiellement baptisée Nantes Université. Lancé en 2017, pour faire partie des huit I-Sites choisis par l’État avec d’importants crédits à la clef, ce projet doit aboutir, le 1er janvier 2020, à l’alliage de l’Université, du CHU, de l’Inserm et donc, de Centrale Nantes. Mais selon des informations recoupées par Mediacités, la partie semble loin d'être gagnée.

« Quasiment tous les administrateurs élus y sont opposés désormais. Quand on fait le compte [avec les administrateurs nommés], on est autour de 15-16 pour et 15-16 contre . C’est très serré. Les présents, "les extérieurs", changeront beaucoup de choses… », détaille un administrateur. « Le non a une petite avance. Il pourrait gagner », confirmait mardi un autre des votants. Les comité technique et CHSCT de Centrale se sont d’ailleurs déjà prononcés contre (de justesse), lundi 30 septembre. Tout comme ses trois derniers directeurs, dans une lettre qui circule largement en interne et que nous nous sommes procurée.              

On peut y lire : « Le résultat d’une intégration de Centrale Nantes comme "établissement-composante" de la NUN est connu d’avance : arrêt brutal de son développement et recul rapide et majeur sur tous les secteurs de son activité […]. Il appartient donc à chacun et en particulier à la Gouvernance de l’École de faire les choix qui s’imposent pour préserver son Avenir [sic]. »

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Objectif top 14 et réélection

Ces derniers jours, la pression est montée si haut, que l’on se croirait dans les ultimes instants d’une commission d’investiture de parti ou dans les coulisses d’un congrès syndical. Chose inhabituelle, le vote aura d’ailleurs lieu à bulletins secrets et non à main levée. « Il y a un fort enjeu, car tout [le projet de fusion] peut tomber à l’eau, reconnaît un administrateur. Des membres de la liste U2020 de l’Université [majoritaire, dans le sillage du président Olivier Laboux, ndlr] ont appelé et rencontré des administrateurs de Centrale à plusieurs reprises pour les convaincre que le projet était bien ». D’enseignant à enseignant, d’étudiant à étudiant, à chaque strate on tente de convaincre ses vis-à-vis. Olivier Laboux - qui ne « souhaite pas s’exprimer pas avant le vote », fait-il savoir via son service presse - s’activerait d’ailleurs personnellement en coulisses.

Les conséquences seraient en effet lourdes pour un projet porté depuis trois ans par la direction de l’Université, et largement soutenu par le ministère de l’Enseignement supérieur. « Dès sa mise en place en 2020, la nouvelle université à Nantes entrera dans le Top 14 des grandes universités de recherche en France : un atout majeur en termes de rayonnement international et d’attractivité » plaide régulièrement le président Laboux, qui ne pourra effectuer un nouveau mandat l’année prochaine que si le projet Nantes Université aboutit. « Si l’École Centrale ne rentre plus dedans, ça ne pourra se faire en janvier. Il faudra tout reprendre à zéro avec d’autres fondateurs [l’École nationale d’architecture de Nantes (ENESA) est souvent citée, ndlr], ou alors on abandonne et chaque établissement reste ce qu’il est », estime Taklit Sami, administratrice de l’Université et membre du Snesup-FSU.              

Un statu-quo sur lequel pourrait bien déboucher le conseil d’administration de Centrale. Car les oppositions s’additionnent au sein de l’école d’ingénieurs. D’abord, Arnaud Poitou, son contesté et controversé directeur, fait lui-même mollement campagne pour le « oui ». Pas assuré des pouvoirs qui lui échoiraient dans un nouvel ensemble, il a successivement « fait » voter son CA pour la fusion avec l’Université, puis contre (en 2017) puis à nouveau pour (en 2018). « Il n’y aura aucune communication avant le résultat du vote », a répondu la direction communication à nos demandes d’interview. « Quand il parle du projet, que ce soit en conseil d’administration ou en public, il ne fait pas de zèle pour le défendre. En privé, il est clairement contre », déplore de son côté un dirigeant de l’école, qui préfère rester anonyme.

Non « de gauche » et non « de droite »

Surtout, Arnaud Poitou doit désormais faire face à un véritable contre-pouvoir au sein de son conseil d’administration. En décembre 2018, la liste d’opposition Unité Centrale y a raflé 70,8 % des sièges d’administrateurs élus. Pour l'un d'eux, Adrien Grellier, syndicaliste SNTRS-CGT, « c’est la ligne contre qui se dégage plutôt chez nous mais chacun est libre de son vote, comme toujours ». Avec des craintes sur la précarisation de l’emploi ou encore la pérennité financière de la recherche et de l’enseignement. Des critiques que l’on retrouve pour partie au sein de l’intersyndicale Univesité de Nantes. Elles se sont d’ailleurs largement exprimées lors de la venue d’Arnaud Poitou au conseil d’administration de l’Université, en tant qu’invité, à l’automne 2018. Ou encore il y a quelques jours, lorsque son homologue de l’Université est venu participer à un séminaire des administrateurs de Centrale Nantes.

Mais une autre opposition, plus élitiste et historique, fait entendre sa voix au sein de l’école d’ingénieur. Outre les trois anciens directeurs précédemment cités, l’association des anciens et actuels élèves de l’école, Centrale Alumni Nantes (13 000 membres !), s’est largement positionnée contre le projet, le 14 septembre dernier, comme le rapporte Ouest-France. Pour eux, l’alliage mis sur pied met en danger le prestige et le nom de Centrale Nantes.

Dans un long entretien accordé à la revue Place Publique avant l’été et publié ce 8 octobre, le président de l’Université de Nantes, Olivier Laboux assure « [qu’]aujourd’hui, les directions des établissements sont parfaitement en phase et se disent que ce projet est une opportunité. Au-delà des statuts qui sont le contrat de mariage, ce que nous vivons tous les jours au niveau des directions et sur le terrain se présente sous un jour extrêmement favorable. Il y a les déclarations d’amour et les preuves d’amour, les preuves sont là. » Le vote de cet après-midi dira s'il avait vu juste ou bien s'il contemplait alors les derniers feux d'une liaison déjà morte.

Thibault Dumas
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.