Bidule municipales 2020

A la grande école de la vie politique, les candidats En Marche aux élections municipales font partie des « première année ». Des débutants, souvent inconnus, pour qui le bachotage est de rigueur. Dernier cours magistral en date : la sécurité, avec comme professeur principal Jean-Michel Fauvergue. Le CV de l’intervenant en jette : 40 années passées dans la police, dont les quatre dernières à la tête du RAID (il était présent notamment lors de l’assaut contre les terroristes du Bataclan, le 13 novembre 2015). Élu député de Seine-et-Marne en juin 2017, il préside désormais un groupe « sécurité » à l’Assemblée Nationale. Fort de ces qualifications, le « Monsieur sécu » de La République en Marche distille son savoir à l’occasion des élections municipales.

Le 21 novembre dernier, c’est donc à Nantes qu'il officiait. Après une discussion avec des syndicalistes de la Semitan (transports publics) et de la police, direction le local de campagne de Valérie Oppelt, pour un grand oral. Rue Voltaire, à deux pas de la place Graslin, une vingtaine de candidats LREM en Loire-Atlantique (outre Valérie Oppelt, on y trouvait entre autres, Yves Armand, François-Xavier Le Hécho et Yannick Louarn, respectivement têtes de liste à La Montagne, Châteaubriant et Rezé) ou de collaborateurs se pressent autour du professeur. Qui réservera néanmoins l’essentiel de ses conseils à la candidate nantaise. « Ne perds pas ton temps à demander des effectifs de policiers nationaux supplémentaires. C’est perdu d’avance ! », lui lance, par exemple le co-auteur d'un rapport parlementaire en partie consacré aux polices municipales. Les effectifs, on les a. La France est l’un des pays européens qui a le plus de policiers par habitant. Au mieux, tu auras trois policiers supplémentaires et ça ne se verra pas sur le terrain. Ce qu’il faut, c’est réorganiser la police nationale. Diminuer le nombre de personnes dans les états-majors et les mettre dans la rue. »

Tout à son exposé, le prof' Fauvergue s’emballe un peu. D’abord, il exagère franchement lorsqu'il affirme que la France compte le plus de policiers par habitant en Europe. D’après Eurostat, le très sérieux Office européen de la statistique, notre pays ne figure qu’en 15e position avec 326 policiers pour 100 000 habitants derrière des pays comme l’Espagne, le Portugal, l’Italie ou Chypre (la moyenne de l'Union européenne était de 318 policiers pour 100 000 habitants en 2016). Il semble ensuite oublier que le maire n’est pas compétent en matière de police nationale et que ses recommandations auraient plus de chances d’être entendues si elles étaient adressées à Christophe Castaner ou Emmanuel Macron plutôt qu’à Valérie Oppelt…

Police officers

Autre idée hors compétence municipale lancée aux élèves attentifs : « Au niveau départemental, il existe deux salles de commandement, une police et une gendarmerie. Elles font la même chose. Il faut regrouper tout ça ! » Toujours un peu hors sujet, l’ex-patron du RAID analyse ensuite le système judiciaire français, dénonçant avec force « les peines qui ne sont pas exécutées» ou « le délai beaucoup trop long entre un dépôt de plainte et le passage devant la justice ».

Jean-Michel Fauvergue regarde sa montre. Le temps passe. L’heure est venue de passer à la leçon que les apprentis candidats attendent avec impatience : le rôle de la police municipale et son armement. Et là, retour au bon vieux « en même temps » macroniste. « L’armement de la police municipale ne doit pas être autorisé mais il ne faut pas non plus se fermer à cette idée, explique l'expert. Il faut le faire accepter progressivement à la population. Mais l’important, ne n’oubliez pas, c’est l’humain. Vous gagnerez la campagne si vous dites "les policiers municipaux seront en contact direct avec la population". » Et sur cette question, Jean-Michel Fauvergue a un conseil pratique : « Incitez vos policiers municipaux à aller dans la rue et évitez les véhicules. Les flics, ils sont comme vous. Quand ils sont dans leur voiture, ils passent leur temps sur leur téléphone ! »

L’ancien policier prévient : « attention à ne pas vous faire vampiriser par la police nationale. Ok pour un travail en collaboration mais chacun à sa place ! » Dans l’assistance, on lui souffle que la convention de coordination entre les forces de sécurité de l’État et la police municipale de Nantes n’a pas été reconduite depuis l’année dernière. A voir. Après vérification auprès de la mairie de Nantes, cette dernière aurait en réalité été renouvelée en mai dernier.

Dernière leçon à retenir du cours : « Pendant la campagne, n’hésitez pas à évoquer les nouvelles technologies. Par exemple, l’augmentation du nombre de caméras de surveillance, l’utilisation des drones et la reconnaissance faciale. C’est clair que tout cela arrivera un jour. Même si, pour la reconnaissance faciale, la CNIL – cette merveilleuse commission que le monde entier nous envie – a dit non… », ironise-t-il.

Les membres de cette institution chargée de veiller à la protection de nos données personnelles apprécieront... Quant aux candidats absents lors de ce cours magistral, ils pourront toujours rattraper leur retard en potassant les 200 « fiches recettes » qui seront envoyées prochainement par le parti présidentiel à ses candidats aux municipales pour la préparation de l’examen final en mars prochain.

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Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).