«Elle nous a fait la cérémonie des vœux en milieu d’année ! » La réaction de cet agent de Nantes Métropole à l’issue du webinaire de Johanna Rolland est sans appel. Pour suivre discrètement ce deuxième rendez-vous numérique de la maire-présidente avec son personnel municipal et métropolitain, Mediacités a pris place au côté de ce fonctionnaire territorial, chez lui, derrière son écran d'ordinateur. Le premier webinaire avait eu lieu en janvier, en lieu et place de la traditionnelle cérémonie des vœux, mesures sanitaires obligent. « Il avait été apprécié dans les services, raconte Aïcha Bassal, adjointe (PS) au maire et vice-présidente de Nantes Métropole en charge du personnel. Johanna Rolland a souhaité renouveler l’opération pour pouvoir s’adresser de façon fluide et directe aux agents, et même répondre à leurs questions », confie la madame RH de la ville et de la métropole présente elle-aussi à ce webinaire.

A l’heure H, 800 agents sur les 7 500 que comptent les deux collectivités sont au rendez-vous derrière leur écran, soit 11 % de participation. Un faible taux qui s’explique, selon Natacha Orial, par l’horaire et le manque de moyens numériques. « Il fallait être au bureau ou en télétravail entre 11 heures et midi pour suivre le webinaire et beaucoup d’agents, notamment dans les écoles, les espaces verts ou au nettoiement n’ont pas le matériel pour », explique la secrétaire de la section CFDT. En guise de session de rattrapage, les agents qui n’ont pas suivi ce rendez-vous en direct pourront le visionner en replay sur l’intranet.           

Des arbitrages à venir sur les investissements

Les quinze premières minutes, Johanna Rolland, face à la caméra installée dans la salle du conseil municipal, salue l’engagement des agents pendant la crise sanitaire, en particulier pour l’organisation des centres de vaccination. « Je ne compte plus le nombre de fois où les habitants me disent à quel point ils ont apprécié le service public pendant cette période. Ces remerciements, ils sont pour vous ! », lance-t-elle, souriante. Viennent ensuite quelques mots d’autosatisfaction sur « les avancées en matière de solidarité et d’écologie », avant d’évoquer la Programmation Pluriannuelle d’investissement et surtout des « arbitrages » à venir...

Tiens donc, des promesses électorales ne seraient donc pas mises en œuvre tout de suite ? « Des arbitrages sur les investissements seront réalisés avant la fin de l’année à la lumière des engagements pris devant les habitants, de la situation financière de la ville et de la métropole et des conclusions de la convention citoyenne », annonce la maire-présidente, sans livrer plus de détails. Comme les citoyens, les agents attendront pour savoir à quelle sauce budgétaire ils vont être mangés.

Après ces quinze minutes de discours, place aux questions des employés de la ville et de la métropole. Pas de visage à l’écran, pas plus que de questions affichées dans le tchat. Une représentante du service de communication fait office de porte-parole des interrogations reçues en direct via une application. « Beaucoup de questions tournent autour des politiques publiques », s’étonne Natacha Orial. De fait, les agents payés pour mettre en œuvre les politiques publiques impulsées par les élus s’interrogent sur les promesses électorales et le bien fondé de ces politiques. Et le ton est plutôt direct. « Je ne comprends pas ce qu’est une ville non sexiste ? » ; « Pouvez-vous expliquer la résilience pour les nuls ? » ; « Pourquoi choisir de faire un « arbre aux hérons » au lieu de répondre aux besoins des habitants que sont la propreté, la sécurité, l’éducation… ? »

La présidentielle ou la mairie de Nantes ?

Plusieurs agents osent même poser la question d’actualité qui fâche : « Avec votre nouvelle fonction de directrice de campagne d’Anne Hidalgo, comment comptez-vous continuer à mener à bien vos engagements et activités au sein de Nantes Métropole et à la Ville ? » Et là encore, pas de confidences. Johanna Rolland répond à ses agents comme elle peut le faire aux journalistes, avec - peut-être - un peu d’humour en plus. Comme avec cette réplique à la dernière question : « Si vous pensez avoir une maire ou une présidente un peu moins à l’affût de "comment ça se passe", c’est un espoir gâché, vous allez être déçus ! »

Quelques questions montrent également que les agents de Nantes Métropole et de la mairie sont aussi des habitants parfois insatisfaits. « Vous parlez beaucoup des classes populaires mais les classes moyennes se sentent de plus en plus appauvries et ne bénéficient pas d’aides sociales. Qu’en pensez-vous ? » ; « C’est impossible de trouver une maison sur la métropole. Que comptez-vous faire ? » ; « Comment gérer l’arrivée importante de migrants ? » ; «Comment répondre aux besoins de déplacement des Nantais, car tout est bouché ! » ; « Comment allez-vous gérer l’invasion des rats dans les quartiers. Ça devient invivable… »

A chaque interpellation, Johanna Rolland apporte une réponse, tantôt complète, tantôt évasive. Mais sans jamais lâcher de nouveautés. Pour les questions plus techniques, elle passe le relais à Aïcha Bassal, comme lorsqu'un agent demande une formation des agents à la transition écologique, thème fétiche de la « sociale-écologiste » présidente de Nantes Métropole. Réponse de l’adjointe au personnel : des formations nouvelles seront proposées dans les prochains mois notamment en lien avec la nouvelle direction « transition énergétique et santé » qui vient d’être créée.

Même si elles ne sont pas majoritaires, certaines questions touchent aux conditions de travail ou de rémunération. Au sujet du télétravail, un agent pointe du doigt le fossé qui se creuse entre « les gens de bureaux et ceux du terrain ». Un autre souhaite la création d’un service métropolitain d’hygiène et de santé. « Une réflexion est en cours » lui répond sa patronne.

Premier désaccord Hidalgo-Rolland

D’autres agents s’interrogent sur les difficultés de recrutement dans la fonction publique et l’éventuelle mise en place d’une « prime au mérite ». Un sujet délicat auquel Johanna Rolland ne ferme pas la porte. « Je vois le directeur des services qui me regarde d’un air inquiet en se disant "Est-ce qu’elle va ouvrir la boîte de Pandore ?" répond la maire-présidente. « Je pense que c’est un sujet qui se regarde car l’engagement dans le travail doit être valorisé », finit-elle par préciser, avant de temporiser : « D’emblée, je dis aux organisations syndicales que ce n’est pas à l’agenda et que cela doit se faire en concertation avec délibérations collectives. »

Si la « prime au mérite » ne semble pas être pour demain, la mise en place des 1 607 heures annuelles de travail dans les collectivités locales, elle, est d’actualité. Cette augmentation du temps de travail doit être effective au 1er janvier prochain. Non sans provocation, le sujet est mis sur la table par un agent qui ne manque pas de faire le parallèle avec la situation parisienne, où Anne Hidalgo a engagé un bras de fer avec le préfet sur l’application de cette loi.

En la matière, le couple Hidalgo-Rolland n’est donc pas sur la même longueur d’onde. « Je n’étais pas demandeuse de cette loi, explique Johanna Rolland. Mais je suis une élue de la République. Mon job est qu’elle puisse être mise en œuvre. Je ne vais pas commenter la situation parisienne, ici on est à Nantes. J’ai demandé une mise en œuvre la plus respectueuse possible de la réalité du quotidien des agents ». Fermez le ban !

Sensé favoriser la communication interne, ce webinaire aura surtout permis aux agents d'interroger leur patronne sur les politiques publiques et les soucis du quotidien des habitants. Un sujet d'étonnement pour la syndicaliste. « Habituellement, nous sommes surtout interpellés sur des questions RH, explique Natacha Orial. On aurait aimé que soient abordés les contrats précaires, la participation employeur à la complémentaire santé, la gestion des emplois... », poursuit la secrétaire de la section CFDT. Des thèmes qui, plus qu’un webinaire, feront sans doute l’objet des prochaines négociations syndicales.

Avatar de Antony Torzec
Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).