Une rupture, c’est forcément douloureux. Surtout quand elle intervient après 65 ans de vie commune et que l’un des membres du couple ne s’y attend pas… C’est ce qu’il s’est passé le 5 octobre dernier quand les Floralies de Nantes, l’un des plus importants évènements horticoles européens (200 exposants, 300 000 visiteurs), ont annoncé qu’après 12 éditions organisées à Nantes, la prochaine, en 2024, se tiendrait au domaine de la Chabotterie, dans la commune de Saint-Sulpice-le-Verdon, au nord de la Vendée…

A Nantes, l’annonce de ce divorce sans consentement mutuel prend tout le monde par surprise. « Nous n’avions pas été prévenu en amont, alors que nous étions ouverts à la discussion », regrette Fabrice Roussel, vice-président (PS) de Nantes Métropole, chargé du tourisme. « Je remarque qu'ils partent en Vendée, mais font le choix de garder Nantes dans leur nom », persifle même la présidente (PS) de la collectivité, Johanna Rolland. Du côté du Comité des Floralies, l’heure est plutôt aux justifications de façade. « Nous voulions nous renouveler, coller à notre époque, en installant les Floralies dans un cadre plus proche de la nature », affirme aux Echos Frédéric Fourrier. Et puis « à la Beaujoire, les bouchons du périph’ nantais étaient un problème », ajoute le secrétaire général du Comité des Floralies dans Presse-Océan.

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Lors de l'édition 2014 des Floralies de Nantes, au parc des expositions de La Beaujoire, à Nantes. / Photo : Thibault Dumas

Le soutien logistique massif du Département de Vendée

Bref, la passion des débuts s’est émoussée et, dans ses vieux atours, Nantes ne plaît plus aux organisateurs du salon. Surtout que, sud Loire, le conseil départemental de Vendée a sorti le grand jeu, comme en atteste la convention validée le 22 octobre par sa commission permanente, que Mediacités a consultée. Ses huit élus (LR, UDI ou divers droite) ne se sont pas contentés de « mettre à la disposition » des Floralies les 46 hectares du domaine de la Chabotterie, ou de faire valoir « sa réputation de terre de grands évènements, (...) berceau du Vendée Globe et terre d'accueil de six Grands départs du Tour de France », comme le rappelle son service de communication. 

Pour séduire, il a aussi fait valoir d’autres arguments. En douze points, la convention consultée par Mediacités détaille tout ce que la collectivité apporte dans la corbeille. De la « mise à disposition des structures/chapiteaux destinés à l’accueil des présentations ornementales et florales », en passant par les « hôtes/esses [sic] », la « sonorisation générale », les « sanitaires », jusqu’aux « matériels et personnel pour aménagements préalables (chariots, chargeurs, mini-pelles, grues…) [re-sic] », le Département prend à sa charge tout ce qui relève de l’organisation. Un soutien logistique massif qui in fine devrait lui revenir relativement cher.

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Combien ? Impossible de le savoir. Dommage pour le citoyen et l’intérêt public mais les deux tourtereaux semblent avoir décidé de ne pas parler d’argent. Pas encore, du moins. « Les points ci-dessus feront l’objet d’une étude précise et d’une validation commune sous forme d’un avenant », reporte à plus tard la convention. Sollicité, le service communication du Département de la Vendée rappelle simplement qu'à ce jour « aucun engagement financier » n'a été pris. Soit exactement ce que répondait le président (LR) de la collectivité à nos confrères du Sans Culotte 85. Dans le numéro de novembre du journal satirique vendéen, Alain Leboeuf reconnaît simplement la mise à disposition du domaine de la Chabotterie plus quelques moyens matériels. Ce qui semble bien en deçà des engagements pris avec cette convention.

L'opacité financière des Floralies

En contrepartie, la collectivité vendéenne bénéficiera des effets du plan de communication des Floralies, mais aussi de 700 entrées gratuites et d’une réduction de 25 % sur le prix des places pour ses agents. On a connu union plus équilibrée. Mais que pèsent les histoires d’argent face à un amour naissant… Méfiance, tout de même, car c’est bien autour de querelles financières qu'a germé le divorce entre les Floralies et Nantes Métropole. En 2019, dernière édition en date marquée par un violent conflit interne aux Floralies, la métropole avait gelé sa subvention de 200 000 euros, qui s’ajoutait à 70 000 euros d’aides en nature par la mise à disposition de jardiniers du service des espaces verts (contre 230 000 euros et 250 000 euros en 2014).

Pour se justifier, la Métropole mettait alors en avant le refus du Comité des Floralies de fournir des documents budgétaires et comptables précis. Une exigence légale encore renforcée par l’opacité financière des organisateurs du salon, entre absence de chiffres et investissements douteux dans l’immobilier de bureaux, comme le racontaient nos confrères de France 3 Pays de la Loire en 2019. Association loi 1901, le Comité des Floralies ne publie pas ses comptes au Journal Officiel. Le chiffre d’affaires généré par chaque édition serait d’environ 6 millions d’euros, au vu du tarif d’entrée à 20 euros.

Sollicité à plusieurs reprises, Frédéric Fourrier, secrétaire général du Comité des Floralies, n'a jamais donné suite à nos demandes d'entretien.

Thibault Dumas
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.