Peut-on cumuler un mandat régional et un autre européen ? Légalement oui. Dans les faits, c'est moins certain. Prenons l'exemple de France Jamet. Cette Lepéniste historique de l'Hérault siège au Conseil régional d'Occitanie depuis 2015. Elle y a présidé le groupe Front National jusqu'en 2017. Cette année là, Louis Aliot, le compagnon de Marine Le Pen, abandonne son mandat d'eurodéputé en raison de la loi de non cumul pour faire son entrée à l'assemblée nationale. Une bonne affaire pour France Jamet qui remise alors son discret costume d'attachée parlementaire locale de l'eurodéputée Joëlle Mélin, pour endosser celui – plus confortable - d'élue européenne. 

Depuis, France Jamet a pris goût à son travail à Bruxelles et Strasbourg où elle a participé à 97,43 % des votes selon le site VoteWatch. Elle figure aujourd'hui en 20e place sur la liste conduite par Jordan Bardella et pourrait conserver son siège si le Rassemblement National renouvelle son score de 2014 (24 sièges obtenus). Toute concentrée à son mandat européen, où elle et son parti n'ont voté pratiquement aucune directive, France Jamet a complètement délaissé le mandat régional qu'une partie des électeurs occitans lui a confié.

D'après les statistiques régionales consultées par Mediacités, l'élue d'extrême droite affiche le plus mauvais temps de présence de toute l'assemblée régionale. Elle n'a assisté l'an dernier qu'à 10 des 38 réunions auxquelles elle était conviée. Soit un total de 28 absences, dont trois seulement ont pu être justifiées. Avec un taux d'absence de 65,79 %, la conseillère régionale est de loin l'une des championnes de l'absentéisme en Occitanie. Une seule élue fait pire qu'elle : Anne-Marie Collard, élue Rassemblement national elle-aussi, absente à 100 % de l'hémicycle régional. D'après nos informations, une grave maladie éloignerait de la vie publique l'épouse et ancienne attachée parlementaire du député (apparenté RN) Gilbert Collard. Sollicitée à plusieurs reprises, France Jamet n'a pas daigné répondre de ce manque d'intérêt pour la chose politique régionale.

Assiduité 2018 élus région

Une autre eurodéputée prend la deuxième place du podium des conseillers régionaux absentéistes : la radicale de gauche Virginie Rozière. En 2018, l'Héraultaise n'a participé qu'à 13 des 22 réunions où elle était attendue. Ses neuf absences injustifiées lui valent un taux d'absentéisme de 40,91 %. « J’ai eu la désagréable surprise de le découvrir il y a quelques mois, admet-t-elle. Ces absences sont liées à mon mandat d’eurodéputée qui a été très intense ces derniers mois et à ma fonction de présidente du Comité régional du tourisme (CRT). Les justifications auraient dû être prises en compte. C’est un dysfonctionnement dont je prends la responsabilité. »

Très impliquée au niveau européen où elle a été rapporteuse parlementaire dans deux dossiers sur les lanceurs d’alerte et les appellations d’origine et les indications géographiques, Virginie Rozière juge conciliables les deux mandats bien que « cela n’est facile pour personne ». La responsable politique devrait moins jongler entre ses différentes fonctions dans les prochains mois. En délicatesse avec la liste PS-Place Publique menée par Raphaël Glucksmann, elle a abandonné début mai sa 10e place sur cette liste et ne briguera donc pas de nouveau mandat au Parlement européen.

La médaille de bronze de l'absentéisme revient à Jean-Louis Meizonnet. Cet autre élu du Rassemblement National a zappé 34,78 % des réunions de commissions sectorielles, inter-commissions sectorielles, séance en commission permanente ou en assemblée plénière où il aurait dû se rendre. À peine moins bien que son compère Jean-Guillaume Remise (RN également) qui affiche 30,56 % d'absentéisme en 2018. Outre ses 11 absences injustifiées à 36 réunions, l'élu a été excusé 13 fois pour de « bonnes » raisons. Sur les 28 élus régionaux adeptes de l'école buissonnière, 9 émargent au Rassemblement National et une l'a quitté en cours de route.

Parmi les autres groupes politiques, c'est l'élu communiste – et là encore héraultais - Nicolas Cossange qui a été le moins assidu en 2018. Son taux d'absentéisme atteint 22,58 % du fait de 7 absences non justifiées à 31 réunions. « Le règlement ne prend pas en compte les absences pour cause de garde d'un proche malade », s'en explique l'intéressé, tout en louant l'intérêt du dispositif mis en place en 2016. Dans le reste de l'opposition, le conseiller régional et adjoint au maire de Toulouse Jean-Jacques Bolzan (UDI) enregistre un taux d'absence de 13,64 %.

De l'autre côté de l'échiquier politique, Jean-Christophe Sellin affiche quant à lui un taux de 9,68 % du fait de ses 3 absences non justifiées. Déjà épinglé l'an dernier, l'élu LFI toulousain n'a pas dû être pénalisé cette fois-ci. Calculé trois fois par an sur une période de quatre mois, le taux d'absences injustifiées donne lieu à une retenue proportionnelle les quatre mois suivants à partir de 10 %. L'indemnité ne pouvant être réduite de plus de sa moitié, les élus pré-cités ont donc dû perdre entre 10 et 50 % de leur rétribution pendant une période de l'année. « Dans le cas où, pour un-e élu-e, cette réduction d'indemnités serait supérieure à la moitié de son indemnité mensuelle, ladite réduction serait pour partie reportée et étalée sur les mois suivants », précise cependant le règlement.

« Il ne s’agit pas de créer de la défiance là où il y en a déjà beaucoup envers les élus mais bien de mettre les élus face à leurs responsabilités »

L'Occitanie n'est pas la seule à lutter contre l'absentéisme de ses conseillers régionaux. L'Île-de-France a, par exemple, durci sa politique en la matière en 2018. Le Conseil régional d'Occitanie est toutefois le seul à notre connaissance à rendre public - sur demande - la liste des élus absentéistes. « Il ne s’agit pas de créer de la défiance là où il y en a déjà beaucoup envers les élus mais bien de mettre les élus face à leurs responsabilités avec un suivi interne renforcé et transparent, indique Carole Delga, la présidente (PS) de Région. Ce dispositif leur impose un suivi plus régulier et plus rigoureux de leurs justificatifs de présence. La grande majorité joue le jeu : plus de 80% des élus régionaux affichent un taux d’absence de 0%. »