Voyage en « absurdie » au Centre de rétention de Cornebarrieu

En bordure des pistes de l’aéroport de Toulouse Blagnac, loin de tout, se trouve l’un des 24 centres de rétention administrative français. À l’intérieur, des étrangers en situation irrégulière attendent de connaître leur sort : l’expulsion ou la libération. Mediacités a tenté de comprendre le fonctionnement de cette prison qui n’en porte pas le nom. Reportage.

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Le jeudi 10 septembre, une vingtaine de personnes ont manifesté devant le CRA de Cornebarrieu. / © Philippine Kauffmann

CHAPITRE 1 : “Ils font ça pour nous dégoûter de la France et ça marche !”
Le CRA de Toulouse détient le record de France de la durée moyenne de rétention : 20 jours. Louisa y est enfermée depuis plus de 2 mois.

« Je déteste la France. » Louisa* a beaucoup hésité avant de parler. Il faut dire que cette Marocaine de 28 ans n’en peut plus. Voilà plus de deux mois qu’elle est enfermée au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu, dans la banlieue toulousaine.  Durant une semaine, Louisa était seule dans le quartier des femmes. « Ils font ça pour nous dégoûter de la France et ça marche ! Même si un jour j’ai des papiers, je ne reviendrai pas ici », lâche-t-elle, dans la salle de parloir sans fenêtre du CRA.    

Louisa n’a pas de titre de séjour. Elle habite en Espagne depuis un an où elle vit de petits boulots payés au noir et n’a jamais été inquiétée malgré sa situation administrative. Un jour, elle traverse la frontière pour faire des courses. Les policiers l’arrêtent. Et la conduisent aussitôt au CRA. « Ils auraient pu lui dire de traverser la route pour retourner en Espagne. Mais non. C’est de l’acharnement ! », dénoncent les membres du Cercle des voisins de Cornebarrieu.    

Louisa a passé son été au CRA à attendre un laissez-passer de l’ambassade du Maroc. Le document indispensable à la préfecture pour renvoyer Louisa vers son pays d’origine. Elle n’a d’ailleurs qu’une envie : quitter la France. L’oisiveté lui pèse terriblement. « Je gaspille mon temps ici, je ne travaille pas, je ne lis pas et je dors, se lamente-t-elle. C’est ma punition parce que je n’ai pas de papiers. » Pour passer le temps et le stress, elle s’est mise à fumer. Elle a perdu 5 kilos depuis son arrivée. « La nourriture n’est pas bonne. En plus, à la plupart des repas, il y a de la viande non halal. Du coup, les musulmans ne peuvent pas en manger. Certains ont commencé une grève de la faim, mais comme tout le monde s’en fichait, ils ont arrêt . . .

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Temps de lecture : 11 minutes

Par Philippine Kauffmann